Passerelle eco
Passerelle eco

Pratiques et Contacts pour Vivre Ensemble sur une Même Planète

La revue Passerelle Eco : sommaire des numéros, compléments d'info, bulletin d'abonnement à imprimer ...

Actualité du réseau éco

Réseaux

Quelques écolieux

Des reportages et les annonces du réseau éco et de la dynamique écovillage en France : écolieux de vie, projets d'écovillages, écofermes pédagogiques, personnes ressources ou en recherche, entreprises, centres de formations, etc... Plusieurs rubriques sont consacrées aux écovillages en germe ou en devenir, car ces initiatives font converger l'ensemble des aspects de l'écologie pratique : l'actualité, leurs activités, rencontres, chantiers ou échanges proposés.
Dossiers thématiques : depuis les statuts de la loi de 1901, l'alimentation, la construction saine, l'habitat léger, le carburant tournesol ...
Annonces, photos, comptes rendu des rassemblements, rendez-vous, festivals, colloques, manifestations...
- des fiches pratiques et des recettes - le site Nima'Sadi de partage et d'expérimentation sur autoproduction - les activités associatives de Passerelle Eco.
Vous êtes ici > Accueil > Thématiques > Etudes et Alternatives Ecologiques
Mémoire de Master d’Ethnologie

le 10 mars 2009

L’écologie scientifique

Une histoire des écologies (comme) alternatives 1

L’éco-alternative se développe dans les interstices de la société. Dans cette partie, nous allons considérer les évolutions tonitruantes des regards scientifiques et politiques qui ont modelé et mis en perspective critique le rapport de nos sociétés à la nature.

Comment s’est donc formé le concept rationnel d’écologie dans le contexte de l’industrialisation et de la modernité ? Comment celui-ci s’est-il complexifié pour remettre aujourd’hui en question les conceptions des sciences et des politiques elles-mêmes ?

Naissance de l’écologie scientifique

JPEG - 36.8 ko

L’écologie est d’abord apparue comme une "économie de la nature" (Linné), soit une science mécaniste issue du croisement de deux disciplines : la démarche naturaliste de classification de la nature et l’analyse économique, utilitariste.

Si l’écologie renvoie alors à l’application du contrôle de l’homme sur la nature, dès le 19ème siècle, March avait fait un examen très avancé de cette relation en lui conférant une dimension complexe dépassant la simple utilité.
5 ans après "De l’origine des espèces" de Darwin, il écrit "Man and Nature" en 1864. Universitaire et diplomate, il nourrit son savoir scientifique d’expériences concrètes acquises au fil de ses voyages. S’il s’inspire de son contemporain Darwin en ce qu’il nourrit une vision évolutive de la nature, il y ajoute une idée fondamentale : la société humaine a nécessairement un impact sur la nature [1].

Cette destruction est non-voulue et impensée ; elle est aussi incontournable, car toute activité sociale a des conséquences directes sur le milieu occupé. Il développe à partir de ce présupposé, une réflexion sur les relations complexes entre l’homme et la nature, reposant sur une réflexivité permanente. Il pose ainsi les jalons d’une science de la complexité qui analyse nature et société dans des rapports de rétro-actions et de connexions permanentes.

La réflexivité implique de penser ce qui est impensé, car la solution est dans le problème [2] : l’incertitude et l’imprévisibilité font partie de la connaissance et elles constituent un problème insoluble.

Si la technologie peut parfois répondre à un problème, cette solution pose elle-même un nouveau problème par l’incertitude de son impact. L’on peut à cet égard évoquer le principe de précaution (souvent simple principe) qui montre l’actualité des réflexions de March. [3]

Quelle science face aux catastrophes écologiques

JPEG - 97.1 ko

On peut ainsi tenter de relier sur cette question la critique du positivisme de Dupuy, un philosophe contemporain, avec l’analyse de March. Dupuy invoque en effet la nécessité de dépasser la rationalité en étudiant des phénomènes qui en dévoilent les limites : les catastrophes. De quelle manière la science peut-elle aborder les catastrophes ?

Incontrôlables, imprévisibles, impensables, les catastrophes posent un problème de taille à la science rationnelle en ce qu’elles ne peuvent être pensées qu’à posteriori, une fois seulement qu’elles se sont produites. Le principe de précaution est ainsi communément défini : "par précaution, on désigne l’ensemble des mesures destinées à empêcher des menaces précises à l’environnement, soit, dans un objectif de prévention, à réduire et limiter les risques pour l’environnement, soit en prévoyance de l’état futur de l’environnement, à protéger et améliorer les conditions de la vie naturelles, ces différents objectifs étant liés".

Ce principe concourt à la volonté illusoire de maîtrise de la nature en émettant la possibilité de prévoir les catastrophes, alors que leur caractéristique principale est précisément leur improbabilité. Dupuy remet ici en cause la conception de gestion rationnelle des risques pour concevoir la catastrophe non comme prévisible, mais bien inéluctable.

Notre conception d’une catastrophe dépend trop des cadres de réflexions dans lesquels on va la prédire. A ce titre, Dupuy évoque le caractère paradoxal du principe de précaution formulé ainsi dans la loi Barnier : "sa mise en oeuvre dépend de l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques du moment". Au contraire, l’incertitude n’est pas contingente mais bien structurelle : il faut reconnaître l’incapacité de la science à expliquer l’incertitude, accepter la finitude du savoir.

En fait, le problème ne se situe pas tant dans l’incapacité de prédire l’incertain que dans "l’impossibilité de croire que le pire va arriver". Dupuy nous exhorte donc à aborder l’avenir dans une autre dimension que celui de l’arbre des possibles (ou "des décisions"), en élaborant les bases d’une métaphysique du temps qui permettrait en fixant nous même, en créant notre avenir d’en déterminer des corrections rétroactives : c’est le temps du projet, dans lequel "passé et futur se déterminent réciproquement".

Pour concevoir les catastrophes, il en appelle à la prise en main de l’avenir, il faut se figer un avenir dont on ne veut pas pour pouvoir croire en la possibilité de la catastrophe et pour y trouver des enseignements rétro-actifs. C’est donc la conceptualisation nécessaire d’un destin, d’une certaine fatalité, que Dupuy invoque, et sur laquelle bute la science moderne.

Par le temps du projet, il entrevoit la possibilité de réactualiser le futur en concevant "une image de l’avenir suffisamment catastrophiste pour être repoussante et suffisamment crédible pour déclencher les actions qui empêcheraient sa réalisation."

Face à l’impensé, la science ne doit pas s’effacer mais au contraire participer à la construction d’un projet éthique. Le caractère fini inhérent à toute activité humaine et à tout être vivant constitue la matière première des diverses interprétations écologistes, dans les milieux autant scientifiques que politiques.

Redonner du pouvoir aux non-humains

JPEG - 15.7 ko

B. Latour nourrit dans ses oeuvres ("Nous n’avons jamais été moderne" et "Politiques de la nature") une réflexion épistémologique fondamentale non tant par ses théories, les conclusions qu’il tire, que par sa méthode, sa manière de se détacher de son propre point de vue pour en élargir les perspectives.

En tant que "sociologue des sciences", il analyse les constructions du regard scientifique en s’interrogeant sur les procédés de constitution du savoir, et se montre très critique vis à vis de la science dite "moderne" dans la manière dont elle se construit et se légitime dans un cercle restreint d’initiés.

Il oeuvre ainsi non seulement en faveur de l’appropriation de l’objet scientifique par la collectivité, mais aussi pour sa co-construction associant experts et profanes. A trop séparer législation et exécution, savoir et pouvoir, savants et politiques se voient construire des objets abstraits, tenant d’une réalité trop objective pour recouvrir la diversité des réalités sociales et naturelles.

Sa principale proposition en terme de "Politiques de la nature" est la création d’une nouvelle "Constitution", établie dans des forums hybrides qui réuniraient autant scientifiques que politiques, employés et employeurs, décideurs et acteurs de terrains, mais aussi humains et non-humains.
Il s’agirait de relativiser ce dualisme et ainsi d’ouvrir la démocratie à la nature.

Conclusion

La nature, objet de pensée confisqué par les experts, objet de consommation et outil de distinction, ne semble plus vécue par l’homme moderne, mais paraît être devenue un simple instrument au service de ses fins. C’est l’héritage du naturalisme qui a en partie fondé notre rapport moderne au monde, dans lequel une frontière infranchissable sépare humains et non-humains, sujets et objets.

Où se situent les points de rupture entre nature et société ?
Quand a-t-on cessé de voir l’arbre comme un ancêtre, la Terre comme une mère , l’homme comme un animal ?
Dans notre société, P.Descola (1986) propose d’adapter à notre société des cosmologies impliquant une relation symbolique et éthique profonde avec la nature comme l’animisme ou le totémisme.

Il ne s’agit pas de revenir à un temps perdu où l’humain et la nature communiaient, mais de penser le rôle inhérent des non-humains au sein d’un système social, ici la démocratie.

Notes

[1] la notion d’entrepie sera ultérieurement développée par de nombreux et brillants écologues

[2] Note de la Rédaction : "la solution est dans le problème" est un des principe de la permaculture

[3] Note de la Rédation : on peut aussi mentionner l’effet rebond, cher aux décroissants.


2 votes
Répondre à cet article

Un message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes entièrement vides pour les séparer.

Qui êtes-vous ? (optionnel : cela vous permettra de recevoir les réponses)
DOSSIER
Ecolieux, Ecovillages et Alternatives écologiques
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 ... À suivre ...
Article précédent : Mouvances alternatives : contre-cultures
Article suivant : Lieux de vie alternatifs (début)

Je nourrissais une aspiration à la vie sauvage et à des pratiques proches de la nature, sans savoir que des concrétisations existaient. Je faisais alors des études de sociologie, sans savoir si j’allais continuer. Suite à un séjour à Carapa, j’ai rencontré un ethnologue qui m’a donné l’idée de lier mes 2 passions et de faire une étude sur les écovillages et les éco-alternatives ! C’est ce que j’ai fait...

Après de nombreuses découvertes, voici le fruit de ces années de recherches.

Mon mémoire s’intitule "Une initiation à l’éco-alternative : expérimentations et constructions de réseaux, des éco-lieux de France au WWOOF de Nouvelle-Zélande".

Plus sobrement, je pourrai l’appeler : "Mon initiation aux éco-alternatives".


Lixium: Hébergement web neutre en CO2 | SPIP 2.1
ecovillage global et permaculture

NOUVEAU SITE

Découvrez ecovillageglobal.fr le site de l'écovillage global des lecteurs et annonceurs de la revue Passerelle Éco

PASSEZ UNE ANNONCE

Hébergement contre Service (CoLocation dans le 48)

Projet : Logement contre service. (cuisine, un brin de ménage et veiller sur les animaux.) Chiens et chats dans la maison. Entre Aubrac, Margeride et Gevaudan.
Offre : Chambre dans petite maison (...)

Autonomie Énergétique (Permaculture dans le 15)

Projet : Prise de Terre élargi son domaine de compétence et vous propose une formation de 2 jours dédiée à l’autonomie énergétique : économies, solutions alternatives, bricolage, DIY. Alternant théorie et (...)

Débuter son Potager en Permaculture (Permaculture dans le 15)

Projet : Les derniers frimas de l’hiver sont derrière nous, les bourgeons éclatent et le soleil commence à réchauffer le sol. Le potager nous appelle de ses vœux, plein d’espoir pour cette nouvelle (...)

Concevoir sa Forêt Fruitière par le Greffage Sauvage (Permaculture dans le 15)

Projet : Nous vous invitons les 17 et 18 mars à 2 jours exceptionnels : une cession de formation sur la création de forêt-jardin couplée avec un stage de greffage orientée « sauvage » aura lieue à (...)

Loue T3 et Studio dans Peti Ecolieu (Recherche location dans le 35)

Projet : sur un terrain de 1000metre carré , harmonise en géobiologie, grande maison en bois de mélèze, organisée en 3appartements meubles,indépendants, je souhaite partager mon espace de vie avec des (...)

La Cité des Roches (Elargissement dans le 43)

Projet : Lieu de vie alternative où la yourte accueille l'humain, en harmonie avec la nature et en lien avec les arts.... Donner la possibilité à ceux qui le souhaitent, de vivre ensemble une vie (...)

Dévper un Habitat Groupé, Enfants IEF, en Pleine Nature (Elargissement dans le 88)

Projet : bonjour ! Je cherche une famille pour partager notre lieu de vie. Je suis maman au foyer avec 2 garçons Timéo 6 ans, Yanaël 4 ans. Mon projet a démarré il y a 5 ans (avec mon mari mais (...)

Colocation Saint Affrique ou à Proximité (CoLocation dans le 12)

Projet : Coline p'tite soixantaine, habituée au collectif, cherche une colocation en maison, maxi 3/4 occupants, une maison avec petit terrain ou grand jardin à partir de Mars/Avril, à Saint Affrique (...)

La Fontaine aux Loups (Contacts dans le 18)

Projet : Bonjour, Je vous présente mon lieu appelé la fontaine aux loups. C’est un espace de 3000m2, constitué d’un verger (pommier, poirier, cerisier) de haute tige ainsi que de petit fruits rouges (...)