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Mémoire de Master d’Ethnologie
Mouvances alternatives : contre-cultures

le 10 février 2009

Mouvances alternatives : contre-cultures

Mon Initiation aux Eco-Alternatives

Extrait du mémoire "Mon Initiation aux Eco Alternatives"

L’éco-alternative existait dans mon esprit avant que j’en connaisse l’existence effective. Vivre dans la nature en autosuffisance constituait pour moi à la fois un aboutissement intellectuel, et le rêve le plus fascinant, exotique, et inaccessible.

Les valeurs de retour à la nature, d’accomplissement de soi et de construction du quotidien m’ont été véhiculées par divers mouvements culturels créatifs comme la musique ou la littérature.

Créations contre-culturelles

Quand j’ai découvert l’existence d’éco-villages, je ne connaissais pas de lieux alternatifs, mais j’étais attaché à une certaine manière d’occuper des lieux de liberté avec mes amis : "squatter" des caravanes abandonnées pour faire des soirées, un bunker pour vivre pendant quelques jours, un coin d’herbe pour fumer et discuter. Le monde de ces pratiques intimes a naturellement trouvé écho dans les imaginaires culturels qui m’entouraient.

Le courant transcendantal américain inscrit dans une analyse évolutive du rapport à la nature trouve dans le mouvement hippie une résonance particulière, par l’intermédiaire notamment du poète Whitman qui, dans son fameux recueil "Feuilles d’herbe" (1855), fait parler son corps et par là même l’humanité toute entière...

"Ô toi, transcendant,
toi sans nom, la fibre et le souffle,
toi lumière de la lumière, semant devant toi des univers, toi leur centre.
Je me recroquevillerais à l’instant à la pensée de Dieu,
devant la Nature et ses merveilles, Temps, Espace et Mort,
si, me retournant, je ne faisais appel à toi, ô mon âme, toi le vrai moi.
Et voici que tu maîtrises doucement le cours des astres,
tu fais échec au Temps, tu souris heureuse à la Mort,
tu te gonfles et remplis les immensités de l’Espace.
Plus grande que les étoiles ou les soleils,
bondissante, ô mon âme, tu pousses plus avant ton voyage."
("Les explorateurs")

Le transcendantalisme, né au 19ème siècle, renvoie à la recherche d’un moi mystique, symbolique, que l’on peut chercher dans l’univers entier, et qui renferme lui-même tout l’univers. Kerouac abordera cette idée un siècle plus tard dans une dimension nouvelle : dans "Sur la route" (1957), il raconte avec un style très épuré, spontané, les voyages de Sal Paradise et ses amis à travers l’Amérique. Avec ce premier "road trip", Kerouac évoque l’errance de la jeunesse de cette époque qui, désenchantée du rêve américain, part à la recherche de soi en découvrant le monde.

Le "trip", expérience de la limite, de l’altérité radicale, peut être aussi bien un voyage en Inde, une improvisation musicale, ou une vision hallucinogène. Cette initiation est autant un moyen de connaître le monde que de se connaître soi-même. Ce qui distingue cette recherche de soi de celle des transcendantalistes, c’est la portée sociale démultipliée à laquelle renvoie cette démarche : elle ne concerne plus que quelques aristocrates mais une génération entière (la beat generation).

A la recherche de sa propre identité, elle trouve dans l’altérité radicale un moyen de se construire ou d’échapper simplement à sa propre condition. Issue de la bourgeoisie, elle admire la précarité, elle est en quête d’autres spiritualités. Il ne faut pas uniquement voir dans cette recherche de l’altérité une démarche contradictoire, car elle aboutira a des métissages socio-culturels nouveaux, les cultures opposées dans une premier temps se mélangent pour former, créer autre chose.

Beatnicks et hippies cherchent à élargir leur pensée sur une conscience universelle, planétaire où toute distinction culturelle s’efface. Ce n’est pas l’avènement d’une culture qui est prôné, mais le fait même d’une créativité culturelle que détient en lui chaque individu. Pour changer le monde, il faut commencer par se changer soi.

Comme le déclare Jerry Rubin, chef de file du mouvement yippie, des hippies adeptes d’actions radicales "les gauchistes disent je proteste, les yippies disent je suis" ("Do It", 1973). Un peu plus loin, il illustre cette différenciation, et dépeint l’atmosphère révolutionnaire qui règne dans les squats de cette époque :

"Sur le tourne-disques portatif que j’avais emporté, je mets une chanson de Dylan : "Ballad of a Thin Man" ("Il se passe quelque chose, mais vous ne savez pas quoi, M’sieu Jones") et une des Beatles : "I am the Walrus" ("Gou-gou-gou-djoub"). "Quel con ce type !" fait une voix de femme. "Mais il ne dit rien du tout !" C’était bien la première fois dans l’histoire du mouvement socialiste que quelqu’un restait muet pendant le temps qui lui était donné pour présenter ses arguments. Je brûlai mon livret militaire. La salle devint un véritable boxon. Tout le monde parlait en même temps. La musique libérait toutes les inhibitions. Puis je brûlai un billet de banque. "Pourquoi tu ne vas plutôt donner ce billet à quelqu’un qui en a besoin ?" me lança un "socialiste". J’étais choqué. Les "socialistes" se font la même idée de l’argent que les capitalistes. Ils croient que c’est quelque chose de réel. "Comment pouvez-vous brûler de l’argent quand les pauvres crèvent de faim dans les getthos ?" me demanda un autre "socialiste". Je lui souris et brûlai un autre morceau de papier vert. Le fric, c’est une drogue. L’Amérike est peuplé de cinglés qui se fixent, qui ne peuvent plus s’en passer. Les billets de banque font un excellent papier à cigarettes. Roule-toi un joint. Et fume."

Jerry Rubin veut pousser le plus loin possible la révolte car pour lui et les yippies, la révolution est permanente, quotidienne. De cet ouvrage d’un pragmatisme poussé à l’extrême naît le principe "Do It", fais-le, ose. Inspiré par celui de la "désobéissance civile" de Thoreau, il étend son application à l’ensemble des luttes libératrices des années 70’s. A ce principe fera suite celui du "Do It Yourself" qui sera le mot d’ordre de nombreux squats politiques à partir des années 80’s.

Analyses scientifiques

Comme évoqué précédemment, l’autogestion pratiquée par les squats vient d’une volonté d’agir par le quotidien, par soi-même. La hiérarchie du système contre laquelle l’anarchie se rebelle est combattue dans les squats en développant des relations sociales horizontales où chacun est autonome. La solidarité, le lien social entre les individus n’est pas établi, mais il s’institue par lui-même dans les relations qu’ils nouent. Est ainsi mis en avant l’émulation du moment, la sociabilité informelle, éphémère, et mobile, ce que Maffesoli appelle "socialité", et Hetherington la "sociation".

Les contre-cultures qui se sont succédées depuis les années 70’s ont contribué à la généralisation de la contestation du système social moderne et à l’extension d’une forme de solidarité culturelle, plus que sociale ou politique.

D’un point de vue quantitatif, certains ont interprété ce phénomène comme le résultat du baby-boom qui a suivi la seconde guerre mondiale, et l’apparition d’une nouvelle classe : la jeunesse (O. Galland, 2002). On parle depuis la révolution culturelle des seventies d’un post-matérialisme (Inglehart, 1990) auquel se rattacherait cette population. Il est facilement observable quantitativement par la diminution de l’influence des institutions scolaires, politiques, religieuses, etc...

D’autres auteurs se sont intéressés à ce phénomène d’un point de vue qualitatif. En France, le philosophe J.F. Lyotard est le premier à parler de "condition postmoderne" en 1979. Analysant plus spécifiquement la production du savoir, il dénonce la perte de légitimité des "grands récits" du romantisme moderne. Pour lui, la science en tant qu’institution moderne s’est perdue dans la simple spéculation, l’auto-légitimation, "le savoir du savoir". Le discours scientifique doit revenir au pragmatisme de la narration que l’on retrouve par exemple dans les récits primitifs ou les contes traditionnels.

En déclarant que "la vérité absolue, qu’il faut atteindre, se fragmente en vérités partielles qu’il convient de vivre", M. Maffesoli entend utiliser le paradigme de la post-modernité pour étudier l’évolution des relations sociales, non plus instituées, mais instituantes. Ainsi, "l’identité se fragilise ; les identifications multiples, par contre, se multiplient". Dans "Le temps des tribus" (1988), il décrit un retour de la notion de tribu, de communauté dans les sociétés post-modernes. Mais celle-ci, loin d’être une simple résurgence de la "Gemeinschaft" (=communauté traditionnelle), est intimement liée au contexte de mondialisation. Face à la massification croissante, on observe le développement en réseaux de petits groupes locaux, et l’apparition de nouvelles formes de relations sociales, complexes, informelles, horizontales.

M.Maffesoli emprunte à M.Weber l’expression de "communauté émotionnelle" pour désigner ces micro-groupes émergents dont il décrit les principales caractéristiques : ils sont souvent éphémères, leur composition est changeante, ils sont inscrits dans la localité, ils n’ont pas d’organisation centralisée, et sont structurés par le quotidien.

Le principal lien entre les membres d’une tribu postmoderne est l’affinité, l’émotion partagée. F.Champion décrit ce retour de l’émotion en analysant l’évolution du fait religieux, et en particulier "la nébuleuse mystico-ésotérique" qui s’est formée dans les années 70. Elle l’explique notamment par "le principe des singularités individuelles" : la perte de légitimité de l’institution religieuse est liée à "la valorisation de l’écart entre les expériences intimes des sujets et leur symbolisation sociale". A la croyance religieuse se substitue ainsi l’expérience spirituelle directe, sensible, du quotidien.

Le courant post-moderne français a trouvé un certain écho dans les analyses de la contre-culture anglaise. K.Hetherington, en s’intéressant au phénomène des "rave party", reprend des notions propres à Maffesoli : la communauté émotionnelle est traduite par "bund", la socialité par sociation. Le Bund est basé sur des relations sociales mobiles, éphémères, "relâchées", qui tiennent de l’hétérotopie. Contrairement à l’immuable Gemeinschaft, ses membres ne sont pas reliés par un état de fait mais par des affinités de sentiments.

G.McKay évoque dans "Senseless Acts of Beauty" l’importance du paysage émotionnelle qui connecte les "new travellers" à un même univers sensitif. On peut cependant garder une certaine réserve par rapport à cette conception totalisante d’une "post-modernité" qui fond la contre-culture dans une culture - comme pour les communautés utopiques se fondant dans l’idéologie-, alors qu’elle recèle une puissance de transformation dépassant toute tentative de dé-finition idéologique. Il ne s’agit pas tant d’identifier la contre-culture que de procéder à son exploration.

Conclusion

La contre-culture est comme un terreau dans lequel germent les éco-alternatives dans toute leur variété, et dans lequel les écolieux de vie plongent leurs racines.

La rencontre de cette contre-culture avec la culture dominante, là est l’enjeu, de là aussi viennent les différences de stratégie.
Il peut en découler une évolution globale de la société. Cette montée en généralité s’accompagne d’une perte de la saveur de ce qui originellement était une alternative et qui est devenu une évidence. Les alternatives sont alors à créer dans de nouveaux territoires.

"La Contre Culture est comme une tache sur l’oeil. Partout on l’aperçoit, à la périphérie du regard, mais jamais on ne peut la saisir"

(Jean Nuage)

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Je nourrissais une aspiration à la vie sauvage et à des pratiques proches de la nature, sans savoir que des concrétisations existaient. Je faisais alors des études de sociologie, sans savoir si j’allais continuer. Suite à un séjour à Carapa, j’ai rencontré un ethnologue qui m’a donné l’idée de lier mes 2 passions et de faire une étude sur les écovillages et les éco-alternatives ! C’est ce que j’ai fait...

Après de nombreuses découvertes, voici le fruit de ces années de recherches.

Mon mémoire s’intitule "Une initiation à l’éco-alternative : expérimentations et constructions de réseaux, des éco-lieux de France au WWOOF de Nouvelle-Zélande".

Plus sobrement, je pourrai l’appeler : "Mon initiation aux éco-alternatives".


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