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Mémoire de Master d’Ethnologie

le 23 décembre 2008

Mouvances alternatives : autogestions

Mon initiation à l’éco-alternative

Extrait du mémoire "Mon Initiation aux Eco Alternatives"

Revendiquée par certains éco-lieux, l’autogestion renvoie à un système d’organisation collective basée sur l’absence de structure centralisée. Elle se fonde sur de multiples illustrations historiques qui ont pris la forme de mythes (qui ont notamment trouvé écho en mai 68) et ont accompagné l’apparition des "alternatives".

Petite histoire de l’autogestion

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La Commune de 1871 est un exemple éphémère et tragique de fédéralisme autogestionnaire et révolutionnaire qui a marqué l’histoire de France. Le courant anarchiste libertaire a très largement mythifié la Commune en l’érigeant en symbole de la lutte révolutionnaire contre l’Etat.

A la différence de l’éphémère et spontanée expérience communarde, la Yougoslavie met en application l’autogestion à l’échelle d’un Etat pendant plusieurs décennies. Le fédéralisme autogestionnaire apparaît dans les années 60 comme une "troisième voie" face à la bureaucratie stalinienne et au nazisme. Différents domaines de la vie sociale, politique, et économique sont administrés par des groupes autogérés. Le pays, divisé en Républiques et Provinces autonomes, se construit sur un fédéralisme décentralisé.

La Yougoslavie sert alors d’inspiration à nombre de militants européens. Elle sera en France l’objet d’une certaine fascination puis d’une critique radicale, notamment par Henri Lefèbvre, par l’intermédiaire de la revue « Autogestion », et du courant situationniste. Si Lefèbvre voit, dans un premier temps, en l’autogestion yougoslave un modèle, en ce qu’elle constitue une alternative aux dérives du marxisme, il émet par la suite une critique profonde de ce type d’autogestion.

Pour lui, l’autogestion ne peut se construire dans les institutions étatiques mais dans les interstices de la société. Elle ne doit pas partir des points forts de la société mais au contraire de ses points faibles, elle doit se déployer là où des crises apparaissent. Il prendra comme exemple la France occupée de 1871, l’effondrement du tsarisme en 1917, l’Algérie post-coloniale ou encore, en visionnaire, l’Université française en 1966... On pourrait y ajouter des exemples plus récents comme la crise du logement dans laquelle se sont développés les squats ou encore la crise écologique, dans laquelle se développent les éco-lieux.

L’autogestion ne peut dans cette perspective être systématisée, elle ne doit pas instituer les rapports sociaux, ce sont les rapports sociaux qui doivent la créer, souvent en réponse à un point faible du système, une situation de crise. L’autogestion est une construction, un "effort des hommes pour s’approprier leur propre vie sociale". C’est dans cette perspective que les situationnistes, inspirés par Lefèvre, prolongeront la critique de la vie quotidienne en prônant l’invention du quotidien par la création de situations qui rompent avec la monotonie et la répétition quotidienne, source d’aliénation.

L’autogestion dérivera ensuite dans deux voies : les situationnistes vont tendre à situer l’autogestion dans l’autonomie, l’auto-production, soit dans une culture plutôt "anarchiste individualiste", tandis que Lefèbvre tendra par la suite à l’associer à une forme de citoyenneté déployée par la société civile, soit à une culture démocratique ("Le Droit à la ville", 1968). Nous retrouverons tout au long de l’étude ces dissensions et recoupements, entre individualisme et communautarisme (ou associativisme), production du quotidien et action citoyenne, autonomie et solidarité, qui traversent l’évolution du concept d’autogestion.

Lieux alternatifs

Les lieux alternatifs mettent en action dans un panel de nuances la théorie de l’autogestion. En 1968, l’explosion du mouvement alternatif a vu naître à la ville comme à la campagne un foisonnement de lieux autogérés.

Aujourd’hui, l’autogestion est généralement peu revendiquée, mais elle fait partie des valeurs essentielles qui influencent les façons de s’organiser. [1]
C’est une évolution nette par rapport aux communautés utopiques des 2 siècles précédents dans lesquelles le système de règles était rigide et pré-établi.

Un cas particulier : les squats

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Ni La Borie, ni Carapa, les écolieux que j’ai étudié plus avant dans cette étude, ni la plupart des écolieux, ne sont des squats.

Cependant, bien que ces modèles soient souvent mis en opposition, la pratique de l’autogestion relie les écolieux à un autre type d’occupation de l’espace et d’auto-organisation : les squats.

Il existe de nombreux travaux de sociologie sur les squats. C’est une autre pratique politique que le militantisme "encarté", qui passe par l’alternative au quotidien et en cela se rapproche de l’écolieu. Aussi, bien que la plupart des écolieux ne soient pas des squats, je trouve intéressant d’explorer les connexions entre ces deux modèles.

Un squat peut se situer à la campagne et un éco-lieux peut être squatté, ou même se situer en ville (voire en constituer une). Les squats peuvent être de plusieurs natures : squats politiques, artistiques, d’habitation. Le principe du squat est l’occupation illégale d’une propriété, qui est dans le cas des squats d’habitation poussé par la nécessité, ou dans le cas des squats politiques par la remise en cause de la propriété privée et des valeurs bourgeoises. En bravant les interdits, le squat provoque souvent la répression des autorités, et est la plupart du temps, victime d’expulsion.

Là se trouve toute la problématique des squats : la répression est pour les squatteurs à la fois un échec certain et un effet escompté car elle induit une lutte contre le pouvoir. Si cette coercition est sans doute la cause du caractère éphémère des squats, elle fonde aussi l’essence de la lutte qu’ils mettent en oeuvre. L’objectif souvent atteint est de susciter un mouvement social autour du squat pour lutter contre son expulsion.

Les éco-lieux, lorsqu’ils sont squattés, sont dans ce cas plus souvent dissimulés des autorités, car ils revendiquent moins une lutte frontale qu’une autre voie. Mais encore une fois, squat et éco-lieux ne peuvent être tout à fait opposés car ils partagent parfois ces caractéristiques en apparence contradictoires : lutter contre la société et créer une autre société.

D’une part, le squat ne se limite souvent pas à l’action contestataire, et peut mettre en oeuvre des pratiques d’autogestion et d’appopriation du lieu remarquables, et durables comme nous le montre l’expérience de "La Croix Rousse", quartier alternatif de Lyon qui s’est développé par la profusion d’habitats squattés et de lieux divers d’activités autogérées.

D’autre part, les éco-lieux développent eux aussi un imaginaire de lutte symbolique qui les oppose au reste de la société. Squat et éco-lieu se rapportent donc tous deux aux notions de lutte et de construction du quotidien mais en y apportant chacun des interprétations différentes, qui tiennent à leur inscription, à leur prise culturelle et idéologique, entre anarchie et écologie.

Conclusion

En fait, si je me suis concentré sur une comparaison des éco-lieux et des squats, j’aurais aussi très bien pu utiliser d’autres exemples de lieux alternatifs comme l’école autogérée.

Ce qui me paraît important de rappeler ici, c’est que chaque lieu alternatif surgit en réaction à un point faible, une crise du système, quand les usines laissent de grands bâtiments délabrées vides, quand le système éducatif est disloqué, quand Total et tant d’autres déversent leurs déchets dans l’océan.

L’essence des lieux alternatifs est, précisément, qu’ils font apparaître non des solutions toutes faites, mais la possibilité d’initier des alternatives.

Notes

[1] Note de Passerelle Eco : Dans les écolieux les plus "modernes", on parle alors souvent de "gouvernance".


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Je nourrissais une aspiration à la vie sauvage et à des pratiques proches de la nature, sans savoir que des concrétisations existaient. Je faisais alors des études de sociologie, sans savoir si j’allais continuer. Suite à un séjour à Carapa, j’ai rencontré un ethnologue qui m’a donné l’idée de lier mes 2 passions et de faire une étude sur les écovillages et les éco-alternatives ! C’est ce que j’ai fait...

Après de nombreuses découvertes, voici le fruit de ces années de recherches.

Mon mémoire s’intitule "Une initiation à l’éco-alternative : expérimentations et constructions de réseaux, des éco-lieux de France au WWOOF de Nouvelle-Zélande".

Plus sobrement, je pourrai l’appeler : "Mon initiation aux éco-alternatives".

2 messages

  • Mouvances alternatives : autogestions

    Le 7 mars 2013, par cédric

    Une Jolie Petite Gare...
    Petite gare perdue dans la Vallée d’Aspe, Pyrénées-Atlantiques. Elle était desservie par la ligne Pau-Oloron-Canfranc (voir sujet sur la gare abandonnée de Canfranc). La ligne ferme en 1970 suite à un accident sur un pont qui ne sera jamais réparé, et les autobus prennent le relais.

    A la fin des années 80, le projet d’un tunnel routier transpyrénéen rencontre beaucoup d’opposants. Eric Pététin figure emblématique du mouvement crée l’association communautaire "La Goutte d’Eau".

    La gare de Lescun Cette-Eygun est utilisée comme qg, stratégiquement placée à quelques kilomètres du futur chantier du tunnel du Somport...

    Les années passent, manifs, expulsions, expropriations, arrestations...
    et aujourd’hui nous sommes autorisés à vivre la bas en échange de gros travaux il y a un immense potagé ,nous voulons faire un éco-camping mais nous avons besoin de bonnes volontés pour nous aider à franchir ce cap difficile qu’est la légalisation d’un squat !
    https://www.facebook.com/gardaremla...


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