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Mémoire de Master d’Ethnologie

le 28 novembre 2008

"Mon Initiation aux Eco-Alternatives" - Introduction

Expérimentations et constructions de réseaux, des écolieux de France au WWOOF de Nouvelle-Zélande

Cette page présente le résumé du mémoire "Mon Initiation aux Eco Alternatives" dont la publication a commencé, sur le site de Passerelle Eco.

Voir le plan de ce mémoire

Cette enquête, réalisée en master de sociologie à l’université d’Amiens sous la direction de Bernard Kalaora, a constitué pour moi une entrée dans un monde, une initiation aux éco-alternatives.

Homme, nature, société : constat et perspectives

Comment vivre par et pour la nature dans un temps et un espace que la modernité a négligé, renié, oublié ? La forêt dévastée, brûlée, souffre. L’eau salie, mazoutée, pleure. Nous avons refusé de percevoir la vie hors de l’humain en réduisant sa part de nature à un instinct de l’égoïsme.

Selon l’histoire classique du progrès, l’homme s’est progressivement détaché de la nature en se libérant de ses contraintes et en créant un système protégé, contrôlé par la Raison. Mais il peut toujours avoir "peur de la nature" (Terrasson, 1988). Elle n’est pas maîtrisée, ni maîtrisable. Toutes les conquêtes n’effacent pas toutes les catastrophes, et dans une société du "spectaculaire", celles-ci reviennent sur le devant de la scène. La solidarité internationale est brandie en étendard de la bonté humaine, du développement des consciences, mais là encore, c’est plus pour protéger l’homme que pour repenser sa relation avec la nature. Marginalisée ou idolâtrée, il ne reste plus que quelques îlots sauvages dans nos contrées atteintes de plein fouet par le progrès. On y construit des sanctuaires où gisent des fragments de nature idéale. On contrôle, on classe et on gère la forêt, les animaux, les plantes, l’eau, l’air...

Le constat est maintenant unanime, ou presque (L. Ferry, 1992), la terre est malade et les catastrophes doivent être pensées de manière inéluctable. Les technologies complexifiées à l’extrême rendent l’équation insoluble. Quelques scandales médiatiques (OGM, vache folle, dioxine, etc...) ont bien montré que l’homme ne maîtrisait pas du tout la nature mais qu’au contraire il la connaissait très mal. Aujourd’hui, le besoin est immense de mieux connaître cette nature qu’on a toujours craint mais si peu compris. Il ne suffit plus de sauvegarder quelques miettes, il faut repenser la nature comme un système ouvert et dynamique dans laquelle nous oeuvrons.

Nous en faisons partie et nous participons à ses évolutions. On ne peut plus s’extraire de la nature, elle est en nous et au-delà du petit monde des humains.

Eco-dynamique

Comment redécouvrir des savoir-faire que la spécialisation du savoir, et sa séparation du faire, nous a poussé à oublier ?
Dans cette étude, je me propose d’explorer par la science d’autres voies idéologiques, technologiques et humaines qui mènent à repenser la place de l’homme dans la nature. Le Retour à la Nature est un mythe fondateur pour une partie du mouvement dit "alternatif", aussi bien qu’un phénomène social à portée sociétale. L’échec de ce que beaucoup ont appelé les tentatives communautaires des années 70 ont laissé derrière eux un sentiment amer, tristement nostalgique. Mais ces expériences ne doivent pas être oubliées, voire pire, servir de prétexte au renoncement aux alternatives écologiques. Si des leçons sont à tirer des échecs de beaucoup de ces tentatives, l’échec global ne doit pas couvrir la brèche ouverte vers des formes expérimentales de savoir-faire et savoir-vivre.

Peu de lieux sont aujourd’hui créés, le phénomène reste marginal quantitativement. Des jeunes aux cheveux longs, qui débarquaient dans des campagnes désertée avec leur camions, leurs vêtements multicolores, la guitare sous le bras, il ne reste plus grand chose (B.Hervieu et D.Léger, 1979). Ceux qui sont restés : quelques fortins utopistes ont résisté, d’autres lieux ont développé des activités agricoles ou artisanales qui ont pérennisé l’installation, d’autres encore ont mené des combats localement pour gagner une reconnaissance et une légitimité. Les éco-lieux d’aujourd’hui ne sont pas de simples résurgences du phénomène néo-rural des années 70.

Si la dynamique éco-alternative se situe dans la continuité du mouvement communautaire - elle en est en quelque sorte l’héritière, elle connaît aussi une rupture avec cette filiation, en ce qu’elle est liée à l’émergence d’un nouveau contexte cognitif et social.

Nous étudierons dans la première partie l’éco-alternative en tant que phénomène social contemporain, et son imbrication dans différents mouvements socio-culturels :
- le développement de l’écologie scientifique, et parallèlement, de pratiques alternatives qui mettent au centre de leurs préoccupations la question de la nature.
- le contexte de mondialisation, de mobilité libérale, qui implique une complexification des interactions et une organisation sociale horizontale, décentralisée.
- une approche pragmatique qui ne s’attache pas à changer la société mais à constituer un exemple pour ceux qui veulent transformer leur rapport au quotidien ou au monde.

Enquête sur les éco-lieux

Dans un premier temps, je suis parti trois semaines dans deux écolieux. Je suis resté deux semaines à Carapa et une semaine à La Borie, tous deux en Cévennes. Ils m’ont hébergé, en partie nourri, accueilli dans leur quotidien et guidé dans leur démarche.

A Carapa, j’ai découvert un "éco-hameau" basé sur l’expérimentation d’une écologie profonde. J’ai partagé le quotidien de ce petit groupe d’individus et de foyers qui vivent sur une terre collective en développant dans tous les domaines de la vie quotidienne une éthique écologique radicale.

A la Borie, j’ai participé aux côtés de stagiaires aux activités de l’"éco-site". L’association est une S.C.I.C. (Société Coopérative à Intérêt Coopératif) qui entretient un site écologique, auparavant squatté. Mais les occupants actuels ont voulu rendre le projet plus durable et essaient depuis des années de régulariser la situation. L’objectif est à terme d’être un lieu d’accueil de formations à des pratiques écologiques. Elle met pour cela en place des projets pour obtenir des subventions et une légitimité, économique et politique.

Les deux éco-lieux reflètent des réalités si différentes qu’il est problématique de les réunir dans un cadre, une structure, que, précisément, ils rejettent. Dans les prémices de mon enquête, je m’étais intéressé aux "éco-villages", terme que j’avais maintes fois entendu dans les médias, mais qui pour beaucoup de lieux était source de polémiques. Pour certain, c’était le refus d’une étiquette, pour d’autres c’est l’arrivée en masse de "touristes" éco-villageois, enfin pour les éco-lieux que j’ai visité, on ne refusait pas cette appellation mais on lui préférait des termes plus adaptés : éco-site pour la Borie, éco-hameau pour Carapa.

Les éco-lieux sont en France trop réduits pour qu’on les nomme "éco-village" mais ils participent bien à une dynamique commune de création de lieu de vie et d’activités écologiques.

Nous reviendrons sur les caractéristiques de chaque lieu mais ce qui me semble ici important est la récurrence de la préposition "éco", apposée à un nom de lieu : "éco" signifie déjà habitat, lieu en grec, ce qui donne un "lieu-habitat", mais bien sûr, on ne s’y attachera pas puisque le terme renvoie surtout à une logique d’organisation de la nature comme habitat (éco-logique). Et plus précisément, la juxtaposition de "éco" à lieu (de vie) suppose une organisation du lieu inspirée et respectueuse de l’habitat naturel.

Une gamme de termes nouveaux apparaissent pour redéfinir l’habitat dans sa dimension écologique : éco-village, éco-hameau, éco-site, éco-construction, éco-alternative, éco-quartier, éco-installation, éco-vie, éco-nation...

Enquête sur le WWOOF en Nouvelle-Zélande

Dans un deuxième temps, je suis parti 6 mois en Nouvelle-Zélande dans le cadre du réseau WWOOF ("Opportunités internationales en fermes biologiques"). Cette association repose sur le principe d’une "coopération mutuelle", c’est-à-dire que je travaillais de 4 à 6 heures par jour au sein d’une ferme, et gîte et couvert m’étaient offert en échange par mes hôtes.

Lors de ce voyage, j’ai donc pu m’initier à "l’organic farming" ("agriculture biologique"), en travaillant au quotidien pour des paysans ; mais surtout, c’est le voyage lui-même qui fut initiatique. Mon rôle de chercheur n’occupait pas le premier plan de mes relations avec ceux que j’étudiais. Je n’étais pas vraiment un scientifique qui les observait, j’avais avant tout un statut de "wwoofer".

Je me suis rendu dans une dizaine de fermes différentes, en restant entre une et trois semaines au même endroit. J’y ai découvert comme au sein des réseaux éco-villageois français une très grande diversité d’expérimentations éco-alternatives.

La traduction d’"organic farming" est problématique : on pourrait mettre en lien l’"organic farming" avec l’"agriculture paysanne" défendue par les AMAP, mais "farming" ne renvoie pas à la notion d’agriculture, simplement au fait de cultiver une terre. Il a donc une portée plus large, qui regroupe aussi bien des pratiques de cultivation productives ou non, d’agriculture, de permaculture, ou de jardinage. Et en effet, les "agriculteurs" ne constituent pas une majorité au sein des "organic farmers".

Au cours de mon voyage, je me suis rendu dans seulement deux fermes commercialisant leur production. Deux autres étaient des retraites, où des millionnaires construisaient leur havre de paix, leur paradis privé. J’ai aussi visité un éco-village permaculturel, dont les membres partageaient une éthique commune et un fonctionnement coopératif. Enfin, j’ai vécu quelques temps dans trois lieux alternatifs, où les habitants - foyers ou individus - avaient pris part aux mouvements contre-culturels des années 70’s et nourrissaient une conscience écologique plus affirmée.

Ce mémoire est la restitution scientifique de ma découverte d’une altérité radicale, à des socialités qui insèrent la nature dans la vie quotidienne.

J’ai eu l’occasion pendant de courtes périodes d’expérimenter des éléments de vie alternative, observer les pratiques, participer aux activités, questionner et échanger. Si cette étude repose sur deux terrains distincts, elle renvoie à une seule méthode, celle d’un parcours d’initiation à l’éco-alternative.

Par l’intermédiaire de réseaux français et néo-zélandais, j’ai trouvé l’opportunité de vivre au quotidien dans des lieux développant des pratiques et des modes de vie éco-alternatifs. Au delà d’une contre-culture redéfinissant mécaniquement la culture, comment ce mouvement de fond est-il né historiquement ? Comment se construit l’identité locale des éco-lieux et des fermes bio ? Et enfin comment font-ils, au quotidien, pour vivre leur utopie ?

J’ai structuré cette enquête à la manière dont elle s’est déroulée. Je me suis d’abord intrigué de ce phénomène dont on a entendu parlé dans les années 70, aujourd’hui quasiment disparu mais qui constitue pourtant le rêve de beaucoup. Puis, en découvrant qu’une dynamique existait toujours, je me suis demandé comment des lieux pouvaient s’implanter et construire leur identité en gérant autonomie et intégration dans une société de plus en plus modernisée, et dans un milieu rural soit hostile soit déserté.

Enfin, je me suis posé la question de ma propre initiation, et de la manière dont le rêve se confronte à la réalité. J’ai moi-même vécu cette "éco-vie" au quotidien et c’est cette expérience que je souhaite partager, et ainsi utiliser les outils de la science sociale pour interpeller mes quelques lecteurs sur les moyens mis en oeuvre aujourd’hui pour vivre un autre rapport avec la nature.

Malgré un problème majeur de la sociologie qui est sans conteste son ethnocentrisme aigu, qui en fait souvent une science pour elle-même, inaccessible aux non-initiés, j’ai l’espoir que ce travail, dans une démarche d’exploration, trace une partie du chemin entre théorie et pratique, raison et action, idéal et quotidien, entre penser la nature et vivre la nature.


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Je nourrissais une aspiration à la vie sauvage et à des pratiques proches de la nature, sans savoir que des concrétisations existaient. Je faisais alors des études de sociologie, sans savoir si j’allais continuer. Suite à un séjour à Carapa, j’ai rencontré un ethnologue qui m’a donné l’idée de lier mes 2 passions et de faire une étude sur les écovillages et les éco-alternatives ! C’est ce que j’ai fait...

Après de nombreuses découvertes, voici le fruit de ces années de recherches.

Mon mémoire s’intitule "Une initiation à l’éco-alternative : expérimentations et constructions de réseaux, des éco-lieux de France au WWOOF de Nouvelle-Zélande".

Plus sobrement, je pourrai l’appeler : "Mon initiation aux éco-alternatives".

3 messages

  • "Mon Initiation aux Eco-Alternatives" - Introduction

    Le 8 avril 2009, par yvonne lm

    bonjour,
    chouette initiative !
    une petite remarque : "cultivation"... en français = culture . Et dans la conclusion "ethnocentrisme aigü" : c’est vrai et ça me fait marrer (licence de socio moi-même), mais j’ai peur pour toi (vous), car ce n’est pas très consensuel et il y a risque de rejet épidermique par le "mandarin" qui lira et notera ce travail ?!
    par ailleurs, nous essayons nous aussi de structurer un éco-hameau... (campagne56.blogspot.com) : si tu veux y pêcher des idées..
    bon courage,
    yvonne

  • "Mon Initiation aux Eco-Alternatives" - Introduction

    Le 9 décembre 2008, par X

    Oui félicitation, c’est un beau cheminement que tu as là !

  • "Mon Initiation aux Eco-Alternatives" - Introduction

    Le 9 décembre 2008, par X

    Bonjour,

    Félicitation !

    Ton travail est passionnant, il me tarde de pouvoir lire la suite.

    Grégoire


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