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Permaculture, écovillage... et l'écologie politique ?

le 18 février

ARTICLES

Permaculture, écovillage... et l’écologie politique ?

Cet article porte sur le rapport entre l’approche "écovillage et permaculture" de Passerelle Eco... et l’écologie politique. Cet interview écrit, ou ce commentaire d’article peut être, date de 2008 et semble avoir été fait pour la revue Silence, mais je n’ai pas souvenir qu’il ait été publié. Ce texte est bien différent des articles pratiques concrètement utiles qu’on trouve dans la revue Passerelle Eco, mais il éclaire un peu l’esprit qui anime la revue.

2008, c’était donc il y a plus de 10 ans. Aujourd’hui je ne dirai pas les mêmes choses et je ne mettrais pas les mêmes choses en avant. En diffusant ce texte aujourd’hui, c’est un peu à un voyage dans le temps que je vous invite. Je glisse quelques commentaires actuels (2020) entre les paragraphes : vous les distinguerez car ils sont en italiques.

A l’instar de la trajectoire de José Bové, comment interpréter le passage de l’engagement quotidien (syndicalisme) à celui électoral ?

En 2008, José Bové et Nicolas Hulot étaient les 2 personnes emblématiques qui avaient rendu l’écologie un peu visible pour le grand public. En 2020, la gravité de la crise écologique est largement reconnue, et l’écologie a sa place dans tous les discours et programmes électoraux. C’est malheureusement loin d’être le cas dans les décisions et dans les actes des personnes élues. Le 27 novembre 2017, le président de la république promettait l’arrêt des pesticides au plus tard dans 3 ans. Pas loin de 3 ans après, le 22 février 2019, il répétait encore "Sortir du glyphosate dans 3 ans" mais simultanément il renonçait officiellement à l’interdiction... Plusieurs pétitions existent pour réclamer cet arrêt :
 Pétition "Pour le droit de vivre loin des pesticides" de la FNE
 Pétition "Stop aux pesticides de synthèse à proximité des habitations et des écoles" par Agir pour l’Environnement
 Pétition nationale pour une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement
 de nombreuses autres encore !

En devenant politicien, José perd son identité de paysan syndicaliste et se joint, à leur marge, aux ambitieux politiciens. Que devient le combat pour le terrain quand il fait place au combat pour des voix ?

Par ailleurs, dans une mass-election comme celle des élections présidentielles, avec des équipes bien rodées commes celles des grands partis, il me semble que ce sont les mass-media qui mènent le bal. Je suis donc très étonné que José Bové aie bénéficié du soutien militant de personnes pourtant bien informées du fait que ces massmedia sont aux ordres financiers des opposants à leur cause.

À l’époque, les mass medias étaient encore la presse papier et télévisuelle. Maintenant, il faut surtout leur ajouter facebook, twitter et youtube. Même si ces médias semblent largement participatifs puisqu’uniquement constitués des apports de leurs fidèles, on constate que les voix dérangeantes en sont exclues ; des dizaines de comptes de militants sont désactivés. Voir une liste de comptes censurés par facebook et la vérification factuelle faite par Libé : checknews . Il n’y a pas que les comptes écolos qui sont censurés : celui du syndicat des avocats aussi, dés lors qu’il s’active a propos de la réforme des retraites.

Quels sont les constats que nous pouvons faire face à l’évolution des "partis écologistes" depuis leurs premiers pas à aujourd’hui ?

Je ne connais pas les premiers pas des partis écologistes, et je ne connais pas grand chose des partis écolo aujourd’hui. Je ne crois pas qu’il en existe d’importance significative. Les groupuscules et les courants n’ont pas su dépasser leurs rivalités.

Aujourd’hui je relativiserai : les écolos ne sont pas plus atomisés que les autres partis politiques. En fait, les partis politiques dans leur ensemble ne sont pas très significatifs dans la mesure où les décisions se prennent ailleurs : beaucoup dans les grandes entreprises... et dans l’usage de nos porte monnaies, lorsqu’on en a la liberté.

A ma connaissance il y a dans la politique la volonté de prendre le pouvoir "par le bas" pour ensuite, une fois qu’on l’a, provoquer un changement "par le haut". Malheureusement, dès qu’on est plus de 200, la distance entre le haut et le bas est trop importante, et ce d’autant plus dans un contexte de compétition.

Par ailleurs, la quantité de temps et d’enthousiasme dont chacun dispose est limitée, ainsi donc que la capacité d’influence sur le monde. L’échec des politiciens ouvre donc grande la porte à l’action positive locale, tout aussi efficace, car suivie visiblement de succès concrets.

Que penser de l’écologie médiatique (Hulot, WWF, Greenpeace) vis-à-vis de la prise de conscience individuelle et collective ?

N’ayant pas la télé, je ne connais pas Hulot. Greenpeace fait du bon boulot je trouve, et j’aime bien leurs happenings.

Aux grandes organisations de l’écologie médiatique évoquées (WWF et Greenpeace), il faut désormais ajouter notamment Extinction Rebellion , très significatif dans sa démarche (présentée dans Passerelle Eco n°71), et beaucoup d’autres structures.

La culture globale dans laquelle nous baignons, façonnée par les medias, est le terreau dans lequel naissent nos passions, nos militances et nos choix et non-choix de vie. Cependant, il y a loin entre l’information et la prise de conscience, et plus encore de distance avec un éventuel changement d’action conséquent.

Une prise de conscience réelle de la globalité de notre responsabilité est probablement absolument insupportable, et d’autant plus si le spectateur est assis passivement dans son fauteuil, sans prise sur l’information dont la télé l’abreuve.

En conséquence, la réception de ces informations s’accompagne d’oeillères, d’indifférence partielle, de réactions irresponsables voire de valorisation de l’irresponsabilité.

Toutes ces acceptations ou ces négations, ces fuites diverses, sont des obstacles ou des limites au changement du réel.

Or en matière d’écologie, ce n’est pas la connaissance des phénomènes, mais l’évolution des comportements qui compte, pour infléchir l’impact de l’activité humaine sur la planète. Il y a donc tant à l’échelle individuelle que globale une distance énorme entre l’information et l’action... et un chemin dont l’exploration m’apparaît de la plus haute importance pour les écologistes en premier lieu.

"L’invisibilité" des pratiques et des groupes écologistes "radicaux" entre marginalisation et source d’alternatives sociales...

L’invisibilité est toute relative. Dans une cellule vivante, la peau, loin du centre, est aussi la zone des contact et d’échanges fructueux avec l’extérieur. C’est par elle qu’est perçue et appréhendée l’évolution de l’environnement, et c’est à sa proximité qu’une adaptation se teste et s’invente.

Il n’est pas possible d’être radical dans tous les domaines. La difficulté pour les pionniers est dans la spécialisation. Les écovillages vont dans le bon sens car ils globalisent les expériences qu’un individu seul, ou un groupe spécialisé, ne peut mettre en oeuvre. La permaculture également car c’est une approche globale, qui intègre aussi bien le jardinage, ce qui est bien connu, que le bioclimatisme, l’économique, l’urbanisme et le social. L’insertion de ces expériences dans un tissu humain et social plus large font partie des critères de qualité de ces alternatives.

La revue Passerelle Eco s’adresse aux personnes qui veulent construire positivement à leur échelle. C’est plus local mais mais peut être cela permet d’aller plus loin. C’est passionnant de faire se rencontrer les rêves et les utopies, et la matière et la réalité. Cette rencontre amène forcément des remises en causes, une adaptation guidée par le besoin d’évolution, avec confiance. Les résultats au quotidien alimentent la motivation : c’est un retour positif qui nourrit au lieu d’épuiser.

Quelle est la "nature" de l’écologie politique que vous voudriez développer dans les années à venir ?

Si un sondage posait une telle question je dirai qu’il est biaisé car il induit la présupposition qu’on veuille développer une écologie politique !

Quelques revues ont tout de même présenté les propositions de Pierre Rabhi et aussi, surtout, le fonctionnement de la municipalité participative de Saillans : on retrouve là une échelle plus humaine, locale, et une expérience dont il est possible de décrire les rouages et les bonnes pratiques afin qu’il soit possible de s’en inspirer ou de les reproduire concrètement. C’est bien la vocation de la revue !

L’An 01 donne des idées : arrêter toute écologie politique.

Un grand moment de silence : un moratoire !

Les politiques commenceraient à écouter le silence du monde.

Le bruit d’un ver de terre, le bruit des gens, le bruit des machines, les bruits du corps, le bruit du coeur, le bruit des viscères.

Un grand lavage de méninge.

Et ce que le voisin dit ...

D’autres préféreraient faire du pain au levain ...

Et de ce silence pourrait naître une grande intelligence du monde.

Jean Luc Girard

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