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Interview de Arthur Keller, auteur de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l'effondrement

le 22 mai

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Interview de Arthur Keller, auteur de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

Arthur Keller s’est attelé à l’écriture d’une série télévisée américaine sur le thème de l’effondrement.

Selon lui, il est urgent de proposer à nos imaginaires un récit d’effondrement et de résilience qui permette au plus grand nombre de prendre conscience de l’insoutenabilité de nos sociétés, des chaos à venir et des possibilités de transition pour amortir les chocs.

Cet article est proposé en complément à la revue Passerelle Eco n°66 sur le thème "Effondrement Social et Écologique ; et Transition Intérieure"

Arthur Keller est ingénieur en aérospatiale de formation aujourd’hui spécialisé dans le domaine des vulnérabilités des sociétés humaines et des stratégies de transition écologique et de résilience, conférencier, formateur et consultant. Il a, en outre, une expérience d’auteur professionnel finaliste de plusieurs festivals de scénaristes. Enfin, il travaille depuis bientôt dix ans sur les risques d’effondrement et s’emploie à identifier les mécanismes de la pédagogie, de la sensibilisation et de la mobilisation sur ce thème.

Le cœur de votre travail, c’est donc l’effondrement qui vient ?

Déjà, il faut préciser ce qu’on entend par là. Par « effondrement », j’entends une simplification drastique de la société, une relocalisation, une redistribution des responsabilités et des compétences. L’effondrement n’est pas un évènement ponctuel, c’est un processus qui est déjà enclenché et qui peut s’accélérer à peu près n’importe quand. Une telle accélération prendra une infinité de géométries en fonction du moment et du lieu, il est donc inepte de chercher à en faire des prévisions détaillées ; par contre, d’une manière ou d’une autre elle débouchera sur une situation nouvelle, d’autant plus précaire qu’on ne l’aura pas anticipée, dans laquelle la satisfaction des besoins élémentaires des populations (eau, alimentation, énergie, mobilité, communications, logement, sécurité...) ne sera plus assurée par les dispositifs publics ou privés dont toutes nos existences dépendent aujourd’hui.

Le temps est révolu où parler de risque d’effondrement pouvait paraître farfelu. Aujourd’hui, avec ce que nous enseignent les scientifiques qui étudient le climat, les écosystèmes ou l’état des ressources, celles et ceux qui s’obstinent à croire qu’un tel scénario ne peut pas se produire ont tous un point commun : ils ne se sont pas beaucoup renseignés sur la question des vulnérabilités des sociétés complexes. Le farfelu est désormais du côté des adeptes du mantra « on-s’en-est-toujours-tiré-on-s’en-tirera- toujours ». Nous sommes collectivement face à un risque avéré d’effondrement des sociétés dans lesquelles nous vivons (qui sont ultra dépendantes des produits pétroliers, de la croissance, de marchés financiers, de chaînes d’approvisionnement mondialisées, interconnectées et à flux tendu...). Cette menace est potentiellement à court terme ; cela dépendra des endroits ; au Venezuela, il semble qu’on y soit déjà.

La perspective est très angoissante. Renoncer à notre mode de vie confortable, à notre monde civilisé tel que nous le connaissons depuis des décennies est difficile. Vous le comprenez ?

Bien sûr que je le comprends, d’autant plus que je le ressens moi-même ! Pourtant, très objectivement, on s’accroche à un monde qui a fait de nous des junkies de choses superficielles et artificielles et ne nous fournit plus l’essentiel : des vies équilibrées, saines, qui feraient sens et nous relieraient entre nous comme avec le reste de la nature dont nous faisons, qu’on en ait conscience ou non, partie. Ce monde nous apporte certes certains conforts, mais il s’engage rapidement dans des dynamiques qui ressemblent fort à des régressions sur le plan humain, et notre bien-être s’effrite pour la majorité de la population. Regardons-y de plus près : le fabuleux « progrès », les Trente Glorieuses et la Révolution verte nous ont menés jusqu’à cette « société moderne » qu’on cherche à tout prix à maintenir mais qui se caractérise aujourd’hui par une explosion des inégalités, un abrutissement et un burn out (et de plus en plus, un brown out) généralisés, une montée des dérives antidémocratiques et des atteintes aux droits de l’Homme, des existences hors-sol et une perte de sens ressentie à tous les étages, des replis identitaires générateurs de conflits, un anéantissement exponentiel de la faune et de la flore sauvages, un épuisement des ressources et la prolifération des déchets et pollutions... Cette société de l’hubris, monomaniaque du profit, qui n’envisage les rapports entre hommes et femmes, entre pays, entre cultures, entre espèces, entre l’humanité et la nature que comme des rapports de forces, est absolument insoutenable aux sens écologique, humain et économique du terme.

Du coup, il me semble que ceux qui jugent que penser l’effondrement est nécessairement pessimiste et mortifère réagissent affectivement mais pas logiquement : ce n’est une mauvaise nouvelle que pour ceux qui considèrent dommage que le monde tel qu’il existe ne puisse pas continuer sur sa trajectoire business as usual ! La réalité, c’est qu’il est moribond de toute manière, alors soit on se prépare au changement, soit on le subira dans la panique. Ce que chacun fait de cette prise de conscience le regarde bien sûr, et dépend des paramètres de sa situation personnelle. Mais il est sensé et même indispensable, raisonné et raisonnable, d’intégrer la perspective désormais plausible d’un effondrement d’une forme ou d’une autre dans notre gestion de risque. Heureusement qu’il existe des gens et des organismes pour prévoir et anticiper les risques ! Heureusement qu’on met des canots de sauvetage sur les navires, qu’on prévoit des protocoles de gestion des situations d’urgence et qu’on forme les personnels ! Est-ce « angoissant » de procéder ainsi ? Est-ce « pessimiste » ? Ou est-ce du bon sens paysan au contraire sécurisant ?

Imaginer une réinitialisation de nos cultures prédatrices et une fin de la civilisation « thermo-industrielle financiarisée » qui tient aujourd’hui sous son emprise la quasi totalité de la vie sur Terre, c’est se donner l’opportunité de retrouver le sens de l’existence et d’évoluer vers un équilibre raisonnable avec le reste du vivant. Même si cela suppose un passage difficile et un certain nombre de défis à relever, c’est néanmoins une chance qu’il faut reconnaître et saisir.

Notre angoisse provient peut-être de notre incapacité à imaginer l’avenir ?

Vous avez raison, les gens ne s’intéressent pas aux questions qui les angoissent spontanément, ils préfèrent la stratégie de l’autruche et pensent qu’on saura gérer la « crise » quand elle se présentera et qu’on ne pourra vraiment plus l’esquiver. Ils n’ont pas conscience qu’elle est déjà enclenchée et qu’il est trop tard pour l’esquiver. En fait, en procédant par déni, les gens s’en remettent implicitement à des « autorités » qui, s’imaginent-ils, « sauront bien faire ce qu’il faut », ou bien à des ingénieurs qui « sauront bien trouver des solutions » ; mais s’ils savaient où en sont nos dirigeants et nos institutions sur ce sujet, et ce que sont nos logiques d’innovation, ils prendraient conscience que les seules réponses pertinentes ne peuvent venir que d’eux et de la somme des mobilisations individuelles.

Il faut stimuler l’émergence de nouvelles visions de l’avenir, et les étayer avec des exemples concrets. Car il se trouve qu’il existe de nombreuses manières de se mobiliser pour tenter d’atténuer l’impact de l’effondrement. C’est ce que font déjà au quotidien les éclaireurs, les pionniers des alternatives, celles et ceux qui œuvrent à l’avant-garde de la transition et se préparent avec humilité en redevenant acteurs, et non plus seulement figurants, de leur avenir. Si vous en connaissez, vous comprendrez aisément que ces personnes qui agissent et ouvrent la voie se caractérisent précisément par une prise de conscience forcément anxiogène doublée d’un optimisme actif qu’elles nourrissent au fil du renouveau dans lequel elles s’impliquent.

Pour autant, ces éclaireurs sont encore ultra minoritaires. Comment parvenir à sensibiliser le plus grand nombre, tous ceux qui, jusqu’ici, restent avant tout préoccupés par leur train-train ? L’heure est venue de fabriquer les briques élémentaires d’une nouvelle culture commune. Des artistes, des penseurs, des auteurs, doivent s’emparer de cette problématique et proposer des imaginaires novateurs – en évitant si possible de verser dans les sensationnalismes puérils.

J’ai décidé de me mobiliser, en tant que spécialiste du storytelling et ancien scénariste, pour développer une série de fiction conçue pour la télévision américaine. Passer par le divertissement grand public pour sensibiliser subtilement, via des personnages auxquels on peut s’identifier et des images puissantes – sans pour autant tomber dans le piège de la surenchère creuse – est selon moi le graal de la conscientisation. La série télévisée est le modèle de récit parfait pour cette thématique : par nature, elle donne le temps de développer les protagonistes et leurs histoires, les enjeux et les obstacles, les questions sociétales et morales, et de tout imbriquer de manière à captiver les spectateurs et à les engager émotionnellement.

Pourquoi une série télévisée américaine ?

Parce que rien ne peut rivaliser avec une série américaine à succès en matière de potentiel de prise de conscience : si la série marche bien, ce seront plusieurs dizaines de millions de personnes dans le monde, voire plusieurs centaines de millions dans le meilleur des cas, qui seront touchées par le message. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce soit un carton, même si j’ai conscience de l’ambition et donc de la difficulté de la démarche. Mais le potentiel d’impact d’un tel projet est de nature à susciter l’intérêt de stars de cinéma et d’artistes engagés qui peuvent permettre la réussite du projet s’ils décident de rejoindre cette entreprise à la fois artistique et militante.

Mon projet ne se limite d’ailleurs pas à la série elle-même : il est constitué de trois parties : une série télévisée de fiction, des contenus vidéos additionnels et une plateforme internet. Il a été conçu comme un outil de mobilisation massive.

Tout d’abord, la série en elle-même. C’est évidemment le navire amiral. Il s’agit d’une épopée de plusieurs personnages aux trajectoires interconnectées qui tentent, chacun à sa manière, de mettre en place une forme de résilience dans un contexte général de descente énergétique et matérielle, de chaos socio-économique et politique et d’émergences de dynamiques salutaires pour certaines, épouvantables pour d’autres. Différentes trajectoires seront mises en scène, incluant le meilleur comme le pire.

Ce n’est pas une série sur l’effondrement, c’est une série sur la grande disruption sociétale qui pourrait se produire ET sur les chemins de la transition dans lesquels on peut s’engager. On y trouve du suspense et de l’action, des prises de conscience et des deuils ; il y a des moments sombres ET des moments de vive espérance. Il ne s’agit en aucun cas d’une tentative de « prédiction », mais la rigueur est une composante essentielle du projet. C’est pourquoi on ne se livrera pas aux exubérances hollywoodiennes trop courantes que l’on trouve dans des Geostorm, Le Jour d’Après ou Waterworld par exemple. La force dramatique viendra des expériences des personnages et des tensions et dilemmes qu’ils rencontrent (conflits entre protagonistes ; conflits entre les gens et le monde en mutation accélérée ; conflits internes de nature psychologique ou morale).

Le titre de la série est Twice as Bright, en référence à la phrase attribuée au sage Lao Tzeu « The candle that burns twice as bright burns half as long » (la chandelle qui brille deux fois plus fort brûle deux fois moins longtemps) qui symbolise une civilisation qui depuis trop longtemps brûle la chandelle par les deux bouts.

En 5 saisons de 12 épisodes chacune, cette série est structurée selon les « 5 phases du deuil » théorisées par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross. En effet, il s’agit de faire un deuil collectif d’une certaine vision du monde à laquelle nous nous sommes accoutumés mais qui ne peut plus être maintenue : c’est un deuil et un sevrage auxquels nous sommes confrontés. Les thèmes et titres respectifs des 5 saisons seront donc Déni, Colère, Marchandage, Dépression et Acceptation. La série a été conçue suivant une logique d’accélération : le tempo va crescendo depuis le pilote jusqu’au dernier épisode de la saison 5. La cinématographie aussi est une expérience sensorielle intense : elle se dégrade imperceptiblement d’épisode en épisode. Au final, c’est comme un voyage émotionnel intense dont le but ultime est de réveiller le spectateur en l’invitant à sortir de sa zone d’indifférence.

Votre projet ne se réduit pas l’écriture d’une série ?

En effet Twice as Bright n’est qu’un cheval de Troie. La série s’accompagne de deux sous- projets :

D’une part, la production d’une soixantaine d’interviews et de films documentaires courts (format 5 minutes – un pour chaque épisode), qui auront vocation à être diffusés en parallèle de la série et qui montreront :
- d’un côté des experts expliquant que ce que dépeint la série n’est pas exactement de la fiction, que les séquences d’évènements décrites sont fondées sur des études, rapports et scénarios scientifiquement élaborés par des spécialistes ;
- de l’autre des acteurs de la transition issus du monde réel qui présenteront des voies de résilience concrètes que peuvent mettre en place des individus, des collectivités, des entrepreneurs et des entreprises, des villes, des régions et même des États...

Ces « bonus » audiovisuels pourront éventuellement s’accompagner de conférences et de rencontres physiques, de projections-débats avec l’équipe de la série, des experts, des « transitionneurs ». On mettra en place tout ce qu’il sera possible de mettre en place.

D’autre part, la réalisation d’une plateforme internet collaborative conçue pour accueillir, rassembler, accompagner les gens désireux de changer de voie, où qu’ils soient dans le monde : on pourra y explorer une carte interactive et un wiki des projets et initiatives de transition, établir le contact avec des acteurs de cette transition, échanger sur un forum des idées, informations, savoirs et savoir-faire, des équipements, des services, etc. Cela doit faciliter, pour les utilisateurs, le passage à l’action.

Un tel projet ne risque-t-il pas d’être perçu comme trop sombre ? Certains disent que pour mobiliser il faut faire envie, pas peur...

Et ils ont raison... mais la plupart du temps ils ne vont pas jusqu’au bout du raisonnement et font fi des nombreux retours d’expériences relatifs à la « peur », qui est une notion complexe. Certaines formes de peur immédiates peuvent certes mener à une paralysie momentanée, mais la peur est également une émotion vitale d’un point de vue évolutionniste car c’est elle qui déclenche nos mécanismes de défense, et nous aurions grandement besoin que ceux-ci se dégrippent pour nous extirper de nos léthargies pernicieuses. Après la peur, vient l’envie d’agir. C’est ce que démontrent les acteurs de la transition qui existent aujourd’hui, auxquels je faisais référence plus tôt. Encore faut-il savoir de quoi on a peur et pourquoi.

Le monde physique (biosphère, atmosphère, hydrosphère, cryosphère et même lithosphère) est dans un état constaté d’affaissement ou d’épuisement : le consensus est écrasant parmi les experts. Ce monde-là, que nos petites vies citadines nous incitent à mépriser, produit pourtant les ressources et services essentiels qui constituent le carburant vital pour nos sociétés. Et si nous continuons de l’ignorer, nous allons précipiter le problème. Nous serons bientôt directement confrontés à des situations où l’impassibilité ne sera plus une option.

Sauf que les comportements des gens pourraient bien être à l’image des imaginaires qui auront imprégné nos inconscients collectifs : afin d’éviter que la plupart d’entre nous ait le sentiment qu’en période de pénurie seule la loi du plus fort prévaut, il faut présenter au monde des visions alternatives de l’avenir. Il est urgent de faciliter le jaillissement, à grande échelle médiatique, d’une représentation attirante de la transition vers la résilience qui reste encore largement méconnue du grand public et méprisée par les élites.

Comment montrer la résilience pour faire envie ?

Si on se contente de montrer à Monsieur et Madame Toulemonde des images de permaculteurs à genoux dans la terre ou de jeunes idéalistes bricolant leur petite éolienne, ils comparent spontanément la perception de ces transitionneurs (pas toujours engageante et systématiquement synonyme de dur labeur) avec la représentation qu’ils se font de leur quotidien (dans lequel la plupart trouvent un certain confort, tangible, et démobilisateur à souhait). Afin que la comparaison puisse faire sens et effet, nous devons nous projeter : il ne s’agit plus de comparer une transition hypothétique à un présent bien réel, mais plutôt d’aider les gens à mettre en balance, avec le plus de réalisme possible, plusieurs avenirs à 5, 10, 20 ans : d’une part un avenir en prolongement tendanciel du monde actuel, d’autre part une palette d’avenirs « transitionnels ». C’est la projection simultanée dans ces avenirs divergents qui a de l’intérêt et qui, seule, peut décider une partie de la population à abandonner leurs routines – une partie qui va grandir à mesure que la société « conventionnelle » deviendra de plus en plus invivable...

C’est là qu’intervient le savoir-faire en storytelling, pour élaborer ces avenirs et toucher les gens. Les récits doivent être aussi honnêtes que possible dans le fond, ils doivent s’efforcer de montrer l’avenir tel qu’il promet d’être si on ne remet pas en question les fondements de notre société, et ils ont aussi le devoir d’être inspirants en proposant des avenirs meilleurs à certains égards, des itinéraires, des aménagements, des perspectives stimulantes et concevables. C’est du contraste entre les deux types de projections que proviendra la puissance sensibilisatrice et mobilisatrice.

Nous devons donc regarder l’avenir en face pour choisir d’en changer ?

L’heure est venue de traiter les gens en individus responsables puisqu’on espère d’eux qu’ils se conduiront comme tels, et il serait grand temps d’arrêter de tourner autour du pot par peur de faire peur. La peur n’est pas le problème, c’est l’indifférence qu’il faut combattre. Il ne faut pas chercher à éviter toute forme de peur, car toute démarche lucide est nécessairement génératrice d’anxiété. L’approche la plus sensée consiste à ne pas abandonner les gens face à leur inquiétude légitime et d’accompagner le constat froid par des espoirs fondés, des optimismes réalistes en quelque sorte. Mon projet entier fonde sa stratégie didactique sur le principe du contraste ; s’il est sombre par certains aspects, il n’est en aucun cas « pessimiste » et ne cherche pas à positiver à tout prix ; il est complexe et c’est dans ses multiples niveaux de gris et le kaléidoscope de ses couleurs vives que réside sa force.

Il n’existe pas de loi naturelle selon laquelle un « effondrement » serait invraisemblable ; l’Histoire en est constellée. À l’instar de nombreux spécialistes, je pense l’effondrement comme une dynamique déjà à l’œuvre qui pose de multiples questions non seulement techniques mais surtout politiques au sens noble du terme, philosophiques, culturelles, voire anthropologiques et morales. C’est un défi qui donne aux humains l’occasion de se réveiller et de se révéler, de se dépasser dans le cadre d’un grand projet porteur de sens. C’est une opportunité inespérée de déployer le meilleur de nous-mêmes en concevant et en forgeant un nouveau monde dont nous pourrons fièrement passer le relai à nos enfants.

Mon projet, en présentant sous une forme divertissante des scénarios plausibles, sera un appel à adopter l’attitude responsable consistant à se préparer humblement plutôt qu’à s’entêter aveuglément à se croire invincibles. En mêlant des avertissements scientifiquement rigoureux et des espoirs pragmatiques liés à des formes d’action concrètes, il s’agit d’insuffler aux gens le boost d’inspiration et d’audace dont ils ont besoin et de leur fournir les outils leur permettant de reprendre en main leur destin.

Questions posées par Isabelle Brokman, journaliste

Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus, voir la présentation du projet par son auteur sur la cagnotte en ligne qu’il a organisée ici : https://www.leetchi.com/c/serie-tv-...


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6 messages

  • Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

    Le 28 mai, par Arnaud

    Bonjour,

    Merci pour cet article qui permet d’ouvrir les yeux sur une réalité que nous refusons de voir trop souvent.

    Un commentaire cependant, le titre de l’article est "Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement", ne s’agit t-il pas plutôt d’"Auteur" de Twice as Bright plutôt que autour ?

    En tout cas, merci

    • Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

      28 mai, par Arthur Keller

      Merci Arnaud pour votre enthousiasme !
      Et merci d’avoir relevé la petite coquille – je remonte l’info :)

  • Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

    Le 27 mai, par SOS MAIRES

    Les Maires et Conseillers des communes rurales sont les gardiens des ressources vitales. Pour tous, face aux crises actuelles, il est urgent de les aider à sécuriser et à développer ces ressources vitales.

    Alors que l’Etat se désengage de nos campagnes et que les maires sont poussés à transférer leurs compétences à des instances supra-communales, nous considérons, au contraire, que leur rôle est déterminant.

    A court et moyen terme, en effet, la seule échelle géographique, administrative et humaine efficace pour devancer les effondrements en cours est celle des communes rurales.

    Notre équipe a lancé S.O.S. Maires dans l’objectif d’inciter et d’aider les maires et les conseillers des communes rurales, ainsi que tous les acteurs de la société civile avec eux, à anticiper – pratiquement, et dès aujourd’hui – les crises qui se profilent, à court et moyen terme.

    sosmaires.org

    • Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

      27 mai, par Poirier Anne

      Bonjour,
      Je viens de lire l’interview d’Arthur Keller sur la série télévisée à venir Twice as Bright.
      Excellent article qui reproduit parfaitement la pensée d’Arthur Keller avec qui j’ai eu la chance de travailler.
      Ce projet d’Arthur Keller est judicieux et je souhaite que le but de prise de conscience auprès de Monsieur et Madame Toulemonde du danger que court notre civilisation aura le succès à la hauteur des enjeux.
      Anne Poirier
      FEV " Faire ensemble la ville "
      Urbanisme local et inclusif

      • Interview de Arthur Keller, autour de Twice as Bright, la série qui nous prépare à l’effondrement

        27 mai, par Arthur Keller

        Merci beaucoup, Anne ! :)

  • Complément : la cagnotte pour soutenir la série

    Le 24 mai, par JLuc (Passerelle Eco)

    Un complément a été ajouté à l’article : la cagnotte en ligne de soutien au projet : https://www.leetchi.com/c/serie-tv-...


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