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Retour sur le cas Farid et Oscar le chat :

le 17 février 2014

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Retour sur le cas Farid et Oscar le chat

Ce fait divers interpelle et interroge notre rapport à la vie et aux animaux, et aux diverses formes trop communes d’oppressions et discriminations

Cette dernière semaine, un gars de Marseille, Farid, a été condamné à un an de prison ferme pour avoir jeté violemment un chaton en l’air, puis contre un mur. Il avait posté une vidéo de ses hauts faits sur facebook, qui a très rapidement fait le tour du monde et suscité des centaines de milliers de réactions d’écœurement et de colère.

Le cas de "Farid" a suscité une avalanche de propos haineux et de menaces de mort (ou de viol) ; et les commentaires racistes, les menaces homophobes et autres se sont déversés inlassablement sur la toile. Un communiqué très bienvenu à cet égard, de l’association marseillaise Alarm, replace les choses dans leur contexte général et livre quelques analyses de la situation, reproduit intégralement dans la suite de cet article.

Pour ma part, je souhaite aussi attirer l’attention sur une caractéristique des violences qui est généralement passée sous silence, bien qu’elle devrait sauter aux yeux : dans la grande majorité des cas de sadisme, ce sont des hommes qui commettent des violences et qui prennent plaisir à faire souffrir.

La dureté, la violence, l’absence d’empathie, l’indifférence et l’égocentrisme, sont des composantes importantes de l’identité masculine dans les sociétés patriarcales.

Au lieu de focaliser sur le fait que Farid est "arabe" et vit en banlieue, nous ferions bien de nous interroger sur les identités sociales qui sont aussi les nôtres et qui conditionnent la violence que nous exerçons quotidiennement (ou laissons jour après jour commettre) envers les autres animaux... [1]

Plutôt qu’accuser les banlieues, il me semble qu’on pourrait plutôt commencer à mettre l’accent chaque fois que possible sur l’importance de la construction sociale masculine dans le maintien des dominations et des violences, qu’elles s’exercent entre hommes, ou bien sur les femmes, les enfants ou les animaux.

Ce serait faire œuvre de salubrité publique.

Yves


Oscar : le fait divers qui masque notre hypocrisie

L’ALARM, qui lutte pour l’abolition de TOUTES les formes d’exploitation animale, est horrifiée par les sévices exercés à l’encontre d’Oscar, un chaton odieusement maltraité et blessé par un jeune marseillais, qui aurait pu mourir de ses mauvais traitements et qui devra affronter probablement le reste de sa vie durant les séquelles de cette cruauté.

Oscar, en tant qu’individu sentient a droit au respect de son intégrité, tant physique que psychologique et la barbarie dont il a été la victime est hautement répréhensible et ne doit en aucun cas être minimisée.

MAIS... Mais l’ALARM est abasourdie, désemparée, désespérée... Face à l’avalanche des réactions haineuses et dangereuses qu’a déclenché la mise en ligne de la vidéo de ces sévices.

Que signifie cette focalisation soudaine sur les agissements odieux d’un individu isolé, dans une société où chacun-e, quasiment sans exception, commandite chaque jour la souffrance et la mort ? Que signifie cette éruption de haine vis-à-vis d’une personne maltraitante, quand cette cruauté fait partie d’un océan de souffrances qui découle de tout un système de violences institutionnalisées dont sont victimes des millions d’animaux chaque jour en France ?

Nous rappelons :

  • Qu’en France, ce sont en permanence des centaines de millions d’animaux (vertébrés terrestres) qui sont victimes de sévices dans nos élevages ; que chaque jour plus de trois millions d’entre eux sont assassinés dans nos abattoirs ;
  • Que chaque jour en France, ce sont plus de cent millions de poissons (vous avez bien lu) qui agonisent lentement, après avoir vécu la terreur et la souffrance - là encore pour notre simple plaisir et notre confort ;
  • Que chaque jour en France, plus de 7000 animaux sont torturés et tués dans les laboratoires publics ou privés pour l’expérimentation animale ;
  • Que chaque jour en France, nous torturons et massacrons les animaux victimes des innombrables autres exploitations animales (chasse, production des œufs et du lait, industrie de la fourrure, du cuir, de la laine, cirques, zoos, corrida, etc.).

Et particulièrement les consommateurs et les consommatrices de viandes et poissons sont les commanditaires actifs-ves d’atrocités de masse. Ces consommations font de nous des « serial killers » par procuration.

Nous rappelons que tous les jours, ce sont des dizaines de millions d’animaux qui sont tués par notre propre entourage dans l’indifférence générale, c’est-à-dire, avec notre propre complicité : notre silence à toutes et à tous, qui est assourdissant, qui accompagne la consommation de viande et de poisson en France. Personne dans cette histoire n’a de quoi être fièr-e...

Alors l’ALARM s’indigne de ce qu’on explose si aisément lorsque c’est un chat qui est victime de sévices, alors qu’on reste de marbre lorsqu’il s’agit de poulets ou de poissons qui trônent de façon ostentatoire au centre des repas.

L’ALARM s’indigne du déchaînement de violence de cette soudaine et massive mobilisation générale : les appels au meurtre, à la torture et au viol du tortionnaire sont des véritables appels au lynchage. La soif de faire mal, quelles qu’en soient les victimes, quels qu’en soient les alibis, qui que soient les assoiffé-e-s, est toujours une barbarie qui nous éloigne d’un monde de justice.

Nous nous battons pour un monde plus juste pour toutes et tous, humains et animaux non humains et non pour qu’un quelconque « bon droit », une quelconque « indignation légitime » nous place « du bon côté de la barrière » et « justifie » notre propre violence en « légitimant » que nous fassions n’importe quoi.

Nous nous refusons à justifier la barbarie sous prétexte de civilisation.

L’ALARM s’indigne du déferlement d’insultes racistes (« bougnoul », « sale race »), homophobes (« enculé », « pédé »), putophobes (« fils de pute ») - entre-autres - qui ont déferlé, avec en plus une volonté d’anéantir le jeune tortionnaire.

Et pourtant... Farid existe, il est proche de nous, il est à notre propre image, qui n’est que le reflet de la société dans laquelle nous vivons.

Alors... Plutôt que vouloir l’effacer de la surface de la terre, peut-être pouvons-nous saisir l’occasion de réfléchir à l’image qu’il nous renvoie de nous-même et à ce que nous pouvons faire pour changer ce monde, son monde, notre monde commun ?

Que faire également pour qu’enfin tout un chacun, toute une chacune, puisse plonger son regard dans celui de n’importe quel autre être vivant et comprendre ? Enfin comprendre...

Comprendre les sentiments, les émotions, les plaisirs, les souffrances, les douleurs, les détresses et les aspirations de l’autre, aussi différent ou différente qu’il ou elle puisse être de nous...

Au lieu de hurler des imprécations racistes et homophobes, chacun-e de nous pourrait utilement s’interroger sur nos propres constructions sociales qui conditionnent la violence que nous exerçons quotidiennement (ou laissons jour après jour commettre) envers les autres animaux...

L’affaire « Oscar » révèle au grand jour combien notre société, qui se proclame si hautainement « civilisée », est fondée sur la haine et la violence : la haine et la violence spéciste, mais aussi raciste, sexiste, homophobe.

La haine et la violence aussi qu’exerce la majorité contre les individu-e-s qui ne font pas souffrir et qui ne tuent pas dans les normes... Et qui dévoilent le vrai visage de notre société.

Nous souhaitons aussi attirer l’attention sur le fait que c’est au nom de notre humanité que nous mettons à mort des centaines de millions d’animaux : l’espèce supérieure, l’espèce élue n’a-t-elle pas tous les droits ?

C’est toujours au nom de notre supériorité que nous nous donnons le droit de briser les vies des autres, de les torturer... N’est-ce pas ce qui se joue encore ici : notre supériorité morale vis-à-vis de l’auteur des sévices ne nous donne-t-elle pas le droit de souhaiter sa mort, son lynchage, sa punition ?

L’ALARM se dissocie donc de toutes ces réactions de lynchage qui se sont déversées ces derniers jours.

Nous ne voulons pas communier dans ces discours de haine, dans la volonté de châtier et de faire souffrir.

Les réactions de ces derniers jours sont une illustration sordide de ce monde que nous combattons, et renforcent notre volonté de lutter contre toutes les dominations, toutes les oppressions, toutes les discriminations...

Nous ne construirons pas un monde par la haine ni par le déni de ce que nous faisons ou laissons faire.

Nous ne le construirons pas en nous distanciant les un-e-s des autres, mais en nous remettant nous-mêmes en cause toutes et tous ensemble, et en réfléchissant ainsi aux raisons structurelles, sociales et politiques, qui conditionnent l’ultra violence sur laquelle s’érige notre société !

Oscar le chat non ! Mais les autres oui ?

Dans un autre communiqué de presse, l’association L214 rappelle que fracasser le crâne d’un animal contre un mur est autorisé dans les élevages français à hauteur de 70 animaux/jour maximum.

Notes

[1Et je ne pense pas particulièrement ici aux actes de sadisme ou de cruauté individuels, mais bien plutôt à ces tortures et meurtres de masse qui sont des institutions et que nous cautionnons directement en achetant de la viande et du poisson ou bien, indirectement, en ne réagissant pas, ou si peu.


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