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La Ferme du Collet : principes et motivations

le 6 mai 2007

Aux radicelles de l’écologie

Cet article est d’abord paru
dans la revue Passerelle Eco n°10 de l’été de l’An 03

Dans l’article précédent, j’annonçais la volonté de lancer le débat dans le réseau écovillage sur la notion de seuils écologiques.

Voici quelques éléments pour ce débat, qui nous conduit à refuser la professionalisation et à rétablir un réseau de terres communales.

L’écologie pratique est toujours relative et non aboutie.

Il n’y a pas de solution écologique, il n’y a que des choix qui le sont plus ou moins. Par exemple : aller se coucher à la nuit est plus écologique que d’utiliser une bougie à la cire d’abeille, même si elle est autoproduite, et ce choix lui-même est plus écologique que d’utiliser une lampe alimentée par un panneau solaire,...

Les méfaits de la professionalisation

A force d’examiner les origines des problèmes, nous nous sommes aperçu que la professionalisation est toujours derrière. En effet, un professionel a toujours des intérêts différents de son client. Ce conflit est inévitable, et dans le meilleur des cas, il se solde par un compromis entre les intérêts de l’un et de l’autre.

Par exemple, lorsque chaque famille faisait son pain, et parfois celui des voisins, on utilisait du levain, et de la farine bis ou complète. Lorsque la profession de boulanger est née, ceux ci ont abandonné cette qualité au profit de la productivité, et se sont mis à utiliser de la levure, et de la farine blanche... Résultat, après un ou 2 jours, le pain est immangeable...

C’est encore plus clair pour les métiers à diplôme ou à numerus clausus. Du monopole qui est instauré, découlent désinformation et abus de pouvoir... Au bilan, le monopole et la commercialisation de compétences crée une dépendance vis à vis de l’argent et d’outils asservissants, et provoque de l’hétéronomie (le contraire de l’autonomie),...

C’est inacceptable, puisqu’au contraire, la polyvalence est source de nombreuses synergies !...

6 questionnements à la racine

Avec le refus de la professionalisation, nous sommes conduit à d’autres remises en causes.

 la professionnalisation (voire plus haut)

 le salariat : il va dans le sens de la dépendance et de la déresponsabilisation, puisque les travailleurs ne sont pas les décideurs ou les preneurs de risques.

 a fortiori la centralisation politique et économique qui sont également avides de professionnalisation.

 La consommation. Les besoins doivent être interrogés : sont-ils élémentaires ou composés ? sont ils vitaux ou superflus ?

 La propriété privée individuelle, en particulier le foncier. La mise en oeuvre de la propriété n’est possible que parcequ’elle est gérée, cadastrée, policée, régulée, protégée, expertisée ... Elle requière une armada de professionnels, et fait appel à la centralisation, au lieu d’une gestion communale entre voisins.

 L’industrialisation : quel niveau de technologie et quel outil peut-on utiliser sans devenir son esclave ?

Seuils de remise en cause

Si, selon nous, ces orientations sont toutes nécessaires dans un projet écologique, les niveaux de remise en question et/ou les délais de mise en pratique, eux, restent à définir selon les lieux et les groupes. Les choix qui en découlent déterminent les seuils d’écologie radicale.

Pour cela, les échanges d’informations, d’expériences et d’arguments sont intéressants et permettent aux uns et aux autres de faire des choix ou de réaliser des prises de conscience. Faites-nous part de vos choix ils nous intéressent !

Nous voulons

Ainsi, à la Ferme du Collet (et pour reprendre certains termes de la Nef des Fous) nous voulons "vivre sans nuire", nous souhaitons créer un réseau de "lieux sans propriétaires”, chacun étant équipé des moyens de production des besoins élémentaires de la vie quotidienne (nourriture, vêtements, énergie, construction, mobilité...), ainsi que des moyens de communication, d’expression et d’accès à la culture (éventuellement réappropriée).

Notre vision

Ces lieux sont gérés par ceux qui y séjournent, organisés en associations paysannes, qui décident à l’unanimité exprimée. ( Si l’unanimité est difficile à obtenir, mieux vaut s’abstenir que de construire une autoroute ou une centrale nucléaire !!! )

Il n’y a pas d’usines mais des ateliers et ou des laboratoires. Toute la production est répartie (décentralisée).

La propriété n’est ni privée ni collective, elle est absente.

Il n’y a pas de professionalisation, mais chacun de ces lieux peut toutefois se donner les moyens d’assurer une ou plusieurs productions spécialisées, à petite échelle voire marginale, destinée à être distribuée aux autres lieux dans une même vallée ou région (poterie, filature, entretien des chemins, recherche, soins, locomotion...). L’argent est inutile, car il n’y a pas de commerce : on lui préfère l’échange informel et la coproduction.

Reconstituer un réseau de Terres Communales

Dans une étape intermédiaire, cela peut ne concerner qu’un nombre limité de lieux et personnes. La surproduction peut, dans un premier temps, être vendue à l’extérieur pour subvenir aux frais de fonctionnement, relativement faibles, de chaque lieu. Des lieux viables peuvent donc être créés immédiatement à l’initiative de petits groupes. Un autre monde peut ainsi naître peu à peu dans notre société actuelle, sous forme d’îlots, jusqu’à ce que les îlots soient contigus...

Ainsi se développe une économie domestique qui remplace peu à peu l’économie mondiale, qui se trouve plutôt abandonnée que combattue.

Cette utopie n’est donc ni individualiste, ni collectiviste, elle est fondamentalement écologique. Enfin, elle ne nécessite ni révolution ni concertation entre un grand nombre de personnes pour se réaliser.

Dans l’immédiat

Pour réamorcer artificiellement un réseau de terres communales, nous devons créer une interface juridique entre cette alternative de gestion du foncier et le "système ambiant". Pour cela, nous étudions le montage juridique suivant :

 une SCI, qui pourrait s’appeler "Terre Commune" serait propriétaire de la totalité du foncier.

 les associés de cette SCI seront des associations (type loi 1901) d’habitants des lieux autonomes, chacune fonctionnant à l’unanimité.

Cette structure permet de pérenniser la communalité des terres, assure l’absence de spéculation immobilière et garantit contre les enjeux de pouvoir prenant comme otage la terre, au sein de ce réseau au moins. Ainsi, la propriété foncière est bien absente et cette société paysanne se réapproprie le politique et les savoirs.

Cet article a été initialement publié dans la revue Passerelle Eco n°10 de l’été de l’An 03

Contact : ²²²

Bertrand Ollivier, 04 93 03 27 81 - "La Ferme du Collet", 06230 La Penne


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