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 La poule serait-elle devenue aujourd'hui une menace pour l'humanité ?

le 21 mars

ARTICLES

La poule serait-elle devenue aujourd’hui une menace pour l’humanité ?

Du H1N1 au coronavirus, il n’y a qu’un pas

Comment la crainte du virus H5N1 de l’hiver 2005/2006 et l’hiver chaud de 2007 - pas tout à fait sans grippe de poulet - pourraient arranger les intérêts industriels des producteurs de volailles en Allemagne et ailleurs ? Par l’irruption d’une épidémie dans deux sites en Hongrie et en Angleterre de la multinationale Bernard Matthews...

“Du coq bankiva des forêts d’Asie à la poule domestique cosmopolite, quel chemin parcouru en 5000 ans ! Si, au cours de son histoire, l’homme a fait l’élevage de plusieurs oiseaux, il n’a jamais aussi bien réussi qu’avec la poule. L’origine de ce succès ? Il tient certainement aux habitudes du gallinacé qui, même à l’état sauvage, vit en contact avec l’homme et profite de ses mises en culture. Et comme ce commensal a un taux de fécondité élevé, des besoins vitaux modérés, une certaine sédentarité, une croissance rapide et une grande capacité à vivre en groupe, tout concourt à faire de lui une ressource alimentaire de première importance pour l’humanité. Mais voilà qu’aujourd’hui, par un étrange retour de manivelle, la poule devient une menace planétaire, hôte malgré elle du virus de la grippe aviaire. Que va-t-il advenir de la longue histoire commune de l’homme et de la poule ?”

La poule serait devenue aujourd’hui une menace pour l’humanité ? C’est un raccourci trop simple pour être vrai.

La transformation de la pondeuse en robot à protéines s’est produite dans le seul but de profiter d’un retour sur investissement élevé pour satisfaire la cupidité des actionnaires. La poule est confinée aujourd’hui dans des batteries concentrationnaires sans égards pour ses besoins ni pour l’histoire et l’expérience séculaire du paysan éleveur. Et c’est cette poule et avec elle les oiseaux migrateurs qui seraient devenus une menace planétaire ?

Au contraire, nous entendons bien montrer dans ce texte que ce sont plutôt les industriels, les financiers qui sont devenus l’ennemi de l’homme.

L’économie de la fraude innocente est le titre d’un des derniers livres écrits par John Kenneth Galbraith. Il y mentionne “l’ère des jeux de truands candides et un peu moins candides, c’est-à-dire le monde des finances et des banques, du financement des entreprises, le marché des papiers valeurs, des fonds d’investissements, des stratèges des placements et des conseillers financiers”. (81) Cette ère de jeu contribue d’une manière efficace au mouvement concentrationnaire des conditions de production aboutissant à d’énormes destructions. Mais quel média de masse peut se permettre aujourd’hui de dénoncer d’une manière conséquente le rôle des banques et de la finance ?

Au printemps 2006, l’unanimité sur la question régnait presque partout en Angleterre, en France, en Hollande, en Suisse, en Allemagne, en Égypte, en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie, en Chine, en Corée du Sud, au Vietnam, en Thaïlande et aux États-Unis. Bref, partout on accusait les oiseaux migrateurs d’être les vecteurs principaux de diffusion du virus H5N1. Mais silence complet sur les lieux de sa transformation, les batteries industrielles. On parlait des zones humides et des zones de passage des oiseaux migrateurs.

D’une manière préventive, les autorités sanitaires imposaient le confinement des poules de plein air dans des stabulations couvertes. Aucune poule n’était autorisée à se promener hors du confinement prescrit. Une mesure dirigée contre les parcours libres des poules des fermiers bio et des paysans écologistes qui - en respectant les besoins naturels de la volaille sont dorénavant pointés, ciblés comme responsables de la diffusion ou comme foyers de contamination, porteurs d’une pandémie potentielle.

Or c’est ignorer tous les autres vecteurs de diffusion du virus H5N1 : le commerce mondial avec les poussins d’un jour, le marché du fumier des poules en batterie, la fabrication des farines animales, le trafic des produits de l’équarrissage des abattoirs industriels, la négoce planétaire des poulets congelés et éventuellement infectés, le commerce des oeufs de batterie.

Février 2007. La nouvelle fait le tour de la planète : dans une ferme anglaise on découvre le terrible virus H5N1. On abat immédiatement 160 000 dindes “infectées”. Cette information omet de préciser que le paysan en question, Bernard Matthews, est le plus grand producteur de dindes industrielles d’Europe, et qu’il a également des filiales en Hongrie, où le virus H5N1 a sévi quelques semaines auparavant.

On peut se demander pourquoi le conseil fédéral des “Länder” en Allemagne décide alors le 16 février la prolongation de la claustration (82) des poules, oies et autres volailles jusqu’au 31 octobre 2007. Raisons invoquées : la découverte du virus H5N1 en Hongrie et en Angleterre.

Dans le quotidien français Le Monde du 26 février 2007 on pouvait lire :

“Dans les jours qui suivent l’apparition, le 3 février, du virus H5N1 dans l’élevage de dindes du groupe bernard Matthews, dans le Suffolk (Royaume-Uni), les autorités sanitaires communiquent spontanément sur un scénario convenu. “La première piste évoquée a été celle d’une transmission par la faune sauvage en l’absence de tout élément d’information”, remarque François Moutou, vétérinaire et épidémiologiste à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Le 5 février, le ministre britanique de l’environement, David Miliband, déclare qu’il n’y a “aucune sorte de lien” entre le foyer du Suffolk et ceux déclarés, les 19 et 25 janvier, dans deux élevages hongrois.”

Depuis, la génétique a démenti cette version. Les souches virales retrouvées dans les deux pays correspondent à 99,96%. Une quasi-identité qui exclut un transfert du virus par un migrateur. Surtout, l’enquête sanitaire met en évidence des importations de viande de dinde hongroise en quantité : 256 tonnes entre le 1er janvier et le 2 février, destinées à être traitées dans l’usine de découpe attenante à l’élevage britannique. C’est l’une des clés de la contamination de l’exploitation de Bernard Matthews : sur le même site cohabitent un élevage de 160 000 dindes, un abattoir et une usine de découpe.”

Face à l’épidémie chez Bernard Matthews, les autorités de vigilance sanitaire en Autriche et en France n’ont pas réagi comme leur collègue allemand. En Allemagne, les contrevenants au confinement sont passibles d’amendes. Cette ordonnance a pour effet d’intimider l’opposition, les adhérents des sociétés de protection des animaux et les paysans écolos, et parmi eux ceux qui ont porté plainte contre leur ministre “Hühner Horst” Seehofer lors des premières mesures de confinement en 2005/06.

Le lobby du poulet à engraisser et les producteurs d’oeufs n’apprécient guère l’interdiction des batteries conventionnelles et les nouvelles contraintes. Depuis des années ils marchandent pour maintenir le profit le plus élevé possible par mètre carré de surface utilisable dans une stabulation. Chaque prétexte est le bienvenu pour retarder même la plus minime atteinte à leur “rentabilité”.

Grâce au virus H5N1, aux scénarios-catastrophes médiatisés et aux amendes, ils vont peut-être réussir à dissuader les paysans bios et les fermiers écologiques d’élever des poules en parcours libre ?

Imposer quelques mois de confinement supplémentaire et qui sait, ce sera peut-être le consommateur lui-même, qui comprendra enfin, que la meilleure viande de poulet et les oeufs les plus hygiéniques proviennent de grandes installations industrielles, des unités de production à l’abri des regards incompétents et protégéess par un dispositif hygiénique sécuritaire ? Il ne faut surtout pas oublier que la poule domestique gratte et picore depuis plus de cinq mille ans dans les champs, les prairies, les sous bois et dans ces basses cours crotteuses à la recherche de cailloux, de vers de terre et autres vermines contagieuses. Cela a assez duré. Entrons dans l’ère hygiéniste.

L’industrie avicole américaine a déjà utilisé cet argument au moment où le consommateur a commencé à déplorer la couleur pâle du jaune d’oeuf industriel. Les conseils en communication ont lancé alors une vaste campagne contre la poule de basse cour traditionnelle, qui passe sa vie sur un fumier fourmillant de dangereux microbes qui seraient à l’origine de la couleur sale jaune foncé. À une époque où le citadin était encore proche de la nature et de la ferme, cet argument n’a pas eu gain de cause et les industriels ont fini par ajouter un colorant dans la nourriture pour pondeuse : une pratique artificielle toujours en vigueur.

L’élevage des poules respecte aujourd’hui un nombre restreint de critères de sélection. Hendrix Genetics et Wesjohann contrôlent 95% des ressources génétiques des poules pondeuses utilisées dans la production industrielle. Leur recherche est privée. Le management et les propriétaires de ces multinationales ont acquis une telle puissance, qu’ils se retrouvent dans une position où ils ne peuvent plus assumer leurs responsabilités.

Le processus de concentration arrive bientôt à son terme. Dans quelques années, une douzaine de multinationales géreront les habitudes alimentaires de la planète. Ce sont eux qui décideront le contenu de votre assiette.

“C’est bien dit” répondit Candide, “mais il faut cultiver notre jardin.”


Ce texte est extrait du livre "Chicken Flu Opera", ISBN 2-84405-229-0, publié aux éditions L’Esprit Frappeur, 8€ auprès de votre libraire favori.
« Un dossier sur la production industrielle des poules pondeuses, la rumeur et la peur dans la basse course aux oeufs d’or, avec un regard particulier sur les mécanismes financiers qui ont permit une concentration industrielle inquiétante. »


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  • La poule serait-elle devenue aujourd’hui une menace pour l’humanité ?

    Le 26 mars, par bonas

    Article très bien fait et compréhensif.


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