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Bill Mollison, le père de la permaculture, nous a quitté

le 8 novembre 2016

Bill Mollison, le père de la permaculture, nous a quitté

Bill Mollison, le père de la permaculture, est décédé le 24 Septembre en Tasmanie.

Bill Mollison était un vrai pionnier. Bien qu’engagé dans une carrière universitaire prometteuse, il préféra s’en libérer pour ébranler les certitudes établies et se consacrer à la création et au développement du réseau mondial de permaculture.

Voici un hommage de Graham Bell [1], traduit et adapté par Passerelle Eco.

Bruce Charles ’Bill’ Mollison, né en 1928 à Stanley en Tasmanie, Australie, est mort le 24 septembre 2016 à Sisters Beach en Tasmanie.

Peu de gens sont des héros de dimension mondiale pour ceux qui les connaissent, et des inconnus pour la grande majorité, jusqu’à ce qu’un jour leur influence se manifeste plus largement et soit reconnue comme un véritable trésor.

Bill Mollison était ainsi : campagnard, universitaire, écrivain, galant homme, et il excellait dans toutes ces choses, mais pour beaucoup c’était juste "oncle Bill". Derrière lui, il nous lègue la permaculture : une pléthore de ressources utiles, portées par un mouvement mondial d’une pérennité remarquable.

"Le plus grand changement dont nous avons besoin est celui qui consiste à passer de la consommation à la production, même à petite échelle, dans nos propres jardins. Si seulement 10% d’entre nous faisaient ça, il y en aurait déjà assez pour tout le monde. D’où la futilité des révolutionnaires qui produisent des mots et des balles, mais qui, ne produisant ni nourriture ni abris, dépendent totalement du système qu’ils attaquent."

  Jeunes années : rurales et polyvalentes

Il grandit à Stanley en Tasmanie et quitta l’école à 15 ans pour aider à la boulangerie familiale.

Avant ses 26 ans, il eut divers emplois comme pêcheur de requins, marin (faisant transiter des navires de l’après-guerre vers des ports du sud), forestier, menuisier, trappeur, colleteur (chasseur qui pose des collets), conducteur de tracteurs... et naturaliste.

Au cours de toutes ces années, le fait qu’il n’avait pas suivi d’études universitaires lui donna d’innombrables occasions de découvrir le fonctionnement réel du monde, par ses propres moyens.

  Le début d’une carrière universitaire

En 1954, Bill Mollison rejoignit le CSIRO (Wildlife Survey Section, équivalent australien du CNRS, département Vie Sauvage) et acquit des connaissances approfondies dans le domaine de la recherche.

Son séjour dans les forêts tropicales tasmaniennes lui inspira alors peu à peu les fondements de ce qui devint le grand ½uvre de sa vie : la permaculture. Son inspiration première, c’était la vision selon laquelle il nous est possible de concevoir consciemment des écosystèmes durables qui permettent de subvenir à nos besoins tout en les respectant et en faisant prospérer toute la vie sauvage avec nous.

Un emploi au Tasmanian Museum en tant que conservateur, puis un retour au travail aux champs avec la Inland Fisheries Commission (Commission pour la Pêche Intérieure) le ramenèrent sur les bancs de l’université en 1966, période pendant laquelle il gagna sa vie comme gardien de bétail, videur dans les soirées dansantes, pêcheur de requins et enseignant à temps partiel dans une école pour filles.

Dès qu’il eut obtenu sa licence de bio-géographie, il fut embauché à l’Université de Tasmanie, où il créa plus tard l’unité de Psychologie Environnementale.

Pendant sa période universitaire, qui dura 10 ans, Bill Mollison fit des recherches et publia un traité en trois volumes sur l’histoire des aborigènes de Tasmanie et sur la généalogie de leurs descendants.

  L’invention de la permaculture

En 1974, il développa avec David Holmgren les prémices du concept de permaculture, avec la publication de "Permaculture One". Par la suite, il s’attacha à améliorer et promouvoir ce qu’il voyait comme un concept novateur réellement capable de changer le monde.

Bill Mollison quitta l’université en 1978, abandonnant son poste universitaire à l’âge de 50 ans (du jamais vu), pour consacrer toute son énergie à approfondir le système de la permaculture et à en propager l’idée et les principes dans le monde entier. Il enseigna la permaculture à des milliers d’étudiants et contribua à de nombreux articles, rapports d’analyse et recommandations pour des projets de ferme, d’écovillages et de collectivités territoriales.

Bill Mollison créa en 1979 le premier Institut de Permaculture, pour enseigner à des étudiants du monde entier la permaculture et le design pratique de systèmes économiques de gestion durable des sols, de l’eau et des plantes.

Depuis, des centaines de milliers d’anciens étudiants ont créé un réseau mondial pour faire avancer son concept de permaculture : un monde dans lequel nous sommes extrêmement attentifs à notre environnement, ses capacités et ses limites et concevons des systèmes qui répondent aux besoins humains dans ce respect. C’est son héritage.

En 1981, Bill Mollison reçut le Right Livelihood Award (parfois appelé le "prix Nobel alternatif" [2] pour son travail sur le design écologique, plus précisément sur la conception d’écosystèmes pérennes et nourriciers. Ces dernières années, il avait créé un fond d’aide pour permettre aux enseignants en permaculture de rendre visite aux groupes dans le besoin, dans les parties les plus pauvres du monde, dans le but de former localement un noyau d’enseignants qui poursuivrait leur travail pédagogique.

En 1988 il publie le "The Permaculture Designers Manual" (non traduit en français) : un pavé considéré aujourd’hui encore comme la bible de la permaculture.

Son dernier livre paraît en 1991 : Introduction à la Permaculture [3]. Mûri par des années d’expérimentation et par l’animation pédagogique de centaines de cours, stages et conférences, c’est son livre dans lequel les principes et outils de la permaculture sont exposés le plus clairement et de la manière la plus inspiratrice.

  Un humain avant tout

Son autobiographie "Travels in dream" publiée en 1996 nous aide à mieux le connaître, même si typiquement, il écrit avec auto-dérision : "Ce livre est une fiction : une grande partie, sinon tout, est mensonge, et même ces mensonges sont des récits inexacts de vieux mensonges entendus par hasard."

Il n’avait pas que des amis car souvent il s’appliquait à perturber le statu quo par des gestions absurdes et confrontantes. Il parlait d’ailleurs avec passion du besoin de "guerriers pacifiques", comme il les appelait, pour mettre en cause toutes les formes de mauvaise gouvernance à l’échelle mondiale. Il disait :

"D’abord ils vous font peur, puis ils vous mettent en colère. Puis vous engagez toute votre vie dans le combat à leurs côtés."

Lui même craignait de ne pas être entendu : "Personne ne prête attention à moi et même mes amis ne cessent de me critiquer." Mais en réalité, Bill Mollison inspire dans le monde entier un énorme respect, qui n’a cessé de croître au fur et à mesure que d’autres ont développé de nouvelles ramifications de sa pensée fondatrice. Il demandait : "Suis-je une personne publique ou privée ? En vérité, en toute saison, je suis les deux".

Perçu comme un provocateur et rassemblant les bonnes idées venant de toute la planète (sans toujours détailler leur origine, ce qu’on lui reprocha), Bill Mollison était aussi un homme sensible, un conteur éloquent, poête et admiratif de la poésie des autres. Il savait comment faire passer les gens à l’action, mais aussi quand se retirer et laisser les autres poursuivre le travail. Il paraphrasait Lao Tseu :

"Le véritable changement est un changement qui paraît tellement naturel à tout le monde que personne ne sait qui y a pensé."

Et :

Notre meilleure idée ne sera pas la meilleure de nos enfants.

Bien que souvent bourru et provocateur en apparence, il mettait vraiment du c½ur à tout ce qu’il faisait : "Si, comme les physiciens nous l’affirment, nous contenons tous quelques molécules d’Einstein, et si les particules atomiques de notre corps physique atteignent les limites les plus reculées de notre univers, alors de facto nous sommes tous des composants de toutes choses. Il ne nous reste aucun endroit où aller si nous sommes déjà partout, et c’est en vérité tout ce que nous aurons ou nécessiterons jamais. Si nous nous aimons un tant soit peu, nous devons respecter toutes choses à l’identique, et non revendiquer notre supériorité sur ceux qui sont, en fait, d’autres parties de nous-mêmes. La main est-elle supérieure à l’oeil ? L’évêque à l’oie ? Le fils à la mère ?"

Bill Mollison a passé ses dernières années à Sister Beach, en Tasmanie. Les derniers mots de sa biographie lui reviennent, avec son humour habituel : "Si vous entendez dire que je suis mort, dites-leur qu’ils mentent !"

Et de fait, aujourd’hui, la permaculture, grande oeuvre de BIll Mollison, est toujours bien vivante parmi nous.


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