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Sur la route avec Galopin, un âne

le 20 mars 2006

Sur la route avec Galopin, un âne

Ces lignes sont un voyage, un humble voyage, qui tire sa puissance de sa simplicité. Il suffit d’un chemin pour allonger ses pas, et c’est une aventure. Avec Galopin, mon compagnon de route, mon porteur, un âne, nous voulons vous emmener avec ces quelques mots.

Cet article est paru originellement dans la revue Passerelle Eco n°12.

Je n’ai pas de destination pas plus qu’une prévision de retour, j’ai un grand souhait qui me motive et c’est là toute l’affaire : je veux apprendre à m’intégrer dans l’équilibre qui a permit à la nature de se perpétuer jusqu’ici ; adopter, pour ce faire, un mode de vie qui ne soit pas dommageable à cet équilibre. ça prendra les chemins et le temps qu’il faudra.

Pour que l’idée et le but de mes pas soient bien compris, il me faut vous expliquer les raisons de ce projet. Voyez-vous, on me demande souvent pourquoi partir apprendre à semer le blé pour en faire du pain alors que pour passer de l’un à l’autre il faut tant de travail et qu’il suffit de quelques minutes par jour pour amasser l’argent qui en règlerait le prix. Et bien, ce voyage, c’est justement pour faire un pain qui n’aurait pas de prix.

Pour vouloir développer un mode de vie qui ne cause pas de dommage sur le lieu où nous vivons, il faut déjà avoir pris conscience de quoi nous sommes responsables. Toute cette inondation de grands constats sur papier où sur écran n’avait rien suscité en moi de très actif. Ma responsabilité fut plus vivement touchée par les liens qui l’unissait à certaines destructions lors de voyages comme, par exemple (c’est malheureusement bien le mot qui convient : un exemple, parmi tant d’autre), ce petit pays qui fut un coup de coeur, le Guatemala, et qui en 20 ans, a vu 80 pour 100 de sa forêt en zone tropicale partir en fumée au profit des pâturages pour l’élevage bovin pour, en bout de chaine, les fast food du Nord. Conséquences ? a) Une population locale qui n’a pas accès à ce qu’elle produit, a faim et ne mange plus varié sans l’abondance de la forêt ; b) une saison des pluies qui avait deux mois de retard lorsque je quittai le pays ; c) une terre parmi les plus riches qui devient un désert. Et un desert ne nourrit pas plus les habitants qui le peuplent que ceux qui l’exploitent.

Ayant cela sous les yeux et lourd sur le coeur, aurait-ce été un comportement raisonnable que de participer par ma manière de vivre à la destruction de ces terres et de ses hommes ? Cette terre qui me donnait la vie, qui était toute entière en dedans de moi, que j’aimais parce que ça me rendait léger de la voir belle... Gille Vignaut chantait "j’ai mal a la terre", et j’avais "mal à la terre". La terre est une vaste chose qui, quand elle pèse trop, peut écraser le coeur. Que pouvais je faire, moi ? Je l’observais. Elle m’apporta la réponse.

La nature est là depuis longtemps. Pour ça, pas besoin d’être fin observateur. Quelque chose qui parvient à se pérenniser ainsi doit prendre place dans un formidable équilibre ; sinon, ça ne dure pas. J’observais un peu plus et je vis que le fondement de cet équilibre s’enracinait dans un commun accord qui fait que toutes espèces vivantes puisent au sein des autres èspèces uniquement ce qui leur est nécessaire pour vivre sur le lieu où elles se trouvent. C’est, je crois, ce respect de ne prendre que l’utile qui a permis une cohésion harmonieuse de l’ensemble des êtres vivants dans un tout : la vie. Il n’y a que l’homme pour engranger l’inutile, prenant une part de trop et menaçant de ce fait tout l’équilibre. La solution semble bien être dans le respect de ce qui, jusqu’à présent, a soudé le vivant et a fait ses preuves dans son extraordinaire longévité. J’ai choisi de mettre en pratique ce respect par l’adoption d’un mode de vie qui soit autonomne au niveau de mes besoins utiles. Il n’est pas indispensable que d’autres construisent mon toit, me nourrissent et pour peu, pensent à ma place, s’ils ne savent pas le faire sans me relier à la destruction. Alors que si je fais tout cela de mes mains, puis-je envisager un lien plus proche entre l’homme et la terre, un meilleur respect pour les hommes de tous pays, une joie plus grande que de travailler main dans la main avec ce que j’aime, la terre, la vie ? Bien sûr, un tel mode de vie demande des savoir-faire variés.

C’est là toute la démarche de ce voyage. Je ne sais pas faire grand chose mais, de rencontre en providences, le long des chemins, il y a toujours un petit monde d’acharné qui sait, expérimente, ou tente de travailler sans brusquer la nature. Un petit monde prêt au partage. C’est vers lui que file ma route pour parvenir plus tard à tisser mes gestes dans cette fameuse trame dont parlait Seattle. Voilà, en résumé, ce que j’entendais par le fait d’essayer de s’intégrer dans l’équilibre qui a permit à la vie de se perpétuer jusqu’à aujourd’hui. Geste dérisoire diront certains, rétrograde, antisocial diront d’autres. Bref, on pourrait toujours jouer au tribun pour désavouer cette action et l’on y parviendrait peut-être, cela n’empêche pas qu’il y a la vie et que, malgré les immenses interrogations qu’elle pose par sa simple présence, il y a quand même... la vie ! L’homme ne peut pas s’en séparer. La nature a ses forces, ses règles, ses lois (appelez ça comme vous voulez) à l’encontre desquelles il est vain d’aller (notons que c’est là encore ce que l’homme tente de faire et que ça ne lui apporte toujours pas plus de bonheur !). Voilà donc une raison de plus qui fait que, en toute humilité, et je crois qu’il en faut, je préfère essayer de m’intégrer dans ce qui me donne la vie de la manière qui, à ce jour, m’apparaît convenir à ce que je suis et à l’amour que je porte pour la terre. Au moment ou j’écris ces lignes (mi mai), il y a tout juste un mois et demi que le voyage à commencé. Galopin n’a pas l’air trop fatigué, les congères dans lesquelles il s’enfonçait les premiers jours sont loin, maintenant que l’herbe à poussé. Nous sommes en Lozère, près du mont du même nom.

Je voulais terminer en demandant à tous ceux qui ont quelques connaissances en autobioconstrctions (sédentaire ou nomades), dans le travail du bois, sur les milles et une manières de cultiver la terre... que je serais heureux d’aller à votre rencontre si vous êtes intérressés par un échange coup de main contre savoir faire. Que l’été vous soit plein de bonheur.

Jean Charles Royer
Le Fau
43800 Mezere

Cet article est paru originellement dans la revue Passerelle Eco n°12. Il a été suivi d’un bilan après un an de route, paru dans la revue Passerelle Eco n°15 et à présent également sur le site : "Après un an de route avec mon âne".


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  • Sur la route avec Galopin, un âne

    Le 14 octobre 2009, par X

    yes tonton ta une grosse pere de couille


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