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L'Homme, cet animal raté (extrait 8)

le 28 mai

DOSSIER :
Pierre Jouventin et l’effondrement (8)

Extraits du livre "L’Homme cet animal raté" de Pierre Jouventin, en complément à la revue Passerelle Eco n°66 sur le thème "Effondrement écologique et social ; et Transition intérieure".

L’Homme, cet animal raté (extrait 8)

4. L’animal est-il supérieur à l’homme ? (Partie 3/3)

Le propre de l’homme est-il d’être sale ?

Notre orgueil nous empêche de voir des évidences comme notre infériorité par rapport aux autres espèces. Elles se distinguent pourtant de nous en ne nuisant pas à la planète et à ses habitants... Il a fallu attendre Darwin pour admettre l’évidence que l’homme est très proche génétiquement des chimpanzés. Ce n’était pas très valorisant pour notre égo d’être considéré comme un singe ! Je ne sais pas si on acceptera un jour l’autre moitié de l’explication qui éclaire l’énigme de l’homme et que je propose ici. Cette évidence ne relève plus de la proximité génétique difficile à nier, mais du fait que l’homme pendant 95% de son existence a eu le même mode de vie et donc les mêmes contraintes sélectives de prédateur en bande de gros gibier que le loup. Ce passé de prédateur social est plus récent et original que celui de primate, mais néanmoins tout aussi certain, comme nous l’ont appris les préhistoriens, les paléontologistes et les paléoanthropologues. Dans l’imaginaire occidental, quoi de plus opposé à l’espèce humaine que le loup qui occupait pourtant la même niche écologique que nous. Il est considéré comme notre ennemi héréditaire parce qu’il est un concurrent des éleveurs dont il attaque les troupeaux ou du chasseur qu’il concurrence avantageusement. Mais en outre, dans notre culture, c’est aussi notre antithèse par sa férocité et sa ‘bestialité’. En fait les loups, les lions, les orques, les lycaons, qui sont tous des chasseurs en bande comme nos ancêtres, s’en distinguent par le fait notable qu’ils n’épuisent pas leurs sources de nourriture, ce qui permet une exploitation durable. Notre espèce, qui peut facilement changer de régime alimentaire, n’étant pas un carnivore mais un primate, peut survivre à la surexploitation de ses proies car, bien plus opportuniste, il en change. Il peut manger des végétaux ou se déplacer. Comme Attila, il peut faire le vide autour de lui et donc faire disparaître des espèces en trouvant cependant d’autres sources de nourriture, ce que ne fait pas un prédateur normal, et qui est la cause de nos maux actuels.

Nos lointains ancêtres, dépourvus d’armes naturelles, se sont aventurés dans la savane et se sont trouvés exposés aux carnivores. Pour leur survivre puis devenir des rivaux de plus en plus redoutables jusqu’à devenir eux-mêmes des prédateurs dangereux, leur gros cerveau de grand singe a grossi au cours des millénaires. Comme nous l’avons évoqué, les clans qui trouvaient les meilleurs pièges, qui fabriquaient les armes les plus efficaces, qui communiquaient le mieux pour s’entendre et organiser les chasses, qui s’entraidaient pour réagir en groupe et non isolément, ont mieux survécu et se sont mieux reproduits. Ils ont été sélectionnés, non plus sur la taille des dents ou des griffes comme des carnivores, mais sur la capacité à résoudre les problèmes de survie qui était liée à la taille du cerveau. Pendant des centaines de milliers d’années, nous avons été portés par cette capacité à trouver de nouvelles astuces pour nous nourrir. Cette solution était originale puisqu’aucune espèce, y compris les autres primates et les carnivores que nous concurrencions, n’avait développé son cerveau à ce point. Et puis est arrivée la révolution néolithique, qui n’a peut-être pas consisté en la découverte de l’agriculture et de l’élevage comme on nous le répète pour nous encenser, mais en une fuite en avant pour éviter la famine dans des terres vidées de leur gibier. Elle nous aurait contraint à extraire de la terre plus de nourriture qu’auparavant en la travaillant pour nourrir les trop nombreux enfants que nous avons fait naître au cours de cette expansion accélérée. En domestiquant les animaux, nous obtenions à nouveau de la viande et compensions le gibier que nous avions éliminé des forêts avec l’aide des armes et des chiens.

Cet accroissement rapide de la population humaine s’opposait radicalement à notre mode de vie antérieur de chasseur-cueilleur peu prolifique. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, pas plus que les animaux, ne sciaient la branche sur laquelle ils étaient assis car leur système d’exploitation du milieu était à long terme et avait duré des milliers de fois plus longtemps que le néolithique plus la période historique. Ils laissaient le temps à la nature de renouveler les plantes et le gibier qui les nourrissaient pour ne pas avoir à manquer et à devoir migrer pour trouver d’autres sources d’alimentation.

Comment continuer longtemps à surexploiter les ressources de la terre afin de nourrir de plus en plus de jeunes ?

Comment se multiplier indéfiniment dans un monde fini ?

Cette stratégie était donc nécessairement à court terme. Cela aura duré 10.000 ans. Ces pénuries et catastrophes, qui se multiplient à notre époque de continuel accroissement démographique, viennent de loin et elles étaient prévisibles. Il fallait une bonne dose de foi en le progrès et beaucoup d’aveuglement pour ne pas les avoir vues venir.

Il faut dire qu’avec son gros cerveau, l’homme n’est pas seulement un spécialiste de l’imaginaire mais il est aussi le plus gros menteur que la terre ait porté ! Pas seulement envers les autres humains mais envers lui-même. Au lieu d’admettre ses faiblesses et sa vision à court terme, pour limiter les dégâts ou tout simplement les naissances, il a interprété cette mise à sac de la planète comme la preuve de son génie et de sa supériorité sur les autres espèces…

Nous parvenons aujourd’hui au bout de ce chemin et il devient de plus en plus évident aux plus lucides que cette voie était sans issue. Comment l’évolution a-t-elle pu enfanter ce monstre qui souille sa couche comme l’avaient compris les amérindiens les plus sages, effarés par ces colons qui massacraient la nature qu’eux chérissaient comme leur mère, en piégeant à outrance les animaux à fourrures dont les indiens connaissaient les capacités limitées de reproduction, en abattant les bisons qui constituaient pour eux une source inépuisable de prospérité jusqu’à l’arrivée de ces vandales.

Même Attila, lorsqu’il avait mis à feu et à sang une région, passait dans une autre ou attendait quelques années avant de revenir pour que les ressources aient le temps de se renouveler.

On est atterré quand on mesure la morgue de notre ‘civilisation’ qui se vante de ce qu’elle aurait dû considérer comme des fautes non seulement morales, comme en avaient conscience les amérindiens, mais tactiques pour assurer sa survie. Descartes, sous prétexte de science conquérante, nous a fait beaucoup de mal en propageant cette idéologie du Progrès humain infini qui faisait, d’après lui, la grandeur et le bonheur de notre espèce. Toute la culture occidentale a répété cette vulgate à courte vue, et aujourd’hui c’est le monde entier qui veut produire et consommer à outrance, ce qui est matériellement impossible sur ce qui est devenu une petite planète…

J’accuse l’homme en tant qu’espèce, mais je devrais peut-être limiter ma mise en cause à l’homme en tant que sexe. Les femmes sont moins destructrices, moins prédatrices, plus empathiques, plus respectueuses de l’environnement, des animaux et de leurs prochains.

Ce n’est pas étonnant puisque, contrairement à ce qu’avancent la plupart des féministes, il existait, d’après les préhistoriens et ethnologues, dans toutes les sociétés de chasseurs-cueilleurs d’hier et d’aujourd’hui un partage des tâches clair. Le sexe dit fort était spécialisé dans la chasse qui nécessite du muscle et de l’agressivité mais aussi un goût de la destruction et du meurtre, alors que le sexe dit faible patrouillait autour du campement pour cueillir avec l’aide des enfants qui, eux, nécessitent de l’empathie. D’où, pour les endocrinologues, des hormones en proportions inverses selon les sexes : chez les hommes, beaucoup de testostérone, l’hormone du combat, et, chez la femme, beaucoup d’ocytocine surnommée l’hormone de l’amour. Or, si un homme est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut et tout de suite, une mère se préoccupe nécessairement de l’avenir de sa progéniture…

Pour montrer que la thèse que j’avance dans ce livre n’est pas un règlement de compte personnel ou un délire paranoïaque mais qu’il avait été prédit par les soi-disant primitifs, peut-être dois-je conclure en citant le chef indien Seattle qui écrivait en 1854 : « Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez dans vos propres détritus. » [1]

Le propre de l’homme moderne est-il de détruire et de polluer, bref de ‘salir’ tout ce qu’il touche, alors que celui de l’animal ou du chasseur-cueilleur a toujours été d’être écologiquement ‘propre’ ? En jouant sur les mots, le propre de l’homme est-il d’être sale ?

Conclusion : Où allons-nous ?

En tant que chercheur qui a passé sa vie à essayer de comprendre les animaux, puis a pris sa retraite en essayant de comprendre les hommes par leur histoire naturelle, il m’était difficile de me taire et de ne pas faire part de ma solution d’une énigme qui a interrogé toute ma vie et qui me parait en fait la seule question véritablement digne d’intérêt. Nous savons beaucoup de choses mais nous avons négligé d’étudier sérieusement et sans préjugé le principal objet d’étude, l’homme en société. J’ai tenté ici de le faire, non plus idéologiquement comme d’habitude, mais le plus scientifiquement qu’il soit possible pour un sujet aussi engagé, d’une part en considérant Homo sapiens comme une espèce comme les autres ainsi que l’a montré Darwin, et d’autre part, différentes des autres par son excentricité. A défaut de trouver une issue collective à ce cul de sac que nous nous sommes bâti, j’ai tenté de fournir la clef de l’exception humaine. Si ce livre est un échec pour trouver des solutions pratiques ou tout simplement pour divertir le lecteur, il a tenté de présenter une thèse cohérente pour expliquer qui nous sommes et pourquoi avons divergé. Même si mes prédictions apocalyptiques se réalisent, du moins ne disparaîtrons-nous pas sans en comprendre les raisons. C’est, en tout cas, à ma petite échelle, un moyen de mériter le nom d’homme qu’à mon avis, nous avons galvaudé.

Notes

[1] Bien d’autres textes prophétiques ont été rassemblés dans Pieds nus sur la terre sacrée de T.M. McLuhan, réédité chez Denoël en 2001.


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