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L'exemple de la forêt

le 19 janvier 2015

DOSSIER :
Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture (12)

L’exemple de la forêt

Alors le modèle est le suivant : Comment le système biologique a réussi au cours de l’évolution, c’est-à-dire au cours de centaines de millions d’années d’évolution, de faire un modèle qui ne perd rien ? Je vais prendre le modèle qu’il y avait en France avant que nous arrivions, c’est-à-dire la forêt.

Donc, avant l’arrivée de l’homme, un pays comme la France était couvert à 98 % de forêts, une forêt de feuillus, il n’y avait de résineux que dans les montagnes, la forêt de feuillus vierge tempérée. On en a des traces dans les toitures de nos cathédrales, et il existe encore quelques lambeaux de forêt vierge tempérée au Sub- Chili.

C’est une forêt qui culmine à 40-45 m de haut, ce qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle couramment « forêt », ce que vous vous appelez forêt ce sont des taillis, il n’y a plus de forêt au sens « des grands chênes qui sont capables de faire des poutres de 15 m de long 60x60 cm », c’est fini, il n’y plus ça en Europe, toute la forêt européenne a été coupée.

Alors comment fait-elle cette forêt pour fonctionner pendant aussi longtemps, sans rien ?

Elle fonctionne de la manière suivante : Tous les ans la forêt fait tomber -je prends la forêt tempérée de nos régions- ce qu’on appelle la litière : les rameaux, toutes les branches mortes des arbres, et les feuilles. Selon les systèmes climatiques, en Europe ça fait tomber entre 3 et 8 tonnes sur le sol. Ces rameaux et ces litières vont être attaqués (pour s’en nourrir) par 2 groupes d’organismes :

  • Premier organisme : les « broyeurs primaires » c’est-à-dire les animaux qui vont attaquer ces bouts de bois, qui font faire des crottes.
  • Deuxième organisme : les champignons, les seuls organismes au monde capables d’attaquer la lignine (= le bois).

La forêt est composée essentiellement de lignine, qui est la matière la plus abondante produite sur terre par la vie, et ces champignons vont transformer cette lignine en humus, qui la molécule la plus complexe que nous connaissons au point de vue biologique.

C’est-à-dire qu’on se rend compte que qu’est-ce que fait la nature ? Elle prend une substance, des rameaux des feuilles, donc de la lignine, une substance qui est déjà complexe, et elle la rend encore plus complexe !

C’est ce qu’on appelle en biologie les phénomènes « d’agradation », c’est-à-dire que pour lutter contre l’érosion, contre les lois physiques qui sont très dures, que fait la nature ? Elle agrade, elle complexifie, elle répond à la destruction du milieu physique par une complexification.

C’est l’inverse de ce que fait toute notre agriculture, elle minéralise, dégrade, passe son temps à dégrader les sols, détruire la matière organique, la minéraliser, la transformer en nitrate, donc la détruire.

La vie ce n’est pas du tout ça qu’elle fait. Première étape elle agrade, elle crée de la complexité.

Alors, ce schéma de l’humus : cet humus va se former à la surface avec d’abord des animaux qui vont attaquer les parties tendres des feuille, vous avez tous vu dans les bois des feuilles qui sont transformées en dentelles, ces animaux c’est ce qu’on appelle des collemboles, des organismes assez particuliers, très variés au point de vue forme. Nous connaissons à peu près 10% de ces espèces, c’est un monde totalement inconnu, très peu étudié... population de ces animaux en forêt : 3 à 4 milliards à l’hectare. Leur travail c’est attaquer les parties tendres.

Ensuite vous avez les animaux qui attaquent les parties plus costaudes, ce sont les acariens. Pareil, 3 à 4 milliard / ha, des formes extrêmement variées. Eux sont capables d’attaquer les nervures des feuilles, les bouts de bois.Vous avez ensuite les vers de terre qui vivent à la surface su sol, qui sont des animaux qui mangent plutôt les excréments des acariens et des collemboles, donc les vers épigés. ( épi = sur et gé = la terre – du grec) Y’en a que vous connaissez bien c’est Eisenia fetida (le ver du fumier ou « ver rouge »), qui se nourrit uniquement d’excréments d’animaux, il nettoie toutes les crottes d’animaux sauvages.

Et puis, vous avez des animaux capables carrément d’attaquer des bouts de bois, comme les cloportes, c’est-à-dire des crustacés, des iules qui ont des mandibules extrêmement costauds et qui mangent carrément des tiges de colza, des trognons de maïs... Ils sont capables d’attaquer des choses dures.

Après vous avez des prédateurs qui mangent tous ces animaux : des pseudo- scorpions, des araignées...

Donc vous voyez, tout un monde qui est à l’intérieur du sol et qui va participer à cette première étape qui est de broyer pour faciliter l’attaque des champignons.

Quand vous regardez l’attaque de ces animaux, en microscopie, vous vous rendez compte qu’ils ont créé des crottes, ce qu’on appelle des boulettes fécales (microscopiques), et qu’ils ont incroyablement aéré le sol. Grâce au travail de cette faune, le sol va devenir absolument comme de la moquette, vous avez tous été marché dans les bois et vous avez remarqué l’incroyable moelleux du sol forestier. C’est que le sol forestier c’est 80 % de « vide », c’est que de l’air.

Ça va permettre à la forêt de résister à la pluie, car quand il pleut, elle n’est pas gênée, elle ne connait pas l’érosion : elle a une perméabilité de 150 mm d’eau à l’heure. C’est-à-dire qu’un sol forestier peut recevoir 150 mm d’eau à l’heure, toute l’eau va rentrer dans le sol. Pour vous donner une idée, un limon labouré a une perméabilité d’1 mm d’eau / heure.

La forêt 150, l’homme travaille le sol, le laboure : 1 mm d’eau / heure. Vous avez maintenant des limons dans la région de la somme qui sont tombés à 1 mm d’eau en 24 heures, ils ne boivent qu’un millimètre d’eau en 24 h, c’est-à-dire que l’eau stagne pendant plusieurs jours sur le sol.

Les forêts équatoriales boivent 300 mm d’eau / h, je ne sais pas si vous voyez, mais l’érosion n’existe pas, toute l’eau va être freinée et passer à travers ces boulettes fécales.Ensuite les champignons, si on regarde dans le détail, c’est-à-dire en grossissement plus fort les boulettes fécales, vous allez voir le vide que ça fait par rapport à la matière pleine :

Vous voyez c’est comme des grosses billes qui sont superposées, donc l’eau peut rentrer là-dedans extrêmement facilement.

Alors, les arbres eux vont s’adapter à ce système, c’est-à-dire que la litière est attaquée, elle est transformée en humus, et au printemps qu’est-ce qui va se passer ? Eh bien une partie de l’humus, 1 à 2 % chaque année, va se minéraliser sous l’action des bactéries ce coup-ci (ce n’est plus le rôle des champignons), et lentement une partie de cet humus va se minéraliser, va donner naissance à du nitrate, du phosphate, du sulfate... qui va descendre à travers la couche du sol, qui sera récupéré, si vous avez vu les enracinements d’arbres, vous avez vu qu’ils ont une première couche de racines horizontales, qui rampent sous la litière, ces racines vont récupérer le nitrate, phosphate etc. et vont le recycler...

Le système sol-plante est fermé, y’a pas de pertes, pas de perte de phosphate, de nitrate, de magnésie, de calcium : tout est constamment recyclé, par qu’il y a un réseau de racine sous la matière organique. C’est ça le système astucieux de la nature, c’est que les racines se mettent sous la matière organique, et ne sont pas au- dessus comme nous le faisons avec le labour, nous mettons la paille au fond, sous les racines, donc nous polluons. Là, la matière organique elle est bien au-dessus.


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Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, la vie du sol et l’agriculture

2 messages

  • L’exemple de la forêt

    Le 7 février 2015, par Michel

    le titre de cet article m’a interpelé car L’exemple de la forêt sans déchet sert aussi de drapeau à l’économie circulaire... et que l’économie circulaire, c’est malheureusement surtout le recyclage de notre civilisation biocide. Alors j’ai lu l’article et... ouf... je vois qu’il diverge de l’économie circulaire.

    Dans la forêt de Mr Bourguignon, les déchets sont en liberté dans la forêt. Ils sont en quelque sorte mis dans un pot commun, mis au milieu (mi-lieu). D’ailleurs, il sont le mi-lieu de tous les êtres vivants de la forêt. Ils sont en quelque sorte le milieu englobant.

    Dans la forêt de Mme économie, les déchets passent par des tuyaux fermés et vont directement d’une usine à l’autre. Ils ne passent pas par le milieu, et pour cause, ils sont soit dangereux, soit rares, soit chers. En fait, l’économie circulaire tente de faire passer les circuits de ses risques pour les cycles de la vie. L’exemple de la forêt sert juste d’écoblanchiment à ses dangers.

    Dans la forêt de Mr Bourguignon, le travail de la vie est d’agrader les déchets du vivant. Le vivant élève le milieu.

    Dans l’économie circulaire inscrite dans le code de l’environnement depuis fin 2014, les déchets du vivant sont brulé avec fierté (biogaz). Bruler, c’est exactement l’inverse d’agrader, c’est dégrader au maximum. C’est réduire le travail du vivant au plus petit morceau possible. On rejette après cela dans la nature, et c’est au vivant de se galérer pour recommencer son travail d’agradation, d’élevage du milieu. L’économie circulaire dégrade et réduit le milieu quand la forêt l’agrade et l’élève. C’est juste pervers que l’économie circulaire utilise la forêt comme drapeau.

    Je suis bien heureux de voir que la forêt de Mr Bourguignon soit bien décrite. Si Mr Bourguignon pouvait encore plus insister sur le pot commun qu’est le milieu, ou sur le milieu qui est englobant et non en circuit fermé, cela aidera surement les jeunes consultants à ne pas chausser bêtement le bonnet d’âne de l’économie circulaire mais plutôt à la corriger.

  • L’exemple de la forêt

    Le 1er février 2015, par JC

    Passionnant cet article ! Merci !


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