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 "La Permaculture et nous : préface de Valérie Cabane" :

le 2 février

"La Permaculture et nous : préface de Valérie Cabane"

J’écris cette préface dans un moment particulier de l’histoire de l’humanité.

La pandémie liée à la COVID-19 oblige au confinement de la moitié de la population mondiale, une pause dans nos vies électriques, un moment de répit pour la Terre, sa faune et sa flore. Par le calme retrouvé, notre planète voit même son activité sismique chuter de façon spectaculaire et les eaux des Océans s’apaiser. Mais cette pandémie doit nous obliger à l’introspection, car elle nous éclaire sur notre vulnérabilité, sur les fragilités d’une économie mondialisée, elles creusent plus profond encore les inégalités, elles révèlent les cicatrices de la Terre matricielle.

Par trop de déforestation, trop de pression sur les écosystèmes, trop de maltraitance animale, trop d’urbanisation et de concentration humaine au plus près d’espaces et d’espèces sauvages, les zoonoses, ces maladies qui se transmettent de l’animal à l’homme, se développent. Et parmi les espèces sauvages menacées, celles dont les populations sont en baisse en raison de l’exploitation et de la perte d’habitat partagent plus de virus avec les humains. Cette pandémie n’est qu’une manifestation de l’écocide en cours, elle n’est qu’une lame de fond d’un tsunami à venir. L’humanité a depuis deux siècles perturbé tous les équilibres planétaires. Les dérèglements climatiques s’accentuant vont rendre inhabitables des régions entières et le manque d’eau douce va toucher la moitié de la population mondiale d’ici 30 ans. Le pergélisol en fondant va accélérer le processus en libérant de puissantes quantités de gaz à effet de serre. Il va aussi libérer des glaces nombre de virus capables de créer de nouvelles pandémies. L’érosion vertigineuse de la biodiversité ouvre la porte à une sixième extinction de masse. Le risque de pénurie alimentaire devient prégnant et menace des centaines de millions de personnes dans le monde, majoritairement en Afrique. Même en Europe, le risque est là, car notre agriculture industrialisée dépend de l’importation de protéines végétales telles que les tourteaux de soja cultivés en Amazonie pour nourrir le bétail, de l’exploitation et de la disponibilité des énergies fossiles, d’une main-d’œuvre étrangère sous-payée qui ne peut plus circuler, de la commercialisation et de l’utilisation massive d’intrants chimiques et de produits phytosanitaires qui épuisent les sols et polluent l’eau. Nous sommes donc au pied du mur, au bout de nos extravagances et face aux dégâts de notre arrogance. La COVID-19 nous démontre, s’il le fallait, l’importance de construire les sociétés humaines autour des enjeux de résilience et d’autonomie alimentaire, mais aussi en cultivant la sobriété, le partage et l’empathie. Notre écosystème planétaire s’appuie sur un ensemble d’échanges complexe soumis à des règles d’équilibre extrêmement précises et fragiles. Nous sommes une espèce vivante impliquée dans ce réseau d’échanges dont nous devrions maintenir l’équilibre ; or nous agissons comme des éléments hostiles, pas seulement vis-à-vis de notre matrice la Terre, mais aussi entre nous.

Il est urgent de nous inscrire dans une démarche adaptée aux défis posés par les conséquences d’une économie qui a perdu son sens premier, celui de bien gérer la maison commune, pour s’être concentrée sur la liberté individuelle à tout prix, la liberté d’entreprendre coute que coute. Le dogme d’une croissance infinie, du profit et de l’accumulation s’appuie sur l’exploitation effrénée des ressources naturelles et fait fi des limites planétaires. Ces limites déterminent pourtant l’hospitalité de la Terre à notre égard. Si nous les franchissons, nous entrons dans une zone de danger. Nous prenons le risque de disparaitre en tant qu’espèce, nous aussi. Ne devrions-nous pas prendre conscience que notre propre liberté doit s’arrêter là où commence celle des autres espèces vivantes ? Ne devrions-nous pas accepter que notre liberté collective s’arrête là où commencent les limites de la planète ? C’est ainsi que nous pourrions participer au maintien et à la régénération de la toile du vivant, c’est ainsi que nous pourrions accéder à une autre porte vers le bien-être, celle de la liberté d’être.

L’ouvrage de Looby Macnamara, La Permaculture & Nous, nous en offre le mode d’emploi,

celui d’une culture de la permanence dans la conscience du principe d’impermanence qui caractérise une vérité que l’on ne veut plus voir : celui de finitude. La permaculture s’appuie sur deux principes fondamentaux, le principe de vie et celui de mort. Ce dernier effraie l’humain technologique, il est pourtant intégré depuis toujours par les peuples premiers, tout comme les premiers cultivateurs : il n’y a pas de vie sans mort. Ce sont là deux étapes d’un même cycle. La mort est inévitable et, surtout, elle est nécessaire. En mourant, chaque espèce vivante fertilise les sols et nourrit d’autres êtres vivants. Ainsi s’inspirer du vivant comme le préconise Looby, c’est d’abord accepter la mort. Ainsi nous pourrions descendre du piédestal que nous nous sommes construit en tant que modernes et qui nous rapproche chaque jour un peu plus du précipice. Osons redevenir sauvages, osons retrouver notre juste place au sein de la Nature. Reconnaissons-lui sa prééminence. Sa logique et sa valeur intrinsèque préexistent aux nôtres. Chacune de ses espèces, chacun de ses écosystèmes, chacun de ses cycles conditionnent notre existence. Il est urgent de reconnaitre comme colonne vertébrale de nos vies le principe d’interdépendance. Il est urgent de rendre ses droits à la Nature : son droit à exister, à se régénérer, à s’épanouir. Le respect de ses droits garantit de fait l’accès aux nôtres : le droit à l’eau, à l’alimentation, à un air pur, à la santé, à l’habitat. Comment avons-nous pu l’oublier au point de construire des lois et règles du vivre-ensemble qui occultent les lois biologiques, comme si l’écosystème Terre nous était extérieur, indépendant, comme si la santé de notre planète ne conditionnait pas la nôtre ? Nous devons intégrer au plus profond de nous- mêmes que chaque élément du Vivant a un rôle essentiel à jouer, qu’il nous faut réapprendre à respecter et valoriser. Il en va de même pour chaque être humain et chaque culture. Prendre soin de la Terre comme de l’Humain, réapprendre à s’entraider et amorcer notre résilience individuelle et collective sont sans aucun doute ce qui pourra nous redonner l’espoir d’un futur désirable.

Ce livre propose avec simplicité, force et méthode un nouvel imaginaire porteur de sens en s’inspirant du fonctionnement écosystémique du Vivant pour penser la vie en société. Il nous invite tout d’abord à l’observation. Observation de soi, de ses propres pensées, émotions et intentions pour ne plus en être esclaves et mieux les utiliser comme vecteurs de changement. Observation ensuite de nos schémas culturels et cadres de référence pour nous inviter à les dépasser et aller à la rencontre de la différence et de la diversité. Il nous guide sur le chemin de l’expérimentation et de la patience, nous enseigne les astuces d’une communication constructive et de modes de gouvernance partagée et consentie. Il nous rappelle que tout est vibration, que tout ce qui vit tend vers l’équilibre pour devenir pérenne et que nous n’avons qu’à en suivre le mouvement pour que la vie émerge. Il nous accompagne dans la découverte de notre jardin intérieur et nous apprend à cultiver notre jardin nourricier pour que nos pensées et nos actes entrent en cohérence et en résonance avec l’élan extraordinaire de la vie sur Terre. Il dresse ainsi les étapes d’un processus extrêmement puissant de guérison.

Valérie Cabanes


Juriste et écologiste, militante et experte


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