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Une histoire agricole de la France
Des sols "fertiles" aux sols "désertiques"

le 1er juillet 2016

ARTICLES

Des sols "fertiles" aux sols "désertiques"

Les enjeux d’une agriculture dans une impasse productiviste

La Beauce et la Brie ! Merveilleuses « plaines à blé » ! Tout le monde connaît cela par cœur depuis la petite école… Ces espaces agricoles furent les vrais greniers à céréales de ce pays qu’est la France ! Approche exacte historiquement et humainement ! Voilà une mémoire du passé pleine d’expériences techniques enrichissantes, pleine de bon sens pratique et chargée aussi d’une vérité essentielle : ces splendides limons –attirants et souples sous la charrue- ont joué un rôle de premier plan dans la mobilisation de nos ressources nationales : ils jouent d’ailleurs encore un rôle précieux !

Et c’est bien cet élément qui nous préoccupe. Leur influence économique existe toujours… mais leur potentialité biologique –leur avenir-, nous semble compromis. C’est une véritable remise en cause radicale dont il s’agit, dont il est question ici. Cette dernière perception, grave, inquiétante, mérite un examen extrêmement attentif.

Les impasses du XXI e siècle

Ce qu’on oublie de signaler à ce propos… c’est qu’il s’agit de voir qu’à travers ces plaines et coteaux c’est tout un ensemble archéologique dont on parle ! Ces superficies cultivées… sont cultivées sérieusement depuis le XIe siècle ! Une distance chronologique assez considérable et qui vaut bien un regard particulier parce que le contenu de cette disposition agro-culturale est pleine d’enseignement. C’est d’abord l’apparition, dans cette partie du Moyen Age d’une authentique fièvre de conquêtes et de défrichements. La grande chênaie d’ Ile de France est attaquée, rongée de toutes parts pour être débroussaillée. Le mouvement s’effectue dans l’enthousiasme, dans la combativité la plus totale ; ce sont des multitudes de gens (des pauvres, des humbles) qui sont avides de trouver de quoi mieux s’alimenter… sur des parcours plus favorables !

Un labeur impressionnant

C’est un énorme chantier d’extérieur qui s’amorce, une vraie mise au net de la forêt. Compte tenu de l’outillage employé ce labeur fut impressionnant. Villages, hameaux, abbayes, chaumières, installés sur les pourtours du territoire se mobilisent et entreprennent de lutter contre le foisonnement végétatif sauvage qui couvre la contrée. Le but étant, bien sûr, d’obtenir des labours neufs, des sites à ensemencer.

La population se débarrasse des taillis, arbustes, troncs et souches avec obstination et prépare ces périmètres conquis afin qu’ils reçoivent seigle, avoine, froment… Portés par un enthousiasme collectif certain ces paysages, transformés et aménagés, deviennent la fierté des communautés qui réussissent à les domestiquer, à les amender. C’est le début d’une aventure technique, sociale, familiale. Tous ces plateaux assainis, ouverts aux plantations, dégagés, donnent très vite des résultats de production intéressants. Le groupe médiéval va pouvoir s’étaler, se consolider, prendre un essor démographique mieux prononcé.

On le voit bien : ce grenier à blé est là, certes, il n’a pas été « donné » tel quel par une nature généreuse. Ces terres sont façonnées de toutes pièces –inventées au final- par le génie particulier de cette paysannerie locale. Paysannerie qui obtient les plus belles parcelles de labour de toute l’Europe (peut-être de la planète). L’instrumentation en vigueur (araire, houe, binette, hache) complétée par des moyens de traction modestes (bœufs, vaches attelées, des chevaux, des ânes) témoigne d’une faiblesse notoire des atouts techniques mis entre leurs mains. C’est la force de travail, la persévérance acharnée, aidée par une intelligence des situations physiques, qui autorise le développement puis la croissance. Il faut ajouter à ces auxiliaires assez rudimentaires des méthodologies culturales habiles (assolements, jachères, fumures, utilisation des fourragères, des légumineuses…). Le potentiel végétatif va atteindre des volumes plus conséquents ce qui se traduira par des apports nutritifs substantiels, un allongement de la durée de vie (et aussi un renforcement des centralisations monarchiques).

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Respect des fécondités

Et sans erreur de gestion ! Entendons-nous sur cette notion : ces hommes ont utilisé le territoire cadastral dont ils disposaient en respectant les fécondités du départ. La matrice originelle était propice à beaucoup d’activités… elle va le rester ! Sur la longue durée ! Précision capitale ! Mieux ! Ces périmètres mis au défrichement, et aux labours, vont se bonifier… en vieillissant, s’avérer plus malléables, moins collants, plus toniques tout au long des siècles qui s’enchaînent. Une mise en valeur qui s’établit dans la continuité, qui s’enracine dans la pérennité !

Dès le début du XIXe siècle les campagnes françaises sont bien agencées, structurées, bien entretenues ; elles sont entourées d’un tel savoir-faire (les tailles, les greffes, la fixation des variétés) que ces minuscules bouts de propriétés (additionnés les uns aux autres) parviennent à fournir des surplus conséquents aux métropoles en formation ! Une belle leçon d’organisation ! Le mouvement de la Révolution Industrielle , amorcé par des découvertes scientifiques importantes, est soutenu grâce à la prodigieuse mobilisation des campagnes. Les villes reçoivent en quantité… des provisions animales, laitières, céréalières, légumières.

Presque 1O siècles de vendanges, de moissons, de fruits, de laitages .. sans perte aucune de fertilité. Ce point est essentiel. Est-ce banal ? Pas du tout ! C’est la grandeur même de cette civilisation rurale. Elle a réussi une percée productive significative… sur le temps. De quelle façon ? Par calcul ? Par habitude ? Par le biais du pragmatisme ? C’est un assemblage-collage de ces comportements qui doit être mis en avant pour comprendre la trajectoire positive de ce secteur de travail.

Une reliance aux autres

Un long cycle de réflexes … oui … chaque génération se fait un devoir –une obligation morale- d’améliorer sa position de propriétaire, son patrimoine foncier. Parce qu’au bout de ce raisonnement , de cet effort légitime, il y a un objectif majeur, un objectif unique : l’avenir d’une descendance. On cède la terre à un héritier. Logique incontournable. Comment alors ne pas veiller à sa protection ? Comment ne pas veiller à son maintien dans la plus stricte intégrité ? Chacun est impliqué psychologiquement, familialement, dans ce processus. L’appartenance à un terroir, à un biotope n’est pas affaire théorique, affaire abstraite : c’est une reliance aux autres, aux siens. Cela se métamorphose en un « contrat » avec la nature proche. Ni lyrisme, ni romantisme dans cette vision de la terre : c’est un lien qui se tisse pour échapper aux rudesses de la faim. Chacun , dans son coin d’univers, veut de la sécurité (cultures vivrières), des revenus (cultures monétaires) et le tout façonne une stabilité.

Si on coupe un arbre… on songe aussitôt à son remplacement ; si on laboure on conduit l’opération sans arracher les particules fines ; si on désherbe on conserve à la surface de production sa capacité de renouvellement, sa fraîcheur. Ce n’est absolument pas une mystique, une scolastique pour savants : c’est une manière de « tenir » face à des éléments climatiques hostiles à la fois sur un temps court (sa propre vie) et sur un temps long (la vie de ses enfants). Le principe est rudimentaire… il est surtout robuste ! Que fallait-il faire pour affronter le froid, le chaud, le sec, les gelées, les inondations ? Le mode de vie adopté répond aux besoins , aux urgences de l’alimentation, aux impératifs des privations, des menaces, des pénuries chroniques ou accidentelles.

Une « purge » démographique

L’exode rural qui s’accélère à la sortie de la guerre va « casser » en bloc ce dispositif complexe, subtil, harmonieux entre hommes et nature. Brutalement (autour des années 6O) se déclenche une énorme « purge » démographique qui atteint montagnes et vallées, coteaux et terrasses ensoleillées. L’hémorragie est sérieuse. Quel ressort idéologique anime ce déplacement de masse ? Quels systèmes politiques et technocratiques campent derrière ce vaste mouvement de « délestage » des champs et des villages ?

L’idée maîtresse qui s’impose est faite d’un véritable coup de marteau pédagogique : les intelligences du monde occidental admettent (sans trop de discussion) que les paysans sont en surnombre sur leurs propriétés. Il faut en diminuer le volume en augmentant , dans la foulée, la moyenne des rendements à l’hectare ainsi que les équipements et les méthodes d’intervention. Le « décollage » de la vie rurale est à ce prix. L’inspiration principale de ce nouveau dogme arrive du secteur industriel… que l’on va s’empresser de copier, d’imiter, de plagier, afin de réussir les même performances. La cadence des usines… doit se diriger vers les champs ! D’où les standardisations, automatismes, mécanisation à outrance. Une « doctrine-acier » qui veut avec détermination influencer le monde des campagnes. C’est le triomphe des Trente Glorieuses et avec cette spirale ascendante la notion de croissance en continu, la notion de productivisme salutaire. Ce credo cerne les fermes ; toute la ruralité va succomber à cette tyrannie de l’économique ( unidimensionnel).

« Usines-rurales »

Les penseurs libéraux, les leaders, les cadres des Chambres d’Agriculture entrent à fond dans ce mode de réflexion et encouragent vivement les chefs d’exploitation à changer d’outillage, de pratique, de vitesse et d’habitudes. Le message se diffuse avec une déconcertante facilité ! La chose la plus étonnante, la plus étrange, c’est que les technocrates dirigistes et planificateurs de l’Est (Union Soviétique) se coulent dans cet habit neuf (cf. les agrovilles et les kolkhozes). On implante des « usines-rurales » au milieu des champs calquées sur le faciès des manufactures avec des cadences identiques, des plans d’expansion similaires comme dans la métallurgie ou dans la sidérurgie. De foudroyantes déconvenues ne vont pas tarder à s’annoncer…

Quel est l’impact modificateur de cette théorie ? En un quart de siècle (195O-1975) les campagnes françaises se « vident » de leur substance ; les parcelles sont abandonnées, disloquées, remembrées ; les haies sont déchiquetées afin de visualiser des fermes mégalomanes, obèses (plus de 3OO hectares) et surtout ingérables . Les normes de la grande industrie, de l’acharnement productif « tombent » sur les élevages, les maraîchages, les cultures de plein champ. Qui sort vainqueur de cette métamorphose ?

Ce sont les banquiers, les financiers, les marchands, le négoce, la grande distribution : ceux « du dessus » ! L’agriculteur dispose d’un outil de travail impressionnant de par les dimensions… et il se transforme en vulgaire moujik obéissant aux diktats des conseillers, des vendeurs, des promoteurs et des fournisseurs de matériel. Le propriétaire a perdu son autonomie, son indépendance –ses libertés-. Réduit à une servilité humiliante il s’est prolétarisé. Sa terre qui était (depuis le néolithique) un élément presque sacré de son moi s’est modifiée en marchandise qui s’échange, se vend, se travaille comme une chaîne de montage. On la découpe, on la fragmente et chaque morceau est destiné à un lotissement ! La seule signification de la propriété… c’est le prix ! Lequel varie selon qu’elle soit bientôt constructible, selon sa géographie, selon le bon vouloir des agences immobilières, des appétits de bâtisseurs motivés par un profit immédiat. Le destin des emblavures est piloté par la combinaison des avidités monétaires, les besoins de l’expansion urbaine, les subventions, les choses qui rapportent… et celles qui ne rapportent pas ! Les élans technologiques des Trente Glorieuses, qui devaient mentalement susciter du mieux-être –et du confort- aboutissent au XXIe siècle à une paupérisation générale des familles. L’échec sur la conduite des sols… conduit , quelques années après, à un échec retentissant sur les ressources, sur le niveau de vie.

Pourquoi s’acharner ?

Jadis on vivait de la terre… maintenant on l’exploite ! Simple jeu du langage ? Pas du tout ! Les nouvelles perceptions , issues de la modernité actuelle, génèrent des réflexes incohérents. A quoi bon s’obstiner sur des unités de culture… qu’on va bientôt quitter ? Qui vont se changer en friches ? Qui seront demain expropriées ? A quoi bon entourer son milieu proche de mille soins attentifs (prolongés) puisque ces champs vont « exploser » sous la dent des pelleteuses ? Ou qui vont servir au passage des camions construisant un bout d’autoroute , un parking, un super-marché ? A quoi bon attribuer, quotidiennement, du sens à des gestes dépourvue de finalité et condamnés au néant ?

Les limons, les boulbènes, les sablettes, les cailloutis argilo-calcaires vont rejoindre le remblais, le ballast, le dallage d’une bretelle de dérivation : quel respect peut-on manifester pour des territoires cultivés que l’on sait promis à la dilapidation systématique et anonyme ? Aboutissement ultime de cette sensation : inutile de se gêner, inutile de s’embarrasser de scrupules éthiques ou philosophiques… s’il faut déverser des pesticides, des herbicides, des fongicides sur les parties ensemencées l’issue ne fait aucun doute. La démarche est programmée sans surprise.

« Maltraitances » des terres

Ajoutons un autre phénomène qui occupe une certaine importance : une terre polluée par des « maltraitances » chimiques vaut aussi cher qu’une terre entourée de précautions attentives (quand on se présente devant un notaire). On devine la suite… Le calcul est assez cynique : il mérite d’être formulé. Et si on épuise les couches superficielles de sa propriété ? Est-ce déterminant ? Et si on intoxique l’humus avec des métaux lourds ? Est-ce pénalisant ? Et si demain l’activité bactérienne de son exploitation est réduite à sa plus simple expression c’est-à-dire à un niveau proche de la disparition ? Est-ce une angoisse paralysante ? Autant de fausses interrogations : la psychologie de ce premier quart de XXIe siècle –dans les zones concernées- frôle l’attitude élémentaire de la « terre brûlée ». Quel futur pour les maïs, les betteraves, les haricots ou les pois ?

N’importe qui peut enfouir n’importe quoi dans les premiers centimètres d’une exploitation. N’importe quel mélange malsain, toxique, dosé de façon approximative ; n’importe quelle molécule nauséabonde achetée sur le marché peut se répandre sous un distributeur rotatif. Après tout l’utilisateur de ces poisons pense que son sort (social) personnel est achevé, scellé par le système économique. Après usage… la terre devient déluge.

Comment le processus de désertification se traduit-il sur le paysage ? Par une évolution assez significative : jadis on entretenait un milieu , désormais on le pille. Une telle régression entraîne fatalement des modifications notoires dans les caractéristiques physiques et humaines de la campagne. Lesquelles ?

Écartons tout de suite une confusion possible : nous ne suggérons nullement que dans moins d’un demi siècle la zone tempérée prendra l’aspect torride d’un reg, d’une hamada africaine. Nous ne suggérons nullement qu’on va constater la disparition des humus au profit d’une latérite généralisée ou de cuirasses ferrugineuses typiques de la partie tropicale du monde. Le mot « désertification » a plusieurs interprétations et d’innombrables styles de formation. Quels sont les faciès envisageables de ce processus ?

Un parcellage « traité »

Une parcelle « traitée » depuis des années aux herbicides est assimilable à un « désert ». Une parcelle plantée de maïs depuis une décennie est également classable dans la catégorie des « déserts » (tassement excessif, appauvrissement des humus, lessivage, érosion de surface, mélange des argiles, des marnes, des matières organiques). Un morceau de propriété cernée par le « mitage » urbain entre aussi dans cette définition. C’est à peu près la même chose pour un carré contaminé aux métaux lourds, au cuivre, aux poussières radio-actives, au sel employé en hiver pour les dégivrages. Les étendues labourées à côté d’une décharge à ciel ouvert (il en reste !), d’une rivière chargée d’effluents douteux (il en reste !) s’inscrivent dans cette problématique. C’est le « blocage » des organismes vivants (peuplant le sol) qui engendre l’agonie d’un terrain. Nous sommes à peine dans la phase de recensement de ces malédictions et de ces calamités !

Les professionnels est les responsables du monde agricole ont senti la difficulté (même si par pudeur tactique la formulation médiatique est discrète). Conscients qu’il existe désormais une vraie « descente aux enfers » pour l’avenir des structures agronomiques on assiste à des formes de réactivité tout à fait intéressantes à décoder.

La première piste de riposte –la plus prometteuse- s’inspire de l’agriculture biologique. Une version « durable » pour reprendre en mains les terres en usant de pratiques douces. L’objectif est stimulant… délicat à diffuser. Son essor sera fragile… La mise en œuvre de cette alternative écologique suppose une mobilisation sérieuse de l’information scientifique, du savoir-faire, des compétences individuelles… et des convictions énormes. Le marché est certainement « porteur » cependant les nombreuses contraintes qui se présentent dans cette direction sont telles que le nombre de personnes susceptibles de se lancer dans l’aventure ne dépasse guère la confidentialité. Malgré un potentiel important de ressources –d’espérances- cette fenêtre sur une agriculture propre et transparente va s’inclure dans une marginalité étroite. Ce qui limite son pouvoir d’action.

L’agriculture « raisonnée »

La seconde perspective se range derrière une habileté, derrière un déguisement qui se veut subtil . Ce n’est rien d’autre qu’une manipulation du langage, une manière honorable, présentable, de poursuivre les réflexes « lourds »… en les qualifiant « d’agriculture raisonnée ». Le travail suit le courant (dominant) actuel ; les dosages sont différents, les adjuvants plus étudiés. L’empoisonnement est mesuré avec moins de dépenses objectives. Le discours agricole se recouvre d’un vernis de propagande : on gomme les interventions voyantes, scélérates, on appelle « raisonnable » les liquides et granulés déversés dans les champs. On longe le précipice… en fredonnant des slogans publicitaires. Ni les intervenants, ni les consommateurs ne peuvent croire à cette conversion d’envergure. Les mots employés servent surtout à rassurer les opinions, l’époque et le consumérisme.

La dernière filière de « salut » pour ce secteur économique emprunte sa source d’inspiration à la vieille technique de colonisation (ou à l’impérialisme). Une trajectoire connue, souvent balisée par de nombreuses sociétés. Comment se déroule-t-elle ? Etant donné que nos terrains ensemencés manifestent des signes d’essoufflement maladif… l’idée est venue d’aller acheter (conquérir ?) des sols vierges sur des espaces favorables (par exemple l’Ukraine ou la Pologne). On achète effectivement de larges portions de superficie afin de les exploiter (de les piller ?) sur le mode de l’insouciance, sur le mode du cynisme jusqu’à l’agonie finale. C’est un peu le mécanisme expérimenté en Amazonie avec les clairières tournantes. Les pays riches délocalisent leur agriculture, elle aussi ! Comportement assez glacial qui se colore d’un voile d’hypocrisie puisque la justification ultime de cette colonisation repose sur une morale de l’aide universelle : il s’agirait d’approvisionner la planète en blé ! Au juste cette prétention est exorbitante : la vérité consiste à dire que c’est le contraire qui va apparaître dans les mégalopoles du monde entier. Le phénomène de désertification que l’on dénonce ici ne relève nullement d’une perspective lointaine, d’un film de fiction à projeter sur la fin du siècle. Le processus a déjà commencé ! Il est en route ! Ce sont les « manières fortes » de l’agriculture à gros rendements déployées depuis plus d’un demi siècle qui ont favorisé l’épanouissement de ce désastre. Un cortège de pathologies inguérissables…

Des terrains « plombés »

Un champ de céréales, dans notre modernité, est un champ en sursis ; malgré les apparences de l’opulence (rangs d’épis serrés, plus d’herbe sauvage, plus de parasites) il ne « respire » plus. Les traces du vivant ont disparu de sa surface : si on obtient encore du grain et de la paille c’est grâce aux injections artificielles de diluants, de vitamines conditionnées. Ces dérivés de l’industrie tiennent le dispositif à bout de bras… En fait, ces terrains sont « plombés », minéralisés, programmés (de façon involontaire) pour des accidents de parcours –l’infertilité- qui atteindra ce type de structure.

Si beaucoup d’esprits désignent cette analyse comme étant trompeuse ou exagérée, comme étant le reflet d’une erreur scientifique notoire… ces esprits détiennent peut-être la base d’une simili-vérité. Peut-être. Si la bévue se confirme… elle ira grossir effectivement les rayonnages des bibliothèques (déjà pleines d’erreurs touchant le monde de la technicité).

Et si cette anticipation n’était pas une voie sans issue ? S’il s’avérait juste que cette mauvaise trajectoire prenne notre société à la gorge ? L’attention au sujet change de dimension ! Beaucoup de citadins vont songer que cette sombre menace est reportée sur une date inconnue, sur une longue échéance ; qu’elle concerne une prochaine génération… et que notre puissance technicienne est si sophistiquée qu’elle pourra surmonter à l’aise cette difficulté passagère. Nous sommes au beau milieu d’un rideau de fumées… Notre patrimoine agricole a mis des siècles à s’élaborer dans sa finesse, sa texture, sa qualité ; il a mis 5O ans pour se dégrader en profondeur… et il suffirait de 2 ou 3 saisons d’engineering pour le réhabiliter ? C’est un rêve illusoire…

Nos sols actuels sont lessivés, étouffés, intoxiqués, empoisonnés ; ils sont tout de même reliés à l’agro-alimentaire. Un enjeu de taille ! En « tuant » la partie superficielle des surface agricoles… on « tue » les matières premières indispensables à la transformation manufacturée. La chute systématique de la microbiologie des terres… c’est bientôt, inévitablement, la chute des tonnages de farine. Un spectre capable de faire vaciller beaucoup de forces dans les sociétés développées.

Un retour des vieux fantômes

L’Occident, sur de longues séquences (Moyen Age, Ancien Régime) a vu de près ce terrible fléau : celui de la disette, des pénuries chroniques, de la famine. On a banni cette peur primaire, loin de nos souvenirs. Les méthodologies contemporaines, telles qu’elles se prolongent sous nos yeux, garantissent un retour de ces hideux fantômes ! Nos orgueils temporaires semblent au-dessus de ces contingences : on se voit au contraire en train d’alimenter la planète en trains de céréales !

C’est ce type de mensonges et de grossière erreur qui peut creuser la tombe de nos chimères ! On serait bien inspirés de réviser ce point de vue afin de conserver, par devant nous, une bonne qualité de vie. Ainsi qu’un minimum de sagesse ou de dignité collective. Réexaminer à la loupe nos manières de produire les biens de la terre… cela éviterait bien des déboires, bien des tragédies . En éloignant pas mal de gâchis dans le déroulement des existences de demain.


- Découvrez les articles de Claude et Lydia Bourguignon.
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- Photo de présentation de The Library of Congress sous licence Créative Commons, by-nc-sa.

- Photo paysannerie de Céréale.


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2 messages

  • Des sols "fertiles" aux sols "désertiques"

    Le 26 septembre 2016, par Christophe Jouet

    Il est désastreux de lire cela mais, c’est bien vrai.

    Le pas est sauté en espace vert, dans les commune. Déjà nous n’utilisons plus de produits et réalisons nos propre boutures et greffes. Et nos graines proviennent de distributeurs engagés, elles ne sont pas des F1. Je suis ces mêmes pratiques dans mon activité (http://www.aujardin.tv/user/jouet/)

    Malheureusement, suite à la fusion de Bayer et Monsanto, j’ai bien peur que la roue ne tourne pas de suite....

  • Des sols "fertiles" aux sols "désertiques"

    Le 19 septembre 2016, par Ludovic LESDOS

    Cela prouve bien que l’agriculture intensive et productiviste est un agriculture du mauvais sens ;et qu’il faut aller vers une autre agriculture.


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