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L'Homme, cet animal raté (extrait 1)

le 28 mai

DOSSIER :
Pierre Jouventin et l’effondrement (1)

Extraits du livre "L’Homme cet animal raté" de Pierre Jouventin, en complément à la revue Passerelle Eco n°66 sur le thème "Effondrement écologique et social ; et Transition intérieure".

L’Homme, cet animal raté (extrait 1)

Y a-t-il un malaise dans la civilisation ?

L’historien Edward Gibbon a résumé le catéchisme du progrès :

« Depuis le commencement du monde, chaque siècle a augmenté et augmente encore la richesse réelle, le bonheur, la science et peut-être la vertu de l’espèce humaine. ».

Freud a critiqué cette opinion dans son livre ‘Malaise dans la civilisation’ :

« Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature, qu’avec leur aide il leur est devenu facile de s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. Ils le savent très bien, et c’est ce qui explique une bonne partie de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse. » 

Il y a toujours eu et il y aura toujours des optimistes et des pessimistes face à l’interrogation majeure sur notre place dans la nature et l’avenir de nos sociétés. Le choix de l’un ou l’autre camp dépend bien sûr de notre personnalité forgée à travers nos expériences. L’âge joue un rôle dans notre vision du monde : un jeune homme est, par nature, optimiste alors qu’un vieillard est souvent pessimiste…

Dans la mesure où nous sommes directement concernés, il nous est difficile – pour ne pas dire impossible – de trancher en toute objectivité et neutralité. Choisir le pessimisme, n’est-ce pas être traître à sa propre espèce et nier la marche de l’homme vers la civilisation ? Ou bien au contraire, n’est-ce pas éviter d’être dupe d’une religion du Progrès à courte vue qui aveugle les hommes et risque de les conduire à la barbarie ?

En fait, rares sont les pessimistes qui revendiquent ce statut car ils sont qualifiés de grincheux et de misanthropes. Certains lieux et époques nous prédisposent cependant dans un sens ou dans l’autre. Comment ne pas douter de l’avenir aujourd’hui quand la pollution, le changement climatique, les guerres se développent et, au contraire, optimiste pendant le siècle de Louis XIV lorsque les sciences et les arts s’épanouissaient ? Du moins, si l’on n’était pas parmi les humbles qui ont subi à cette époque plusieurs famines…

Sous Louis XV, la situation du pays s’est améliorée et les Encyclopédistes s’extasient devant cet accroissement de connaissances et de richesses qui ne peut qu’améliorer le sort de l’humanité toute entière. Encore faut-il que les privilégiés ne confisquent pas les fruits du progrès et n’entravent pas la marche des autres vers l’abondance. D’où la remise en cause des avantages dus à la naissance et l’éloge de la méritocratie, qui aboutiront à la Révolution Française…

La maîtrise de l’homme sur la nature a été théorisée dès le XVIIe siècle, mais le chantre le plus représentatif de cette époque confiante du Siècle des Lumières est peut-être Voltaire qui a si bien tiré parti de la situation sur tous les plans. Après une période d’apprentissage et de prise de risques, il a su, grâce à sa plume, se faire respecter et même apprécier des puissants ainsi que des têtes couronnées, puis vivre entouré d’admirateurs et d’admiratrices. Il s’est prodigieusement enrichi en spéculant sur tout ce qui rapportait, de la prostitution à l’esclavage. [1] Comble de réussite, il a su concilier cette ascension sociale et financière discutable avec une aura non usurpée d’écrivain et de moraliste, ennemi de l’obscurantisme, de l’intolérance et de l’injustice…Tout le contraire du ‘pauvre Jean-Jacques’ qui repose à côté de lui au Panthéon mais se trouvait aux antipodes de la philosophie. Malgré son talent, Rousseau a mené une vie difficile et a dû abandonner à l’Assistance publique les cinq enfants qu’il a eu avec sa domestique. Parmi les Encyclopédistes, il a été considéré comme traître au progrès : Voltaire le surnommait ‘le Judas de la troupe sacrée’ et Diderot, son ancien ami ‘le grand sophiste’.

[...]

La prescience de Rousseau est d’autant plus surprenante que, 250 ans plus tard, il y a encore dans notre époque de désenchantement beaucoup de gens cultivés qui conservent une foi si inébranlable en le génie humain qu’ils ne veulent pas voir les nuages qui s’amoncellent et qui ont commencé à crever. Ainsi, la majorité des nord-américains ne croît pas au changement climatique. Chez nous, Claude Allègre, qui a reçu le prestigieux Prix Crafoord, a longtemps été un négationniste militant et ses amis restent actifs au sein de l’Académie des Sciences. Des chercheurs de bonne foi et/ou financés par les lobbies industriels et pétroliers veulent encore prouver que nous assistons à un épisode climatique banal comme le petit âge glaciaire qui a entrainé des hivers rigoureux du Moyen-Age jusqu’en 1860. Ou bien que le réchauffement climatique n’est pas dû à l’homme mais aux tâches solaires… Les climatosceptiques, qui ont qualifié d’alarmiste et d’irresponsable le GIEC, ce collectif de 2.500 spécialistes internationaux du climat, se rendent de plus en plus compte par l’actualisation des données météorologiques qu’en réalité, ses prédictions étaient trop optimistes, puisque par exemple la banquise arctique fond plus vite en été que prévu !

[...]

Directeur de recherche au CNRS pendant 40 ans en éthologie, ayant dirigé pendant 13 ans un laboratoire public d’écologie, écologue de profession et écologiste militant avant l’heure, je m’étonne depuis plus d’un demi-siècle que nos contemporains n’aient pas vu venir ces menaces planétaires convergentes. Beaucoup continuent à les nier, les présentateurs de la télévision présentant les canicules comme des opportunités de baignade, du moins quand elles ne déclenchent pas des vagues de décès... La plupart de nos concitoyens, y compris les plus politisés, viennent de découvrir (et parfois pas encore !) que l’écologie n’est pas une mode passagère, ni le fonds de commerce et la chasse gardée d’un parti. Comble d’ironie, les Verts (surtout leur direction) se sont d’ailleurs fait convaincre par leurs concurrents de délaisser leurs thèmes fondamentaux, c’est-à-dire la nature et les animaux, pour rivaliser sur le sociétal (racisme, féminisme, homosexualité)… L’écologie n’est pas uniquement une question de défense de la nature ou de promotion de produits ‘Bio’ comme certains le croient encore. C’est LE problème non seulement de la planète et des animaux mais de l’humanité. Contrairement à ce que les philosophes et chantres du progrès nous répètent depuis 2000 ans, nous ne sommes pas en dehors de la nature mais dedans. Au niveau d’action sur l’environnement où notre espèce se trouve aujourd’hui, nous sommes comme un poisson rouge qui polluerait son bocal mais nous sommes aussi impuissants que lui à changer l’eau.

La civilisation occidentale a été bâtie sur l’idée du progrès, qui ne serait pas seulement scientifique et technologique, donc matériel, mais moral. Cette longue marche nous conduirait de l’obscurité vers la lumière, de la misère vers l’abondance, de la sauvagerie vers la civilisation. Progrès est un mot ambigu puisqu’il sous-entend, au sens propre et neutre, une progression physique c’est-à-dire une marche vers un but, mais aussi, au sens figuré et idéologique, une marche vers plus de conscience, de raison, de connaissance, de technique, de richesse, de confort, de bonheur pour l’humanité dans un monde pacifié. Cette vision progressiste du monde a d’abord répondu au déclin de la féodalité face à la montée de la bourgeoisie, puis à la vision rationaliste d’une société en voie d’industrialisation. Pourtant, même dans ce monde en plein développement, tout n’était pas rose : le machinisme a toujours constitué un recul en matière de bien-être, comme le dénonçait Marcuse. Pour Claude Lévi-Strauss (1962 ?), le progrès est un mythe. C’est un concept sans cohérence, une vision à court terme, une croyance optimiste en l’histoire liant avancement scientifique et moral. Condorcet dans ‘Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain’(1795) célébrait avec emphase et naïveté cette religion laïque qui a, pendant plusieurs siècles, été étayée par l’accroissement conjoint des connaissances, des techniques et des richesses. Mais dans un monde fini, le progrès ne peut être infini, surtout quand le gâteau n’augmente plus alors que les convives affluent : nous touchons aujourd’hui aux limites de note planète alors que la population continue à augmenter et que les règles de partage sont plus que jamais inégalitaires. Raymond Aron et de plus en plus de penseurs ont donc pris le contrepied en parlant des ‘désillusions du progrès’ (1969). La croissance économique n’engendre pas nécessairement la réduction des inégalités, comme l’a chiffré Thomas Piketty dans ‘Le capital au XXIe siècle’(2013).

Pour le monde antique, l’histoire des hommes était cyclique alors que l’idée de progrès a donné un sens à l’histoire qui est devenue linéaire et à sens unique. Cet idéal laïc de rationalité et de maîtrise continue de la nature par l’homme, formulée par Francis Bacon en Angleterre puis par René Descartes en France, a de lointaines origines religieuses judéo-chrétiennes. L’eschatologie de la croyance au paradis s’est transformée en un Eldorado sur terre : l’Eden n’est plus dans l’autre monde mais, si on modifie notre environnement, dans celui-ci ! Pourtant, si cette prédiction se réalise encore en Chine, c’est de moins en moins le cas chez nous.

Il y a donc eu amalgame entre l’accumulation des connaissances, l’accroissement des richesses et l’amélioration des conditions de vie, à un point tel que le contraire du progrès n’a même pas été envisagé : le géographe anarchiste Elisée Reclus a dû inventer le mot ‘regrès’.

Sur cette confusion entre bien-être matériel et bonheur humain, qui était invisible à l’époque (excepté pour Rousseau), repose l’esprit encyclopédique du XVIIIe siècle, mais aussi le positivisme d’Auguste Comte au XIXe siècle et, dans une bonne mesure, le libéralisme actuel. Le XXIe siècle s’interroge de plus en plus sur ce lien hypothétique entre des faits et des valeurs, au moment même où les connaissances scientifiques deviennent telles que nous pouvons répondre à des questions hors de portée de Voltaire, Rousseau et Diderot, comme l’origine et le passé de l’homme. Le développement sans précédent des sciences et techniques devient de moins en moins synonyme de progrès humain dans un monde globalisé et surpeuplé où les conflits religieux, ethniques, économiques, écologiques se multiplient. Individuellement, nous pouvons comprendre plus de choses que n’importe quel grand penseur disparu, alors que, collectivement, beaucoup ont perdu leurs repères et avancent de plus en plus dans le brouillard. Nos sociétés deviennent conflictuelles, l’analyse par les médias confuse ou démagogique. Les politiques arrivent de moins en moins à calmer les affrontements au niveau européen comme au niveau mondial… quand ils n’en jouent pas pour se maintenir au pouvoir !

Il est indéniable que l’humanité a accompli de grands progrès et que le confort est meilleur à notre époque que pendant la préhistoire, comme le démontre par exemple l’augmentation de notre durée de vie, mais comment éviter que l’abondance se transforme dans quelques dizaines d’années en pénurie et la paix en guerre ? Comment comprendre qu’Homo sapiens, l’espèce qui se dit ‘sage’ et qui a accompli tant de choses, se soit ‘fourrée dans ce pétrin’ ?

Notes

[1] Cf. Jean Aurieux, Voltaire ou la royauté de l’espoir, paru en 1966 chez Flammarion.


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