Passerelle eco

Permaculture et Écovillage Global

La revue Passerelle Eco : sommaire des numéros, compléments d'info, bulletin d'abonnement à imprimer ...

Actualité du réseau éco

Réseaux

Quelques écolieux

Des reportages et les annonces du réseau éco et de la dynamique écovillage en France : écolieux de vie, projets d'écovillages, écofermes pédagogiques, personnes ressources ou en recherche, entreprises, centres de formations, etc... Plusieurs rubriques sont consacrées aux écovillages en germe ou en devenir, car ces initiatives font converger l'ensemble des aspects de l'écologie pratique : l'actualité, leurs activités, rencontres, chantiers ou échanges proposés.
Dossiers thématiques : depuis les statuts de la loi de 1901, l'alimentation, la construction saine, l'habitat léger, le carburant tournesol ...
Annonces, photos, comptes rendu des rassemblements, rendez-vous, festivals, colloques, manifestations...
- des fiches pratiques et des recettes - la partage et l'expérimentation de l'autoproduction - les activités associatives de Passerelle Eco.
Vous êtes ici > Accueil > Agenda & Actualité
Covid-19, Liberté, et Résistance !

le 6 mai

Contact

ARTICLES

Covid-19, Liberté, et Résistance !

par Arnaud Brulaire

Vivement le déconfinement ! Redevenir enfin libre !

Libre de sortir de chez moi, d’aller boire un verre avec mes amis, aller au cinéma, au parc public, à la piscine… Ah, ça fera du bien de retrouver ce que j’ai perdu pendant de si longs mois. D’ailleurs, j’ai envie de faire tout ce que je peux pour préserver cette liberté.

Pas vous ?

Il parait qu’elle est comme l’amour, qu’elle n’est jamais acquise, qu’elle se mérite. Elle est le fruit d’un effort de chaque jour, on parle même d’un combat… Contre qui, contre quoi ?

Monde d’après et inertie…

Combattre le coronavirus ? Sans doute. Nous devons faire notre possible pour éviter des morts. Mais ne nous y trompons pas, le virus n’est pas en guerre. Il existe, c’est tout. Il n’a aucune dent, même contre nous. Il essaie de vivre, comme nous. Croire que « nous sommes en guerre » contre un virus, c’est se tromper de combat. Car se battre contre les phénomènes naturels sans en comprendre les causes, c’est se battre contre des moulins à vent. Vouloir détruire un virus sans voir que nous en avons favorisé le développement, c’est méconnaitre ou nier la réalité du monde.

Ce virus, il me fait peur… et il me rassure en même temps.

J’ai peur quand je pense à ceux qui souffrent : les victimes d’abord (dont je pourrais faire partie), le personnel soignant en première ligne, et tous les oubliés du système dont le rôle nous apparait aujourd’hui comme essentiel (routiers, caissières, enseignants, agriculteurs...). Sans oublier chacun d’entre nous, à des degrés différents, pris dans la panique, la promiscuité, ou l’ennui que suscitent ce confinement.

Et pourtant il me rassure vous dis-je. Égoïstement d’abord, parce que je ne me sens pas fou, comme toutes celles et ceux qui tirent la sonnette d’alarme depuis tant d’années... Certains diront qu’il n’y a aucun lien entre cette pandémie et la crise écologique, mais c’est pourtant bien le cas. Pour s’en convaincre il suffit de comparer les arguments des scientifiques [1] à ceux qui le nient, fussent-ils d’anciens ministres [2] … La perte de biodiversité, le recul des écosystèmes, le changement climatique, la surconsommation et la mondialisation des échanges sont bien des facteurs favorisant la crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui.

Je ne suis pas fou donc… la belle affaire ! Je préférerais l’être et que le vivant ne décline pas, et nous avec. Ce qui me rassure vraiment, me remplit d’espoir, c’est que ce petit virus va peut-être nous ouvrir les yeux. On entend beaucoup parler du « monde d’après », qui ne pourra pas être comme « le monde d’avant », que nous devrons en tirer des leçons pour inventer une nouvelle manière de vivre… Si seulement ! Si cette crise nous amène à relocaliser la fabrication de nos médicaments, de nos équipements médicaux, et à soutenir nos agriculteurs (bio de préférence), nous aurons fait des progrès, certes. Mais ne nous arrêtons pas là ! Car si dans le même temps nous continuons de consommer à gogo, de brûler du carburant, et que nous investissons des milliards d’euros pour sauver l’aviation [3] plutôt que d’aider ses employés à transiter vers les métiers « bas carbone » de demain, alors nous resterons schizophrènes, incapables d’agir avec cohérence et efficacité. Car il est temps de le comprendre : la crise climatique qui s’annonce avec un monde à +3°C ou plus (la tendance actuelle est à +7°C d’ici 2100 [4] ) engendrera bien plus de morts que celle du coronavirus. On parle de milliards de morts cette fois ! Et nous avons 10 ans pour infléchir radicalement la courbe des gaz à effet de serre. Dans 10 ans il sera trop tard, eu égard à l’inertie du changement climatique, qui fait écho à la nôtre…

Bonheur et CO2…

Ce qui me fait espérer c’est qu’une partie d’entre nous, qui ont la chance de ne pas vivre à moins de 10m2 par personne et d’être payés pendant le confinement, découvriront peut-être que ralentir est profitable, et parfois même agréable. Ralentir pour comprendre. Sentir à quel point l’humanité est fragile, à quel point JE suis fragile sans l’aide des autres, et face à la nature qui se défend. Découvrir que je ne connaissais pas cette part de moi qui, comme un lion en cage, fuyant l’ennui, s’est mise à écouter ses peurs, à les apprivoiser, les regarder en face, et à se demander : « au fond, qu’est-ce qui me rend vraiment heureux ? ». Celle qui s’est mise à ressentir la différence entre distraction et émancipation, entre plaisir et bonheur. Manger du Nutella devant Netflix, jouer aux jeux vidéos, surfer sur internet toute la journée, quel pied ! Pendant un temps… et puis je me sens mal, je sens bien qu’il y a un truc qui cloche, qui manque. Ce qui me rend vraiment heureux, au fond je le sais, c’est de voir les gens que j’aime en chair et en os (ras le bol de Whatsapp, Facebook, Instagram…), embrasser mes enfants, mon amour, c’est aller faire du sport avec mes potes, boire un verre, aller me balader en forêt, nager, faire du vélo, discuter, blaguer, jouer de la musique, danser, aller à un concert, cultiver un potager (ah oui ça serait cool ça, au cas où ce soit plus grave un jour !)…

Alors je me mets à rêver que lorsque ce confinement sera terminé, nous prendrons conscience de tout ça. On réalisera que ce qui nous rend vraiment heureux… ça n’émet même pas de CO2 ou si peu ! Et que si jamais je ressens l’envie de prendre l’avion pour mes prochaines vacances, j’y réfléchirai à deux fois en me disant : « est-ce que 2 semaines d’évasion rapide valent la peine de détruire tout espoir de bonheur pour moi et les générations futures ? »

J’en entends déjà certains : « Oh t’y vas fort là quand même… Je peux bien prendre l’avion une fois par an alors que je n’ai pas de voiture et que je mange bio, de saison, et presque pas de viande » ! Bien sûr, vous pouvez le faire. Mais sachez qu’un vol en avion ruinera toutes vos « bonnes actions » de l’année… Parce qu’un aller-retour Paris-New York ça fait 2T de CO2e [5], soit notre quota individuel et annuel pour respecter l’accord de Paris, et ne pas provoquer la catastrophe climatique mondiale annoncée. Ce n’est pas facile, c’est sûr, de diviser par 6 notre empreinte carbone (12T pour un français moyen, 20T pour un américain, 1T pour un Bengali). Mais c’est un combat pour la vie. Mieux, un combat pour la liberté !

Perdre pour gagner…

La liberté ? Mais comment me sentir libre quand je ne peux pas bouger ? Avec ce virus qui m’empêche d’aller où je veux quand je veux… Je m’interroge néanmoins : comment exprimerai-je ma liberté après le Covid-19 ? Aurai-je besoin de l’avion et de la voiture pour y goûter de nouveau ? A-t-on attendu ces engins pour apprécier la liberté ?

Avec ce confinement, j’ai beaucoup perdu mais j’ai surtout gagné.

J’ai perdu ma liberté de me déplacer. Mais j’ai gagné du temps, avec moi-même, ma compagne, mes enfants. Du temps pour réaliser le boulot de ceux qui s’en occupent si souvent : merci les enseignants ! Du temps pour nous écouter, nous parler, nous observer, nous comprendre, nous découvrir aussi. Du temps pour téléphoner à ma famille, mes amis, et vraiment discuter. Redécouvrir qu’on se dit tellement plus qu’avec mille émoticônes !

Depuis qu’il y a moins de voiture, j’ai la liberté de respirer un air plus pur. Comment rester libre si je suffoque ?

J’ai gagné la liberté d’écouter le silence, les oiseaux, la nature. J’ai moins mal à la tête qu’après des heures avec Netflix, Facebook, Twitter…

J’ai gagné la liberté d’exister plutôt que de faire, penser plutôt que produire, sentir plutôt que planifier, vivre « maintenant » plutôt que « demain ».

J’ai découvert aussi que je ne connaissais pas mon quartier, et qu’on en voit des gens à moins d’1km de chez soi ! Qu’on leur parle même… Et qu’on aime ça. Et dire qu’après le covid je pourrai aller bien plus loin, même en vélo, même à pied ! Avant j’étais tellement libre d’aller où je veux, de partir loin, que je n’avais pas pris le temps de voyager proche…

Bon c’est facile quand on a le temps, mais le temps c’est de l’argent. Et j’en ai besoin ! Pour la plupart d’entre nous, gagner de l’argent ça prend effectivement du temps… Metro, boulot, dodo… J’ai bien connu. Et puis j’ai décidé de réduire la voilure, quitter Paris, gagner moins pour vivre plus. Et ça tombait bien pour la planète aussi, puisque la moitié de notre empreinte carbone vient de ce qu’on consomme, des produits importés pour la plupart [6].

Bien sûr il faut un salaire minimum pour vivre dignement, et nous devons nous battre pour plus de justice sociale, et une meilleure répartition des richesses. En travaillant moins j’en laissais plus pour les autres. Le temps de nous organiser pour l’après… Quand le pétrole viendra tellement à manquer qu’on devra coopérer, qu’on sera nombreux à réinvestir les champs, pour cultiver la terre qui nous nourrit [7]. Pas sûr qu’on tienne les 35h alors, mais on aura peut-être appris à être heureux malgré tout, entre temps.

Résistance et liberté…

En devenant « résistant climatique [8] » je ne me suis pas privé. Ne plus prendre l’avion, rouler beaucoup moins en voiture [9], ne plus acheter de produits neufs (ou presque), c’était le renoncement qui me rendait plus libre. Parce qu’être libre ce n’est pas faire tout ce qui me plait et succomber à mes désirs (ne dit-on pas « être esclave de ses désirs » ?). Je me sens libre quand je suis capable de renoncer à certaines choses pour obéir à ma volonté, librement choisie. Celle de préserver ma vie et celle des autres. Je n’ai rien inventé, c’est la déclaration des droits de l’homme qui le dit (article 4) : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Et nous savons aujourd’hui que ces autres incluent le vivant dans son ensemble, plantes et animaux, dont nous dépendons.

Passerelle Eco n°73 : Entrons en Résistance Climatique
Résistance Climatique Avec la crise du covid, on voit tout à coup qu’on peut réaliser des changements insoup­çonnés du monde et de nos habitudes. Et on mesure encore une fois que le basculement (...)

Je ne suis pas libre de passer au feu rouge, ou d’aller flinguer mon voisin parce qu’il m’a mal parlé. Alors pourquoi ne devrais-je pas renoncer à la liberté de faire des milliers de km en avion ou d’acheter des tas de trucs inutiles ? Sachant que ces actes-là vont finir par me priver de mes libertés essentielles et celles de nos enfants : manger, boire, se loger, se vêtir, respirer un air propre à moins de 45°c … « Les abus de la liberté tueront toujours la liberté » disait André Maurois.

Je veux me battre pour que ce « monde d’après » préserve l’essentiel, mais je sais bien que mon action individuelle ne suffira pas. Nous aurons plus de chance si nous sommes nombreux à le faire bien sûr. Et cela deviendra réaliste quand le monde politique nous y aidera vraiment, en ne nous poussant plus à la croissance économique, en soutenant les paysans vertueux, les services publics, en relocalisant l’économie, en mettant à notre disposition plus de trains, de pistes cyclables…

Mais pour que l’état nous aide, pourquoi ne pas commencer à lui montrer que c’est possible, lui montrer que nous sommes prêts à accepter les changements qui devront s’imposer un jour ou l’autre ? Leur montrer que même dans des conditions très défavorables, une minorité de « volontaires-empathiques » parviennent à tracer la voie. Être « résistant climatique » ce n’est pas s’ériger en modèle, c’est user de son petit pouvoir pour mieux soutenir ceux qui n’en n’ont pas, par l’action collective et politique nécessaires à ce fameux « monde d’après ».

En fait, je suis d’autant plus heureux d’être résistant climatique que je me sens vraiment libre et acteur d’un monde qui, au fond, aimerait bien éviter de futurs confinements…

par Arnaud Brulaire

Notes

[5CO2 équivalent, l’unité de mesure des émissions de gaz à effet de serre

[6Comme le démontre Hervé Kempf (livre « comment les riches polluent la planète »), notre pollution est proportionnelle aux biens manufacturés qu’on achète.

[7Cf. le formidable guide des « Greniers d’abondance » : https://resiliencealimentaire.org

[92000km/an et par personne, soit 0,5T de CO2e sur notre quota annuel de 2T


8 votes
Répondre à cet article
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, insérez une ligne vide entre eux.


Contact                    

www.ecovillageglobal.fr

le site de l'écovillage global des lecteurs et annonceurs de la revue Passerelle Éco

PASSEZ UNE ANNONCE

Maison avec Terres (Vacances dans le 974)

Projet : Petite famille avec jeune enfant cherche pour quelques jours juillet ou aout un lieu de dépaysement endroit bucoilque calme nature entretien du lieu pendant absence possible (...)

Cours de Design en Permaculture aux Escuroux (Permaculture dans le 15)

Projet : La ferme vivrière des Escuroux vous accueille dans le sud du Cantal pour un cours de design en permaculture avec Prise de Terre, du 19 au 31 juillet. Offre : Une riche formation de 13 (...)

Maison, Terrains, Local Commercial, Dépendances (Ventes Immobilier dans le 57)

Projet : possibilité d’y vivre à plusieurs , place pour animaux , verger, jardin.... ateliers.... serres Offre : Je vends mon habitation en pierres et briques, avec grand local commercial donnant sur (...)

La Vallée (Habitat Participatif dans le 58)

Projet : Bonjour Je souhaite mettre à profit ce lieu, accueillir des amis qui veulent partager nos idéaux, teintée de bienveillance. Offre : C’est un hameau de 8000 m² situé dans la Nièvre. 4 grands (...)

Cherche Coloc dans le 34 ou le 12 (CoLocation dans le 11)

Projet : Bonjour j ai 50 ans j ai beaucoup travailler dans le milieu agricole je vis actuellement dans l aude je cherche une coloc ou une location Max 300e (avec apl)avec pour but l autonomie (...)

Chantier Participatif Rénovation Maison-- Enduit Terre Paille (Construction dans le 49)

Projet : Bonjour tout le monde, je lance un appel à la bonne Terre, à la tendre Paille, à la Main... Je suis en plein chantier pour faire l'isolation de ma maison en rénovation, que je fais (...)

Retraitée et Dynamique (Recherche location dans le 13)

Projet : rejoindre un écolieu qui propose du locatif Offre : ma participation aux activités du projet (permaculture, massages pro, cuisine végétarienne, pratique de la cnv). Demande : je dispose d'un (...)

Propose Emplacement Habitat Lerger de Facon Durable (Elargissement)

Projet : ferme vivrière isolée en montagne à objectif non commercial (la raison d’être du lieu est l'autonomie avant tout) petits élevages, grands jardins en place depuis 21 ans Offre : offre (...)

Coloc dans la Campagne (Ecolieux existants dans le 12)

Offre : A 20 min de Rodez, grande maison en pierre comportant 6 chambres, 3 salles d'eau, 2 salons, une cuisine et 4 toilettes. Terrain de 500 m² avec potager et poulailler + atelier, garage à (...)