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Petite leçon d'agronomie (1/2)

le 4 mai 2015

ARTICLES
DOSSIER :
Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture (3)

Claude Bourguignon est également auteur de la préface du livre "Introduction à la Permaculture".

Petite leçon d’agronomie (1/2)

Protéger les sols pour préserver la biodiversité

Une intervention de ceux qu’on appelle "les médecins de la terre", ou en tout cas, l’un des deux : Claude Bourguignon va nous parler de son parcours et des sols.

Claude Bourguignon : D’abord je remercie les organisateurs de la 2eme session internationale de la biodiversité, qui nous ont invités. Je voudrais excuser Lydia : on a été un peu surchargé ces temps-ci, on a pris l’avion 15 fois en un mois, on est un peu sur les rotules ; donc elle s’excuse et m’a demandé de la représenter.

Je vais rapidement parler de mon parcours, j’ai un parcours un peu spécial puisque je ne voulais pas du tout faire de l’agronomie. À l’age de 14 ans, j’ai fondé avec des copains du lycée Montaigne le groupe ornithologique parisien. J’ai travaillé avec le WWF, on a commencé a créer des réserves et j’ai voulu travailler dans l’écologie. J’ai donc fait une maîtrise en physiologie et zoologie à l’université de Paris.

C’est en travaillant sur des comptages de tigres de l’Himalaya que j’ai vu pour la première fois de ma vie des gens mourir de faim. Je n’avais jamais vu ça, j’étais un gamin de l’après guerre, je ne savais pas ce qu’était la famine et je me suis dit : on ne peut pas protéger les tigres s’il y a des gens qui meurent de faim.

Donc je suis rentré des Indes, je me suis présenté à Agro et j’ai été reçu je sais pas comment. Coup de pot quoi. C’est vrai que j’avais des publications depuis l’age de 14 ans, c’est peut être ça qui m’a permis de rentrer. Et là j’ai découvert un monde de fou ! On nous apprenait à donner de la viande aux vaches pour augmenter la production laitière, on nous apprenait l’art d’entasser les pauvres bêtes dans des conditions infernales, les surcharges d’azote et tout... J’ai dit mais ils sont fous à lier ces gars-là.

Donc j’ai décidé en troisième année de rentrer en microbiologie des sols, de reprendre le sols à la base.

À l’époque il y avait encore à l’Agro une chaire de microbiologie des sols. Au moment où je suis arrivé, Monod, le prix Nobel venait de devenir directeur de l’institut Pasteur et la première chose qu’il a fait quand il y est arrivé, c’est de supprimer le labo de microbiologie des sols, en disant que la microbiologie des sols ne servait a rien.

Les 3 chercheurs Kaiser, Tardieu et Pochon n’avaient plus de laboratoire. Ils ont été foutu à la porte et ont été reçu dans le laboratoire de microbiologie des sols de l’Agro. Donc je me suis retrouvé avec 3 professeurs près de partir à la retraite et j’ai redécouvert le bon sens : des hommes qui m’ont appris que c’était les mycorhizes qui donnaient le phosphore aux plantes, que c’était les sulfobactéries qui donnaient le souffre etc. J’étais tout seul avec eux et j’ai eu un cours particulier pendant toute ma troisième année... et de plus forcément j’ai terminé le premier dans ma spécialité, ce qui était quand même pratique.

Ensuite, en sortant de l’Agro, il n’y avait qu’un seul labo en microbiologie des sols, c’était Dijon. C’est là que j’ai rencontré Lydia. Elle travaillait sur la qualité des aliments, et moi je travaillais sur la qualité des sols, et on s’est rencontré comme ça. Comme l’INRA, à l’époque, ne voulait pas entendre parler d’agriculture biologique, et qu’avec Philippe Desbrosses on se se rencontrait régulièrement en catimini, parce que c’était strictement interdit par l’INRA de travailler sur la biologie, donc j’ai commencé à passer pour une mauvaise tête à l’Agro. En plus j’ai fondé un collège d’agriculture biodynamique à Malleval avec des copains scientifiques donc l’INRA a voulu qu’on arrête ce collège en disant que c’était scandaleux, que je tachais l’image de l’INRA, donc je passais vraiment pour quelqu’un de pas gentil.

Donc avec Lydia on a décidé de quitter l’institut. On a fondé notre laboratoire en 1989 : un laboratoire d’analyses microbiologiques des sols. Depuis 89 nous avons analysé plus de 12 000 sols à travers le monde, dans à peu près toutes les écologies de la planète, donc sans me vanter je peux commencer à vous dire comment ça marche un sol.

Alors je vais rappeler comment marche un sol dans nos régions. La France, avant que nous la cultivions, était couverte à 90 % de forets. Comment ça marche un sol ? Un sol fonctionne pendant des milliers d’années sans être dégradé et dès que l’Homme y met les pieds, il casse tout. Pourquoi l’Homme casse les sols alors que la nature sait les faire pousser pendant des milliers d’années ?

Pour vous donner une idée, le plus vieux modèle biologique que nous connaissions c’est la forêt de Bornéo, une foret qui a 150 millions d’années, qui reçoit entre 3m et 9m d’eau par an et qui continue a faire pousser les plus grands arbres du monde, les Dipterocarpus qui font 80 mètres de haut.

Nous on laisse partir 40 unité d’azote chaque année dans les nappes phréatiques. Imaginez que dans une forêt comme à Bornéo, la nature laisse passer un tout petit peu d’azote... Imaginez que la nature laisse passer, je sais pas moi, un millième d’azote : en 150 millions d’années il n’y aurait plus rien sur Bornéo… ce serait un désert. Or c’est pas un désert c’est la foret la plus riche du monde.

Alors comment ça marche ? Comment le système vivant fait pour fonctionner ? Il fonctionne à la façon suivante.

L’arbre c’est le maître des sols.

C’est pour ça que les anciens, après avoir ruiné les sols d’Europe ont réussi réussi à recréer l’équilibre agro-sylvo-pastoral au 19e siècle et ont arrêté la famine en Europe. C’est qu’ils avaient inconsciemment, tout à fait empiriquement, réinjecté l’arbre dans l’agriculture. C’était sous forme de haies. Car l’arbre est indispensable.

Comment ça marche en forêt ? L’arbre, tous les ans, fait tomber des feuilles mortes et des branches mortes sur le sol. Ces branches vont être attaquées par une faune qu’on appelle la faune épigée. Cette faune va manger tout ces bouts de bois, toutes ces feuilles et faire des crottes. Ces crottes c’est c’est de la matière organique broyée en éléments très très fins. Une fois transformées en crottes, les champignons et les basidiomycètes vont pouvoir s’y attaquer et les transformer en humus. Ce sont seuls organismes au monde capables d’attaquer la lignine.

Ce qui est intéressant dans le système vivant, c’est que la fabrication d’humus se fait à la surface du sol. On comprend tout de suite pourquoi le labour est une machine de destruction massive des sols : c’est qu’elle met la matière organique sous le sol, ce qui est une absurdité ! Car les épigés ne vivent pas sous le sol, ils vivent à la surface du sol.

Les arbres vont s’adapter a ce système très astucieux et vont faire un double enracinement. Vous avez vu avec l’ouragan de 1999 des arbres arrachés, ils ont un enracinement horizontal qui est sous la matière organique. Alors on se dit pourquoi les arbres ont développé ce réseau de racines horizontal sous cette couche de matière organique ? C’est parce qu’au printemps, les humus qui ont été formés pendant l’automne et l’hiver par les basidiomycètes, vont être minéralisés quand le sol va se réchauffer par les bactéries. Les champignons font l’humus, les bactéries minéralisent.

En minéralisant elles vont libérer du nitrate et du phosphate qui va descendre avec l’eau de pluie ; et là il y a les racines horizontales de l’arbre qui va pouvoir récupérer le nitrate, le phosphate et qui va les renvoyer dans la frondaison. Le système sol / plante est fermé dans la nature, il n’y a pas de fuite. C’est pour ça que les nappes phréatiques sont propres sous les arbres, car l’arbre a mis ses racines sous la matière organique.

La grande bêtise de l’agriculture c’est que le labour met la matière organique sous les racines. Donc le temps que les racines arrivent, c’est déjà minéralisé et ça part dans les nappes. Donc la première leçon c’est de ne jamais enfouir de matière organique dans un sol !

La nature nous le dit ; il suffit de regarder le livre de la nature.

Ensuite les arbres ils ont un deuxième système d’enracinement qu’on appelle le pivot, système pivotant. Ce système pivotant va descendre jusqu’à la roche mère. Là il y a deux solutions : où la roche mère est fissurée, l’arbre va continuer son chemin. Le record d’enracinement sous chêne en Europe est de 150m de profondeur ; sous orme : 110m ; sous merisier : 140m. On s’amuse pas à faire des trous de 150 mètres pour voir cela, c’est des spéléologues qui nous rapportent des racines du fond des grottes et ils nous disent : « Au fond des grottes, on voit des racines qui pendent à la surface et il y a de l’eau qui ruisselle. »

L’arbre et le sol organisent le vivant du monde. L’arbre est capable de prendre l’excédent de l’eau de pluie, de l’envoyer le long de ses racines, dans lesquelles il va absorber tous les éléments nutritifs, et d’amener cette eau pure dans la nappe phréatique.

C’est pour ça que l’arbre est indispensable dans le fonctionnement de cette planète, il est le seul capable de remplir la nappe phréatique.

À cette profondeur là, la racine de l’arbre est en contact avec le monde minéral. Que va faire la racine de l’arbre ? Elle va sécréter des acides, attaquer le caillou et le transformer en argiles. Ce qui est intéressant, puisque le sol est un complexe argilo-humique, c’est que l’humus est fabriqué en surface grâce au travail des champignons et de la faune épigée, et les argiles sont fabriquées en profondeur par l’attaque des racines des arbres au contact du monde minéral.

À cette profondeur des racines meurent, et de nouvelle racines arrivent. Il existe heureusement une faune qui se nourrit de racines mortes, qui nettoie toutes ces racines mortes et qui libère de nouvelles galeries pour les racines suivantes : c’est ce qu’on appelle la faune endogée.

On y retrouve les mêmes groupes qu’en surface : des collemboles, des acariens, des vers, sauf qu’ils sont petits et aveugles ; et leur boulot c’est toujours de nettoyer des racines. Pour vous donner une idée du travail de cette faune endogée, un blé fait 200 km de racines et 5000 km de poils absorbants. Un blé hein ! Nous en mettons 200 au mètre carré. Donc [10 hectares de] blé c’est 4 milliards de kilomètres de racines. Et bien ces 4 milliard de kilomètres de racines seront mangés par la faune endogée pendant l’hiver et permettront à l’orge qui suivra, ou au colza, de s’enraciner.

On voit que 1) l’argile est produite en profondeur, 2) l’humus est produit en surface, 3) une faune épigée aère le sol en surface et 4) une faune endogée aère le sol en profondeur. Mais comment argile et humus se rencontrent-ils ? Il faut qu’ils se rencontrent pour former le sol ! Ils se rencontrent grâce à une troisième faune que vous connaissez tous : les vers de terre. Dans les pays tropicaux se sont les termites qui ont ce rôle. Que font les vers de terre ? Ce sont les grands lombrics, ceux qu’on appelle la faune anécique. Ils ne sont pas comme la faune épigée ou la faune endogée, qui change d’endroit tout le temps. Eux ils ont des galeries, comme des terriers : toutes les nuits, ils sortent, ils laissent l’arrière de leur corps dans la galerie pour pouvoir rentrer dedans s’il y a prédateur, et ils prennent la matière organique, ils l’emmènent, ils redescendent, là ils remontent de l’argile. Ils passent leur temps ainsi, quand ils ont fait demi tour ils vident leur intestin pour former une crotte qu’on appelle le turricule. Et il se trouve que les vers de terre ont dans leur intestin une glande qu’on appelle la glande de morène, qui est très riche en calcium. Donc ils remontent de l’argile et ils mélangent dans leur intestin de l’argile et de l’humus. Or il se trouve que les argiles sont négatifs, les humus sont négatifs, et le calcium est un ion qui a deux charges positives. Donc une charge positive va attacher l’argile et une charge positive va attacher l’humus. Ils fabriquent ainsi du complexe argilo-humique. C’est les vers de terre qui fabriquent la terre.

Le premier scientifique qui va s’y intéresser c’est Darwin. Darwin va être le premier à donner une échelle des restes humains, parce que si vous faites des profils vous verrez que les pierres taillées on les trouve en profondeur, puis les mosaïques romaines, puis les restes du moyen age. C’est pas parce que les hommes de la pierre taillée vivaient sous terre, ils vivaient comme nous à la surface, mais c’est les vers de terre qui ont enfoui tous les restes humains. C’est pour ça que les archéologues passent leurs temps à creuser des trous, c’est de la faute des vers de terre. Et en fait Darwin a une idée très bonne, il a mesuré la quantité de terre : un ver de terre rejette son poids de terre tous les jours. Il a calculé simplement les distances qu’il y avait entre les restes humains et il s’est rendu compte que c’était beaucoup plus vieux que ce qu’on racontait. À l’époque la bible faisait remonter à 5000 ans la création de l’humanité ; donc Mr. Darwin a été très prudent pour ne pas avoir la religion sur les bretelles, mais il a montré que c’était beaucoup plus ancien qu’on le croyait. Si vous mettez par exemple un pas japonais dans votre jardin, vous verrez que votre pas japonais va disparaître : les vers de terre qui vont l’enfouir progressivement. Souvent quand je suis sur le terrain avec les agriculteurs, ils me disent : « Oh là là, mes cailloux remontent. » Je leur explique que le vol lourd des cailloux dans la plaine ça n’existe pas. Jamais les cailloux ne remontent, c’est toujours la terre qui s’en va. Donc ne faites pas de mauvaises interprétations.

Alors comment nous avons fait pour tuer nos sols ? On a violé ses lois fondamentales. Vous pouvez violer les lois humaines, si vous vous faites choper par la police vous irez en taule, mais c’est pas très grave pour l’ensemble de l’humanité. Mais quand on viole les lois universelles, les lois de la biologie, là c’est très grave. Alors comment on a fait pour tuer les sols ? On a inventé deux armes de destruction massive des sols.

D’abord la charrue. Au début les hommes grattouillaient la terre avec des chevaux ; c’était pas bien grave, mais quand on a découvert le tracteur, vous savez, c’était comme quand Victor Hugo disait pour montrer la fascination des hommes devant de grosses machines : « Une immense force qui aboutit à une immense faiblesse, voila ce qui fascine les hommes. » Les mecs ils bandent comme des fous devant un gros tracteur de 300 chevaux. Ils en peuvent plus, donc ils bousillent les sols en les retournant et ils mettent la matière organique au fond. C’est la première erreur car tous les champignons du monde sont aérobies. Il n’existe pas de champignons anaérobiques sur terre. Tous les paysans qui ont eu l’occasion de planter un piquet dans le sol le savent quand ils sortent le piquet : la pointe du piquet est intacte et le piquet est complètement rongé sur les premiers centimètres. Heureusement d’ailleurs pour la ville de Venise qui repose sur des piliers de bois. Ces piliers de bois sont sous l’eau en anaérobiose et aucun champignon ne peut les écrouler, c’est pour ça que la ville est toujours là. Donc quand vous mettez de la paille dans le sol vous ne faites plus d’humus. C’est pour ça qu’on arrive à ce système très étonnant : quand les anciens faisaient a peu près 2 tonnes de paille en France, en 1900, ils avaient 4 % de matière organique. Maintenant nous faisons 5 à 6 tonnes de paille en moyenne sur l’ensemble du territoire, mais nous n’avons plus que 1,6 % de matière organique sur l’ensemble du territoire.

Nous avons divisé par 2 notre matière organique, alors qu’on a multiplié par 2 les pailles. Pourquoi ? Parce que nous les enfouissons. À partir du moment ou vous les enfouissez c’est fini, vous ne ferez plus jamais de l’humus. Donc première erreur : enfouissement de matières organiques. Et les gens que je vois mettre du compost avant de planter un arbre commettent une erreur fondamentale contre les lois universelle.

Deuxième erreur, on apporte des engrais chimiques. Qu’est ce que font les engrais chimiques ? Ils stimulent les bactéries. Or les bactéries sont minéralisatrices : elles ne font pas d’humus, elles minéralisent. Les bactéries se multiplient 20 fois plus vite que les champignons. Donc qu’est-ce qui se passe quand vous mettez des engrais chimiques ? Vous accélérez la minéralisation de la matière organique. Quand la matière organique tombe trop bas, la faune disparaît puisqu’elle se nourrit de cette matière organique. Dans un pays comme la France, nous sommes passés de 2 tonnes de vers de terre à l’hectare, en 1950, à moins de 100 kilos ! Qu’est ce qui se passe quand il n’y a plus de vers de terre ? Je vous ai expliqué que les vers de terre remontaient tous les jours de la terre. Ils remontent de la potasse, du phosphore, de la magnésie, du calcium. Si les vers ne les remontent plus, les éléments vont descendre : pollution des nappes, pollution des rivières. Après cette dégradation biologique des sols, vous rentrez dans ce qu’on appelle la dégradation chimique. Votre terre va perdre ses éléments nutritifs. Vous allez envoyer de l’azote dans les nappes, vous allez envoyer du phosphore dans les rivières, etc. Vous appauvrissez vos sols.

Or lorsque le taux de matières organiques est tombé trop bas, et que vous avez minéralisé des ions fondamentaux qui attachent argiles et humus comme le fer, le calcium etc, eh bien l’argile n’est plus attachée, l’argile s’en va, les rivières se chargent de boue dès qu’il pleut, c’est la dernière mort, qu’on appelle la mort physique des sols : votre sol part à la mer.

C’est comme ça que vous ruinez un sol. Je travaille avec des agriculteurs depuis 1989, des gens en Beauce qui étaient très fiers de faire partie du club des 100 quintaux. Ils roulaient des caisses à l’époque car ils avaient des blés qui en génétique étaient des blés à 110 quintaux, donc ils faisaient presque leur rendement génétique. Maintenant ils ont des blés à 150 quintaux et les mêmes agriculteurs ne font plus que 90 quintaux… C’est à dire qu’ils ont des Ferraris, ils roulent sur des chemins de terre. C’est pas la peine d’avoir une Ferrari si c’est pour rouler sur un chemin de terre, il vaut mieux avoir une 2 chevaux. Ils peuvent raconter tout ce qu’ils veulent, ils ne valorisent plus la génétique de leurs plantes. Et pourtant on sait que cette génétique est valable puisque récemment une expérience en Nouvelle-Zélande on a trouvé que sur un sol qui n’avait jamais été labouré, jamais touché, et ils ont fait 162 quintaux en semis directs, et 152 quintaux en labour. Donc ça montre que le potentiel génétique est bien réel, mais nos sols sont à genoux.

Donc qu’est ce que ça veut dire « faire une agriculture durable » ? C’est reconnaître que la propagande des multinationales est de la propagande et non de la science. Il va falloir remettre de la science dans l’agriculture. Or l’agriculture n’a plus de science depuis 50 ans, elle n’a que de la technique, elle n’a que des produits chimiques, elles n’a que des grosses machines, c’est dire qu’elle fait tourner le business agro-industriel et enrichir l’agro-industrie, mais qu’elle n’est pas là pour nourrir les Hommes. Or maintenant, avec 7 milliards d’individus, il va bien falloir se décider à nourrir les Hommes. Et nous avons maintenant 1 milliard d’Hommes qui souffrent de la famine : donc la « révolution verte » c’est un échec total. Le problème c’est que cette société obsédée par le profit ne veut pas reconnaître ses torts, ne veut pas reconnaître que la révolution verte est responsable de la famine d’un milliard de personnes, c’est à dire autant d’habitants qu’il y en avait en 1800 sur cette planète.

Donc il va falloir changer complètement notre agriculture, il va falloir à mon avis dissoudre des société comme Monsanto, Novartis et compagnie, qui sont des assassins. Il va falloir qu’on crée une espèce de justice internationale sur crimes contre la vie, car ces gens là sont des criminels contre la vie, ils ont tués ! L’activité biologique des sols, que je mesure depuis 1989, ne cesse de baisser. Et quand je compare avec les chiffres du début de 1900, nous avons perdu à peu près 90 % de notre activité biologique. En particulier les grands disparus c’est les champignons, complètement disparus avec les engrais chimiques. Or c’est eux qui font les humus. Depuis qu’il n’y a plus de champignons, vraiment les sols vont très très mal.

Tout à l’heure vous parliez du BRF. Pourquoi le BRF a-t-il un effet tellement spectaculaire sur la relance de la vie des sols ? C’est qu’il apporte de la lignine. Il redonne cette substance que seuls les champignons sont capables d’attaquer et vous remontez le rapport C/N, le rapport carbone / azote.

L’agriculture elle n’a pas besoin d’azote : elle a besoin de carbone. C’est ça que les agronomes n’ont toujours pas compris. Comme les agronomes ignorent tout de la vie des sols, la chaire de microbiologie des sols à l’Agro a été fermée en 1986… Là vous avez devant vous un fossile vivant, d’accord ? Des microbiologistes des sols on en fabrique plus en France. Les 150 agros qui sortent de la boite, ils ne connaissent rien des cycles microbiens, c’est quand même hallucinant. Ils ne savent pas distinguer un basidiomycète, d’une bactérie, d’un actinomycète, ils ne savent pas que leurs rôles sont complètement différents.

Si on veut remettre de la vie dans les sols, il va bien falloir qu’on arrête d’inventer des modèles artificiels, type révolution verte, et de donner le prix Nobel à un mec qui a ruiné 300 millions d’hectares de sols avec sa révolution verte. C’est pas ça le but, le but c’est de remettre de la science pour qu’on puisse à nouveau regarder les sols comme ils sont ; parce que le seul grand livre, c’est la nature ; c’est pas derrière un ordinateur qu’on découvre le fonctionnement d’un sol, c’est en faisant des trous ! Avec Lydia on en a fait plus de 12 000 à travers la planète depuis l’altiplano (plaine d’altitude) des Andes en passant par les sols Norvégiens et des sols d’Amérique et de Bornéo. Les sols on sait comment c’est parce qu’on en ouvre, et qu’on regarde la faune, on regarde les racines. C’est plus que ce que font les agronomes…

Voilà, je vous remercie pour votre attention.

Question : sur quelle profondeur travailler les sols ?

Réponse : pas du tout les retourner. Il y a des semoirs direct, des roues semeuses, … Engrais vert avant les culture, l’écraser avec un rouleau Faca à l’avant, sans l’enfouir surtout, et semer avec une roue semoir à l’arrière.

Question : Pour la pomme de terre ?

Réponse : Les étaler au rateau à la surface, les couvrir de 20cm de paille, comme font les paysans boliviens. Se servir quand il y en a besoin...

Ce texte est la retranscription de l’intervention de Claude Bourguignon lors des 2eme assises nationales de la biodiversité à la Grande Synthe en 2012. La retranscription a été faite pour Passerelle Eco par Tim Heider, puis adaptée par JLuc pour permettre une meilleure compréhension à partir d’une lecture écrite.


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2 messages

  • Petite leçon d’agronomie (1/2)

    Le 6 janvier 2016, par Marina

    Bonjour, les articles 1/2 et 2/2 sont identiques. Ont-ils été fusionnés ou s’agit-il d’une coquille ? Je suis intéressée par la deuxième partie. En vous remerciant


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