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Semis direct sous couvert

le 10 février 2015

DOSSIER :
Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture (15)

Claude Bourguignon est également auteur de la préface du livre "Introduction à la Permaculture".

Semis direct sous couvert

Après un bilan des impacts négatifs du labour sur la fertilité des sols, Claude Bourguignon propose une solution : le semis direct sous couvert.

Alors le semis directe sous couvert c’est quoi le principe ? Eh bien c’est copier la
nature, c’est-à-dire à l’inverse de ce qu’on voit faire, enfouir tout avec une
putréfaction.

Là c’est du tournesol labouré, vous voyez tous les côtés bleutés de la putréfaction en
anaérobiose, c’est de ne surtout pas faire ça, c’est au contraire se baser sur une
observation très simple, qui est que quand j’observe un blé qui se développe, on
constate qu’il a extrêmement bien structuré le sol.Si je regarde une plante sur le sol, qu’est-ce que je constate ? Un contraste énorme
entre la zone compactée par la charrue -ce qu’on appelle la semelle de labour, qui est
du vrai béton- puis au-dessus j’ai un sol extraordinairement aéré, c’est-à-dire que la
racine, la biologie, elle ne compacte pas, elle fait exactement l’inverse, elle
décompacte, elle créée une énorme aération.

Or quel est le problème de l’agriculteur depuis 6000 ans ? C’est :

  • Ne pas avoir de mauvaises herbes
  • Et avoir un lit de semence

Un lit de semence c’est quoi ? C’est une terre grumeleuse, c’est justement pas des
grosses mottes, qui va permettre à la graine d’avoir et du dioxygène et de la fraîcheur
pour germer. Car toute la difficulté pour la graine, c’est qu’il lui faut de l’eau sinon
elle ne germe pas, mais il lui faut quand même de l’air pour respirer.

Or qu’est-ce que je constate ? On voit que les racines créent exactement ce que je
veux. Donc si je trouve une plante qui m’étouffe les mauvaises herbes et que je peux
détruire facilement, par exemple une plante qui gèle, qui va mourir aux premiers
coups de l’hiver, et qui me structure le sol, bah j’ai mon lit de semence, j’ai un sol
propre, je peux semer.

Donc l’idée c’est, au milieu de ces 350 000 espèces de plantes qui existent sur Terre,
de rechercher les plantes qui sont capables de structurer le plus efficacement les sols,
et puis je vais semer dedans. Alors vous avez des plantes remarquables, qui ont des
capacités de faire de la racine qui sont tout à fait remarquables.

Alors le grand spécialiste de ça c’est Wes Jackson aux Etats Unis, c’est un monsieur
qui travaille depuis très longtemps sur des plantes intercalaires pour préparer les sols
et les décompacter. Donc voyez, il sélectionne les graminées – ce sont les graminées
qui sont les plus performantes – Il sélectionne des plantes qui font énormément de
racines. C’est-à-dire qui en très peu de temps sont capables de faire des volumes
racinaires tels que le sol n’est plus qu’un lit de semence, cette plante, si vous la
choisissez parce qu’elle gèle, alors vous allez tout simplement passer dedans et semer
directement dans la végétation, et vous allez profiter du travail fabuleux qu’ont fait
ces racines. Alors on travaille à l’heure actuelle avec des plantes qui font 12 milliards
de kilomètres de racines à l’hectare, je ne sais pas si vous voyez ce que ça fait : vous
transformez les terres. On les utilise en milieu amazonien, dans des milieux
extrêmement durs, où on a 95 % d’argile, avec des pluviométries de 3 m d’eau par an,
donc des sols que les agronomes disaient jusque-là incultivables, parce que quand
vous descendez une charrue dans un sol à 95 % d’argile et qu’il pleut 3 m d’eau par an, je peux vous dire que vous faites une bouillie, ce sont des sols que l’agriculture
classique ruine en 5 ans, en 5 ans il n’y plus rien qui pousse. Alors qu’avec ces plantes
intercalaires-là, on fait de la production sans arrêt, puisqu’on ne laisse jamais le sol nu
et qu’on va le structurer avec les racines.

Donc l’idée c’est de mettre une plante intercalaire : alors en plus cette plante
intercalaire vous pouvez la choisir comme plante énergétique, vous allez la mettre
entre deux cultures, c’est-à-dire que par exemple vous récoltez une orge d’hiver,
avant que vous plantiez votre culture d’hiver vous avez un certain temps, hé bien
pendant ce temps-là vous pouvez faire une culture énergétique (ou n’importe quelle
autre culture intercalaire). Car raconter qu’on va faire des cultures énergétiques à la
place des cultures alimentaires alors qu’on n’a déjà plus assez à manger sur Terre, est
une idée totalement farfelue. Il va falloir qu’on garde nos surfaces agricoles pour
manger. Par contre à partir du moment où vous ne labourez plus, c’est-à-dire que
vous ne faites plus un passage de labour pour faire des mottes, ensuite un passage
pour casser les mottes, ensuite un passage pour aplanir tout ça, c’est-à-dire 4
passages avant d’installer une culture, si vous avez juste à semer, vous avez quand
même gagné trois passages, vous gagnez du temps, au lieu d’attendre entre tous vos
passages et de laisser le sol nu, vous pouvez produire. Donc l’idée c’est : « je vais
installer une culture tout de suite derrière la plante récoltée ». Comment on va faire ?

Eh bien si on prend un itinéraire derrière une céréale d’hiver, je prends une situation
où il n’y a pas d’élevage donc je n’ai pas besoin des pailles, je ne moissonne que les
épis, avec ce qu’on appelle un « stripper », qui est une moissonneuse qui travaille très
haut, je ne prends que les épis donc je consomme déjà beaucoup moins de fioul
puisque je n’ai pas à broyer les pailles, je laisse les pailles debout (c’est très important
de les laisser debout), et avec un semoir à disque je sème directement dedans une
culture intercalaire. Ça peut être une culture à gibier, une culture qui récupère l’azote,
ou qui fait de l’énergie, c’est-à-dire qui produit par exemple, si elle est à cycle court,
de l’huile. On a maintenant des crucifères qui ont des cycles à 90 jours, donc vous
pouvez très bien entre une moisson 15 juillet et un semis 15 octobre, avoir le temps
de produire une crucifère qui vous fait de l’huile.

Alors ça vous fait des semis qui sont un petit peu différent de ce que l’on a l’habitude
de faire, puisque vous allez semer directement dans la paille.
Voilà par exemple un semis intercalaire sur le plateau blanc en Bourgogne, conditions
assez froides, donc là c’était un sarrasin qui est un excellent précédent au blé, donc là
on est en train de semer dans le sarrasin. Alors vous voyez le principe, quand vous
regardez par en haut, on dirait qu’on a rien fait, parce que la machine se contente de fendre, laisser tomber la graine et refermer le sillon, donc pas de levée de mauvaises
herbes. Puisque dès que vous touchez la terre les mauvaises herbes se lèvent, le
principe c’est surtout de ne pas faire de mauvaises herbes et de tout de suite
s’installer.

Alors ça fait de temps en temps des semis marrant, voilà par exemple un semis dans
l’Ain, près le Lyon, là on sème sous la pluie, ce jour-là il était tombé 12 mm d’eau. On
sème direct, on s’en fiche qu’il y ait de l’eau puisque de toute façon on roule sur des
plantes. Donc vous ouvrez votre calendrier de semis de façon très intéressante.

Là je suis en train de semer ! Alors c’est vrai que c’est choquant quand vous voyez ça.
« Holà dis-donc le gars y sème, qu’est-ce qui va faire ? » Bah ça c’est une plante qui
gèle donc y’a absolument pas de souci à se faire, et on sème notre culture.
Plus il fait chaud, plus vous faites des cultures intercalaires imposantes : quand vous
descendez dans le Sud de la France, où on a un climat fait qu’il y a plus de chaleur
entre le 15 juillet et le 15 octobre, donc on arrive à faire des végétations qui sont très
hautes. Là vous voyez le tracteur y commence à plus voir grand-chose. Alors là, vous
terminez votre culture avec 2 à 3 kg d’azote en reliquats, tout l’azote est dans la
plante intercalaire.

Voilà ce que donne une culture blé sur blé zéro herbicide. Vous voyez qu’il est
propre, il n’est pas salit par les mauvaises herbes. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas
laissé pousser les mauvaises herbes puisque j’ai mis une plante qui a tout étouffé.
Donc quand je le regarde de près mon blé, on se rend compte qu’il n’y rien qui a eu
le temps de pousser : J’ai deux paille, et la paille, là c’était un blé sur blé, donc du blé
précédent, et la paille de la plante intercalaire (ici en l’occurrence un sorgho que j’ai
couché sur le sol). Vous voyez il y a des petites bicoques qui commencent à
apparaître, mais au stade où est le blé, elles ne le rattraperont plus, c’est fini, lui il a
gagné.

Donc vous rendez compte que vous arrivez à faire des itinéraires très économiques :
un itinéraire labour c’est 140 L de fuel / ha, un itinéraire en semis direct c’est 25 L.
Donc au niveau économie ce n’est pas inintéressant puisque vous n’avez plus besoin
de gros tracteurs de 200 chevaux pour faire du boulot.

Alors voilà ce que ça donne sur le sol : ça c’est un essai sur un limon battant dans la
région du Mans. Donc on a divisé la parcelle en deux : parcelle avec labour, voyez
l’état des surfaces... ça c’est un limon qui a une perméabilité de 0,5 mm d’eau / h. 1
an de culture sans labour, regardez déjà toutes les crottes de vers de terre qui
apparaissent, tous les trous, ça y est maintenant l’eau ne reste plus sur le champ. Ça,ça s’est fait en un an seulement. Simplement, de ne pas avoir tout de suite déchaumé,
tout enfoui, ou même brûlé les pailles, d’avoir tout laissé sur le sol, voyez déjà l’état
du sol. Donc les sols répondent vite quand vous arrêtez de tout enfouir.

Alors si vous avez un maïs à faire derrière un blé, c’est-à-dire si vous faites une
culture de printemps derrière une culture d’hiver, on fera deux cultures
intercalaires :

  • On récolte le blé
  • Dans le blé je mets ma culture d’été, en plus le gros avantage de la culture
    intercalaire c’est que vous profitez des 3 derniers mois chauds, fin juillet
    tout le mois d’août et tout le mois de septembre, qui sont les derniers mois
    chauds où vous pouvez faire encore de la biomasse et où vous pouvez encore
    faire de la photosynthèse.
  • Derrière je vais mettre une culture d’hiver. Car ce système ne marche que si la
    plante dans laquelle je sème est vivante, si elle est morte depuis plusieurs
    mois, elle est toute pourrie, elle n’a plus du tout d’effet. Je vais avoir de la terre
    qui va coller sur mes disques, je vais sortir de la terre donc je vais avoir des
    mauvaises herbes. Il faut que ma plante soit broyée la veille pour pouvoir
    semer. Je mets cette culture d’hiver.
  • et dans cette culture d’hiver je sème.
  • Alors ça fait des levées de maïs qui sont assez marrantes, parce qu’on n’est pas
    habitué à voir le maïs sortir au milieu de ça.
    Vous voyez vous avez le maïs qui sort au milieu du « caca », ce n’est pas gênant, c’est
    tout mort, y’a pas de mauvaises herbes.

Ce qui fait que vous vous retrouvez au moment de la récolte un maïs qui est propre,
vous voyez au sol c’est tout propre. J’ai encore un gros mulch, j’ai encore un gros tas
de matière organique, donc y’a tous les vers de terre qui reviennent, les collemboles,
les acariens etc. et puis mon sol il est propre.

Ce maïs je vais à nouveau le récolter au stripper, je vais prendre que les épis, je laisse
tout au sol, et je ressème immédiatement une culture d’hiver.
Donc vous voyez je n’arrête jamais, c’est-à-dire que le principe c’est de copier la
nature : je ne laisse jamais mon sol nu.

C’est la règle de base, tout le temps occuper le sol avec une plante, et pour ça il faut
du semoir rapide, il ne faut surtout pas être obligé de labourer la terre et de la remuer, sinon, si je suis obligé de tripatouiller la terre, je vais perdre du temps et je ne
vais pas avoir le temps de faire mes itinéraires.

Alors, on a avec le travail de W. Jackson sur la sélection des plantes, on des plantes
remarquables.
Voilà par exemple à l’heure actuelle la championne qu’on a dans le monde, qu’on
n’utilise pas ici, c’est une plante tropicale qu’on utilise pour mettre en valeur et pour
arrêter les dégâts dans les sols équatoriaux amazoniens. Alors vous êtes ici sur un
latosol dans la région de Lucas de Verde avec 95 % d’argile, cette plante elle a 60
jours, en 60 jours elle a transformé un sol argileux en un « couscous », et là on fait
passer le bétail d’abord puisqu’elle est très sucrée, le bétail adore, on fait brouter par
le bétail et on sème directement dedans, les sojas, les riz.

Si on prend une plante comme le colza, alors on n’a pas le temps de faire une
intercalaire entre une orge et un colza, donc on va semer directement le colza dans
les pailles de l’orge.

Voilà ce que ça donne. Ça c’est un semis qui est réussi, l’agriculteur a travaillé à la
bonne vitesse, il faut travailler à 8-9 km/h, il ne faut pas travailler trop vite sinon vous
projetez de la terre et vous aurez des mauvaises herbes. Donc c’est un semis bien
réussi, on a l’impression qu’il y a juste les graines qui sortent au milieu de la paille,
comme je n’ai pas touché à la terre, pas de mauvaises herbes.

C’est le principe de base, si vous ne touchez pas à la terre vous n’aurez pas de
mauvaises herbes. Dès que vous touchez la terre, ça se lève. Mais cette technique
demande du doigté. Attention la technique que je vous décris, elle est beaucoup plus
compliquée que le labour. N’importe qui peut faire du labour, ça par contre c’est très
technique.

Crédit photo d’en-tête : DriAger Tous droits réservés


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Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture

4 messages

  • Semis direct sous couvert

    Le 26 janvier 2018, par Benoît

    Bonjour,
    en bio depuis 25 ans(polyculture élevage de porcs en plein air)ds les coteaux du sud-toulousain,c’est notre troisième année de semis direct ss couvert vivant ;et les résultats sont loin d’être probants .
    J’ai beau semer( avec un séméato)dès que je descend de la moissonneuse,le couvert a du mal à se développer à cause de la sécheresse.
    L’an passé,derrière le pois-orge,on a implanté du sarrazin avec de la moutarde,le sarrazin est sorti mais n’a pas fait plus de 15 cm et la moutarde est sortie ds la céréale(triticale)implantée à l’automne ;derrière le triticale-pois fourrager-vesce,j’ai semé du pipper(sorgho fourrager)qui est arrivé ds le meilleur des cas à 50 cm de haut.
    Après ces maigres couverts,évidemment,ce que je sème est en concurrence défavorable avec de vigoureuses adventices !
    Il faut dire que ces trois dernières années,ns avons des étés secs.
    Je pense que ce printemps,je vais semer les couverts à la place de certaines cultures de rapport pour essayer de casser le cycle des adventices et produire de la masse végétale.
    A ma place,que feriez-vs ?
    Cordialement
    Benoît

  • Semis direct sous couvert

    Le 5 août 2016, par Domie

    C’est passionnant et ça vaudrait le coup de le retranscrire en langage écrit ... je ne m’en sens hélas pas capable

    • Semis direct sous couvert

      11 novembre 2016, par kilojoule

      bonjour,
      je vais cultiver des céréales sur qq ha mais je n’ai aucune expérience et le semis sous couvert me semble remarquable, alors comment le mettre en place sachant que je pars d’une jachère vieille de dix ans qui vient d’être broyée ?
      quel couvert puis-je mettre en place à cette période de l’année ?
      merci

      • Re Semis direct sous couvert

        2 avril 2017, par Hugo_Stiglitz

        Salut à toi ami agroecologue !

        Je te suggère de commencer par un semis de prairie multi especes qui servira de gros nettoyage. La première coupe de cette prairie servira également de nettoyant. Après quelques années, le sol sera prêt à recevoir une céréale.

        Le seul obstacle est de supprimer la prairie sans labour... Des essais sont en cour en Suisse. Mais un semis direct dans la prairie avec une cipan précoce et agressive devrait être suffisant.

        A bon entendeur salut ^^


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