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Comment développer une agriculture pérenne ?

le 12 janvier 2015

DOSSIER :
Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture (11)

Claude Bourguignon est également auteur de la préface du livre "Introduction à la Permaculture".

Comment développer une agriculture pérenne ?

Après avoir étudié les causes de l’état actuel de nos sols, Claude Bourguignon présente les éléments à prendre en compte pour développer une agriculture pérenne.

Bah il faut changer le dogme dans lequel fonctionne l’agriculture, vous savez que
l’agriculture est une activité économique qui n’a pas de bases scientifiques, qui a une
base purement dogmatique, le dogme de l’agriculture actuelle c’est : « Les sol c’est
un support inerte, je mets des engrais dessus, ça rend les plantes malades, je les
soigne avec des pesticides et je produis. »

Or c’est faux, le sol n’est pas un milieu inerte, c’est le milieu le plus vivant de la
planète, 80 % des êtres vivants sont dans le sol, 80 % ! C’est pas un petit chiffre hein.
80 % de la biomasse vivante est dans les sols, c’est donc absolument pas un milieu
inerte, et il n’y a absolument pas besoin de pesticides. Si y’a des pesticides c’est que
vos plantes sont malades, si vos plantes sont malades c’est qu’elles sont mal nourries,
et pourquoi elles sont mal nourries ? C’est qu’il n’y a plus de vie dans le sol, or ce sont
les microbes qui nourrissent les plantes. (par « microbes » on désigne non-seulement
les bactéries, mais aussi tous les organismes vivants, le sol contient tous les règnes du
vivant, dont une majorité d’organismes inconnus.)
Donc il faut repenser complètement le la façon dont fonctionne le sol.

Comment faire ? Bah il faut revoir toutes les bases.

La sélection

On sélectionne génétiquement (on parle de sélection pas de modification génétique)
à l’heure actuelle des plantes pour qu’elles répondent à la consommation d’engrais,
par exemple au début du XXe siècle la France cultivait 10 espèces de blés je ne parle
pas de variétés, je parle d’espèces, à l’heure actuelle nous n’en cultivons plus que 2, le
blé dur et le blé tendre. Et nous avons éliminé toutes les espèces qui ne répondaient pas aux « engrais » (stimulants artificiels pour plante) : c’est-à-dire qu’on met des
« engrais » NPK, si ça répond à l’engrais, on garde, si ça répond pas, on l’élimine.

Prenez par exemple l’épeautre. L’épeautre a été éliminé de l’agriculture française
parce qu’il ne répondait pas à l’azote. Ce sont des agriculteurs biologiques qui ont
sauvé l’épeautre, puisque eux justement ils n’utilisent pas d’azote, et si nous avons
encore du triticum spelta, cette espèce qui est l’épeautre, c’est grâce aux agriculteurs
biologiques qui ont sauvé cette espèce parce que eux justement ils appréciaient sa
rusticité, c’est-à-dire le fait qu’il poussait sans avoir besoin d’azote.

Donc vous pouvez génétiquement faire, au lieu de pratiquer ce que nous pratiquons,
c’est-à-dire de détruire la biodiversité, ne cultivez plus que 2 espèces de blés, au lieu
de 10. Nous sommes passés de 3600 variétés de fruits cultivés en Europe, à moins de
40.

Au lieu de pratiquer cette destruction de la biodiversité c’est au contraire utiliser cette
biodiversité et de rechercher non pas des plantes qui vivent à coup d’engrais et de
pesticides, mais au contraire sélectionner ce qu’il y a de plus rustique, qui protège les
sols, qui n’ont pas besoin d’eau pour pousser, pas besoin de prendre de l’ogm pour
faire pousser des maïs sans eau, vous avez dans la famille des maïs (les graminées)
des espèces qui ne consomment pas d’eau. Pas besoin d’irrigation pour faire pousser
un sorgho, pour faire pousser un moha, pour faire pousser un mil, ou des millets...
Pas besoin d’ogm pour faire ce genre de choses.

Vous avez sur Terre des plantes qui vivent même dans les déserts totaux, sans eau,
c’est pas la peine d’aller injecter des choses dont on ne connaît pas en plus les
résultats sur l’environnement, alors que nous avons 350 000 espèces de plantes à
notre disposition, que nous pouvons peut-être sélectionner de façon différente.

Donc c’est avoir une génétique non pas appauvrissante, mais au contraire, des
plantes qui poussent sans eau, des plantes qui mettent en valeur des sols pauvres etc.
Donc c’est une autre approche de la génétique.

Les pesticides

C’est aussi au niveau des pesticides, apprendre à diminuer les doses et arrêter de
mettre les doses excessives que nous mettons en France, et apprendre à gérer les
pesticides de façon beaucoup plus utile.

Le travail du sol

Alors, l’homme n’a pas à travailler le sol, il est dur, l’homme l’a inventé. La première
agriculture a été inventée avec le feu.

Ça a été inventé y’a 500 000 ans, le feu c’est première grande invention qui permet à
l’homme de changer son milieu écologique. Donc comment il pratique ? Il pratique
ce qu’on appelle l’agriculture sous brûlis, qui consiste à mettre le feu à la végétation
locale, et dans les cendres, vous prenez un bâton à fouir, vous faites un trou dans le
sol, vous mettez une graine de légumineuse, une graine de céréale, vous rebouchez
avec l’orteil, et vous laissez pousser.

Et puis au bout d’un moment avec cette technique-là, bah la nature qui a horreur du
vide va commencer à faire pousser des « mauvaises herbes », quand y’en a trop,
qu’est-ce que fait l’agriculteur sous brûlis ? Il s’en va, ils ont des villages qui sont en
bois, ils sont mobiles, et ils se déplacent. Ils reviennent, y’a un cycle de rotation, vous
êtes en Nouvelle-Guinée, en Amazonie –parce qu’il y a encore des hommes qui
travaillent comme ça- le cycle de rotation est d’à peu près 60 ans. Tous les 60
l’homme revient au même endroit, remet le feu, cultive, dès que les mauvaises herbes
arrivent il repart.

Donc c’est une agriculture extraordinairement reposante, à peu près 2 à 3 h de travail
par jour. C’est plutôt cool, et ça a duré comme ça pendant 500 000 ans.
Puis on a inventé y’a 10 000 ans, une catastrophe pour les agriculteurs, qui est la ville
en dur. On a commencé à inventer les pyramides, les grandes villes de Babylone, tout
ça... Plus moyen pour l’agriculteur de partir.

Parce qu’autant c’est facile de laisser pourrir un village pygmée ou papou, autant une
pyramide ça ne se déplace plus.
Donc à partir de ce moment-là les hommes ont été obligés de trouver une technique
pour continuer à cultiver avec les mauvaises herbes. Et ils vont inventer le travail du
sol...

C’est la malédiction divine, dans tous les romans, la Bible etc. toutes les légendes de
tous les peuples, l’homme vivait dans le paradis, c’est-à-dire qu’il n’avait pas à se
fatiguer, il avait juste à brûler un peu et ça poussait tout seul, et puis il invente le travail du sol, c’est la malédiction de Dieu, « la terre ne produira que des épines et tu
te nourriras à la sueur de ton front ». Et on passe à 14 h de travail par jour. Le
désherbage à la main, je parle d’agriculture manuelle, en Afrique le désherbage
manuel c’est 140 h de travail à l’hectare.

Et depuis 6000 ans, l’homme travaille la terre, la terre fait pousser des mauvaises
herbes, l’homme re-détruit les mauvaises herbes... ça fait 6000 ans que la terre
explique à l’homme que le sol ne doit jamais être nu, le sol doit toujours être couvert.

C’est pour ça que dès que l’homme met le sol à nu, immédiatement la nature fait
repousser quelque chose pour protéger le sol, car ce sont les plantes, qui sont un peu
comme les cheveux sur votre crâne, les plantes sont là pour protéger le sol contre
l’attaque de la pluie, contre la violence des rayons du soleil, contre l’érosion.
Donc ce qu’il faut c’est de se dire, « Tiens, nous créons de l’érosion parce que nous
croyons absolument qu’il faut travailler les sols, la nature elle fonctionne depuis des
millions d’années sans travail, est-ce qu’on ne pourrait peut-être pas imaginer une
agriculture qui ne mette pas les sols à nu, puisque la nature elle ne veut pas que le
sol soit à nu puisqu’elle passe son temps à faire pousser les mauvaises herbes ? »

Ce que nous nous appelons « mauvaises herbes », qui sont en fait des herbes qui
viennent protéger le sol.
Est-ce qu’on ne pourrait pas trouver un autre modèle ?
Et pour ça, on va simplement faire une chose : on va étudier ce que la nature fait.

La nature elle a un avantage sur nous, c’est que elle, elle est pérenne, elle est
fortement durable, et donc elle a forcément des modèles qui fonctionnent puisqu’elle
est capable de durer des milliers d’années sans érosion et sans appauvrissement de
son.

Donc comment fait-elle ?
Je vais vous montrer une photo prise d’un avion en forêt amazonienne, vous allez
tout de suite comprendre comment fonctionne la nature. Donc c’est une photo prise par mon épouse sur le bassin amazonien, vous avez au-dessus la grande réserve de l’Iguaçu, ça c’est un milieu sauvage, naturel, qui a 70
millions d’années, qui reçoit 3 mètres d’eau par an. Vous pouvez remarquer que la
rivière qui sort de la réserve, le grand fleuve est absolument transparent, et toute les
zones d’eau que vous voyez au milieu de la réserve sont absolument transparentes.
Dans la rive de l’autre côté, en face de la réserve, c’est cultivé, la rivière qui sort de la
zone cultivée est entièrement boueuse.

Ça veut dire que la nature elle fait un modèle absolument durable, y’a pas de sol qui
s’en va, dès que l’homme intervient, dès qu’il met le sol à nu, la rivière devient
totalement orange.
Ici vous pêchez, c’est plein de poisson, de l’autre côté tous les poissons crèvent noyés
par la boue.

Donc l’idée est la suivante : puis que ce modèle-là fonctionne, bah avant de la
détruire, d’y foutre le feu, de le saccager, je vais l’étudier.
Je vais essayer de comprendre comment un système est capable pendant 70 millions
d’années de recevoir 3 m d’eau par an sans perte de sol.
Donc on va regarder comment ça marche, comment un système biologique a réussi,
au cours de l’évolution, c’est-à-dire au cours de centaines de millions d’années,
d’évolution de faire un modèle qui ne perd rien.


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DOSSIER
Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture

2 messages

  • Comment développer une agriculture pérenne ?

    Le 9 juin 2017, par TH62

    Bonjour,
    pourriez vous dater chaque article (date de l’écriture par l’auteur ou date de la discussion) svp.
    Les articles sont interessants mais ils s’échelonnent de 1995 à ..2006 !? sans que l’on puisse vraiment le savoir. C’est très important en rédibilité et en edition de faire apparaitre à chaque fois la date qui permet de resituer correctement les données annoncées ou ecrites
    Grand merci , bien cordialement

    • Comment développer une agriculture pérenne ?

      13 juin 2017, par JLuc (Passerelle Eco)

      La date de publication de chaque article est indiquée sous l’image tout en haut de la colonne de gauche.

      Des articles sont publiés sur ce site depuis 2003 et continuent à l’être en fonction des besoins et de l’actualité.

      Par ailleurs, les bonnes manières varient selon les milieux et les priorités, et la redibilité commence surement par employer des termes clairement compris du plus grand nombre et je ne pense pas que "redibilité" en fasse partie !


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