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Lobby des chasseurs contre lobby des agricultureurs.

le 9 novembre 2010

ARTICLES

Lobby des chasseurs contre lobby des agricultureurs.

Dans cet article, Bernard Vaudour-Faguet met en avant les problèmes récurrents entre chasseurs et agriculteurs, principalement dans le Sud-Ouest de la France. Pour les uns, la multiplication du gibier est une aubaine et un divertissement ; pour les autres, une source constante de problèmes, de destructions et de pertes financières...

  La ruralité déchirée

Quelle logique de pensée habite un groupe d’hommes dont la finalité dernière consiste à courir (durant l’hiver) terres et bois, ravins et gibiers ? Cette logique, on le devine aisément, passe par le divertissement et le plaisir. Un peu de divertissement et beaucoup de plaisir. Plus les animaux « sauvages » sont nombreux sur un territoire bien défini plus le degré de satisfaction risque d’être conséquent. La possibilité de réussir « un tableau de chasse » augmente avec les statistiques de densité animale. Toujours dans le cadre de cette logique de comportement supposons que les sangliers, les biches, les faisans (la partie noble des cibles) prolifèrent de façon importante : ces bêtes trouveront du côté des tireurs un précieux soutien, voire quelques encouragements puisque, de par leur nombre, la fête risque d’être bien supérieure dans les brumes du petit matin !

Cette démonstration numérique et mathématique n’est pas tout à fait du goût du monde agricole actuel. Éleveurs, forestiers, agriculteurs, ne partagent nullement cette philosophie autour d’un vaste « troupeau » qui vagabonderait à l’aise dans les champs ou dans les pentes. Car derrière la multiplication intempestive des « gros mangeurs », des gros dévoreurs (cf. sangliers) se cache, bien sûr, le spectre des gros saccageurs. Pour les productions et les récoltes la perspective est dramatique. Les dents de ces animaux commencent à être très mal perçues par celles et par ceux qui consacrent leur vie à faire pousser des céréales ou des arbres fruitiers.

On s’en doute : depuis quelques années la colère gronde autour des parcelles de maïs, des truffières, des plantations de rapport. Toutes ces zones sont la proie des animaux à cornes ou à groin, qui, en règle générale, préfèrent les délicates verdures des tiges sucrées plutôt que les broussailles rugueuses de la garrigue ou du « bartas ».

  Deux « visions » de la nature

Dans ces conditions le choc des intérêts économiques (politiques) devient inévitable. Le phénomène se ressent surtout dans le sud-ouest là où les deux communautés cohabitent avec une grande proximité d’habitudes. Certes, les assurances ou les associations de chasse assument leurs responsabilités quand les incidents se produisent et que les pertes sont sérieuses. Les remboursements des dommages sont établis selon des critères précis d’expertises et couvrent les frais. Mais le problème –avec la répétition de ces affaires au cours des années-, ne se résume nullement dans une évaluation quantitative des indemnités. Les impacts psychologiques, les ressentiments (voir à Toulouse la dépose de carcasses de sangliers en préfecture) dépassent les aspects monétaires. Ces agressions prennent une signification qui fait presque oublier le calcul du prix… Il s’agit d’un affrontement entre deux « visions » de la nature, deux perceptions idéologiques de l’environnement, et cela mérite d’être étudié avec une attention vigilante.

Considérons en premier lieu qu’on vient d’assister à une transformation très significative de la composition de ces groupes. C’est ce changement de structure qui a fait jaillir, en partie, une autre sensibilité dans les campagnes. Dans les années d’après-guerre ce type de conflit n’existait pas : les chasseurs recrutaient un maximum d’adhérents dans la paysannerie (les ruraux formaient une minorité de poids dans les forces de ce pays). Les actes de vandalisme provoqués par les biches ou les chevreuils finissaient par être « tolérés » avec indulgence. Par ailleurs les contraintes financières des fermes, dans le cadre de la polyculture élevage traditionnelle posaient moins de difficultés qu’avec l’apparition de la monoculture céréalière marchande. De plus dans cette période les introductions volontaires de reproducteurs étaient une technique peu courante…

  Une semi-bourgeoisie urbaine

Désormais le monde des chasseurs ne comporte plus qu’une mince fraction de ruraux. C’est la semi- bourgeoisie urbaine qui forme les bataillons de ceux qui tirent la perdrix ou le faisan… Cette modification d’origine a des conséquences profondes sur le milieu. Les mentalités de ceux qui possèdent des fusils sont devenues « étrangères » aux mœurs des campagnes, à leur sens de la propriété, aux valeurs qui s’attachent au patrimoine, à la notion de travail en continu, aux efforts et aux aléas d’une récolte… Un urbain –même investi des meilleures intentions du monde-, va penser qu’une enveloppe d’argent est suffisante pour régler les troubles causés par une meute de fouisseurs qui piétine ou dévore des blés, des maïs, des pommes de terre… Quelques euros et on compense les blessures faites par une troupe en divagation ! C’est un « calcul » comptable ! Rien de plus ! Or les campagnes, y compris celles de ce début de siècle, véhiculent bien davantage de réactions émotives ! La comptabilité stricte est une chose, les perceptions morales, relationnelles, les perceptions de la mémoire, agissent sur les esprits comme des décharges électriques.

En somme, les humeurs actuelles qui remontent des terroirs du sud –ouest évoquent grossièrement des réflexes d’Ancien Régime. Il s’agit bien d’une allergie calquée sur le modèle de 1789 lorsque les oligarchies seigneuriales du XVIIIe siècle traversaient les cultures (pour traquer le gibier) sans trop se soucier des impacts réels de leur arrogante chevauchée… On se moquait des sentiments que pouvaient éprouver les manants courbés sous leur faucille. Les castes assouvissaient leur distraction préférée tandis que les serfs subissaient la mesure. Au XXIe siècle on n’exprime pas sa rancune de cette façon ! Les « classes » sociales ne se répartissent pas selon une pareille caricature, rien n’est donc verbalisé dans ce sens… Cependant quelques signes, quelques menaces, quelques paroles prononcées entre Lot et Garonne suggèrent que les dominations exercées par « ceux de la ville » ne sont plus tellement admises autour des parcellages labourés et ensemencés.

  Réinventer la concertation

Il y a des risques objectifs de dérapage à cause d’une multiplication anarchique de ces attaques. C’est une violence incontrôlée : les pouvoirs publics ne devraient pas minimiser le sujet. Notables et responsables en charge de ces dossiers doivent trouver des solutions pour apaiser le climat psychologique qui règne entre les Causses et le Béarn. Il est évident qu’une réponse économique, juridique, est indispensable : ce n’est pas la seule piste d’investigation. Les élus seraient bien inspirés de découvrir des formules de concertation capables de pacifier ces régions.

On sait que ces lobbies sont puissants (et armés !). Ils sont déterminés chacun à leur manière. Ils voudront défendre des prérogatives, des positions acquises, des orgueils corporatistes. Quelques décisions courageuses sont à prendre assez vite pour éviter un glissement douloureux des comportements collectifs ou individuels, pour éviter surtout qu’au milieu de ces paysages de beauté et de caractère les simples coups de feu ne se métamorphosent en vrais coups de sang !


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  • Lobby des chasseurs contre lobby des agricultureurs.

    Le 19 novembre 2010, par X

    Le diagnostic est remarquablement posé.
    Le sens de l’intervention des politiques reste à définir ;
    mais la diplomatie n’est-elle pas leur métier ?
    Roger.


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