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Proposition alter-monétaire de Olivier Rocca
Utiliser des centimes pour dépenser l'économie

le 17 juin 2014

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Utiliser des centimes pour dépenser l’économie

Système d’échange en centimes

Ce laboratoire de création alter-monétaire présente diverses recherches, réflexions et propositions altermonétaires expérimentales.

Proposition : ce qui valait 1 euro vaut 1 centime. Ce qui valait 10 euros vaut 10 centimes…. etc. Pour toutes choses, on fait un saut de deux décimales vers le bas !

Pourquoi le centime au lieu de rien ? On conserve les acquis de l’instrument monétaire. Mais on donne à la monnaie une dimension plus symbolique. C’est un nouvel usage de la monnaie.

Il s’agit de dépenser et de se dépenser.

Cette monnaie plus symbolique que réelle présente l’immense avantage de trouver sa valeur non plus seulement en elle-même, mais dans les choses concrètes. Regardé en soi, le centime ne sert à rien. Mais il nous permet de faire l’économie de la création d’une seconde monnaie.

Le centime synthétise toutes les inventions des monnaies sociales :

  • c’est une monnaie de consommation comme la monnaie fondante de Gesell
  • c’est une monnaie d’abondance qui décourage la thésaurisation
  • c’est une monnaie minimale comme le grain d’orge des SEL
  • c’est une monnaie sociale qui redonne de la solvabilité aux personnes
  • c’est une monnaie du travail dont l’usage repose sur la richesse des personnes
  • c’est une monnaie compatible avec toutes les monnaies nationales

Au niveau comptable, ce qui valait 1 euro vaut 1 centime. Ce qui valait 10 euros vaut 10 centimes…. etc. Pour toutes choses, on fait un saut de deux décimales vers le bas !

Il ne s’agit plus de compenser (en recherchant systématiquement l’équilibre comptable) mais de dépenser. L’usage du centime exonère les personnes de l’obligation de tenir une comptabilité, comme on le voit par exemple dans les pratiques des systèmes d’échanges locaux. C’est la solution d’échange social la plus économique, et la plus simple !

L’usage du centime permet également de se différencier des pratiques du troc, car beaucoup de personnes ont tendance à ramener l’économie sociale au troc, ce qui selon nous représente un retour en arrière, c’est à dire un archaïsme. Ainsi, l’usage du centime nous montre qu’il est possible de concevoir une économie sociale dans le cadre de la modernité.

Cela met en échec la théorie historique du libéralisme, qui s’auto-légitime en affirmant qu’il est la forme d’échange absolue, l’aboutissement de toutes les formes d’échanges (voir à ce sujet les théories sur la fin de l’histoire). La faiblesse intrinsèque du libéralisme (qui croyait en faire sa force) est sa croyance qu’il marque la fin de l’histoire, car sans histoire, aucune pensée relationnelle ne peut émerger. Or paradoxalement, l’échange social est la pratique de tous ceux qui ne veulent pas que leur histoire s’arrête aux portes du libéralisme… qui ne leur donne aucun avenir.

Droit d’échanger

Le centime n’est qu’un repère, qui renvoie à une question plus importante, qui est celle du droit à échanger en centimes. Qu’est-ce qui va donner le droit à une personne d’échanger avec d’autres, non plus dans la devise nationale, mais au centième de cette devise ? Notons au passage que c’est un signe de salubrité d’un système que de déterminer ses conditions d’entrée et de sortie, de maintenir la qualité de son fonctionnement par sa sélectivité.

Le système d’échange en centime repose sur une idée de fonctionnement très simple : pour qu’une personne ait le droit d’entrer dans ce système, elle doit être à la fois producteur et consommateur, apporteur et utilisateur, émetteur et récepteur. Autrement dit, la personne n’est plus un individu isolé, comme le suppose constamment la théorie économique, mais elle devient membre d’un réseau, d’un maillage, donc elle participe à un développement.

Dans le système d’échange social, la qualité des personnes est la condition majeure, tandis que l’unité de compte en centime est la condition mineure. Cette hiérarchie des valeurs est l’inverse de celle qui prévaut actuellement dans les systèmes commerciaux.

Si elle se conforme à cette règle, chaque personne a le droit d’entrer et de sortir du système quand elle le souhaite. Elle apporte et retire ce qu’elle veut du système. Les regroupements peuvent se faire par catégorie de biens échangés (par exemple des maisons) ou par zones géographiques (par exemple la ville de Nice). Cela signifie que la structuration des systèmes d’échanges sociaux est fondamentalement déterminée par les différents groupes humains. Toutefois, il faut bien noter que ce n’est pas le statut social qui détermine l’appartenance au groupe, mais la volonté de chaque personne de se conformer à la règle d’échange du groupe.

Le capital social est déterminé par l’excellence des rapports qui existent entre les personnes qui participent volontairement à un groupe d’échange social.

Distinguer sans séparer, unir sans confondre

Cette maxime que le Père Matagrin appliquait aux relations entre foi et politique pourrait aussi bien valoir pour toutes les questions abordées dans le cadre d’un discours sur la fraternité. L’existence d’un réseau relationnel dense n’est pas seulement un atout pour la personne ; il constitue aussi une force pour la collectivité. A ce sujet, nous ne pouvons ignorer l’œuvre du sociologue américain Robert Putman. Ce dernier, travaillant sur les causes du déclin de la citoyenneté aux Etats-Unis, a bâti une théorie du « capital social » tout à fait remarquable.

Son œuvre n’étant pas traduite en Français, nous empruntons les considérations qui suivent à l’analyse que Jean Baptiste de Foucauld a donné dans son livre sur les trois cultures du développement humain. « Les réseaux sociaux reposent sur des obligations mutuelles, ils ne sont pas simplement des contacts. Ils produisent une réciprocité spécifique – Je fais cela pour toi et tu me le rends – et, surtout, une réciprocité générale – Je fais cela pour toi sans attendre de ta part une contrepartie immédiate, mais je suis confiant qu’à l’occasion, quelqu’un me le rendra ».

Selon Putman, « une société caractérisée par la réciprocité généralisée est plus efficiente qu’une société méfiante, de la même façon que la monnaie est plus efficiente que le troc ». Pour paraphraser Putman, on peut affirmer que le passage d’une réciprocité restreinte (comme on le voit dans les échanges commerciaux) à une réciprocité générale (comme on le voit dans l’échange social) représente un progrès humain aussi grand que celui qui nous a permis de passer du troc à l’échange.

Le centime diminue le crédit que l’on accorde à la monnaie pour redonner du crédit aux relations humaines. Il s’agit d’une vision plus symbolique de notre existence matérielle.

La leçon de tout cela

Le capital social est aussi important que le capital productif. Il ne sert à rien d’accumuler le second si cela conduit à dégrader le premier. Il faut en permanence trouver un équilibre. Ce doit être un objectif politique, au même titre que la croissance économique. Le capital social est un bien collectif qui favorise d’ailleurs la mise en œuvre des politiques publiques et en accroît l’efficacité. Placées dans la perspective du développement intégré des humanités, l’action économique et l’action politique doivent dépasser leur fonctionnement propre pour s’intéresser aux réseaux relationnels qui structurent les groupes sociaux dans lesquels elles s’inscrivent. Nous espérons ainsi que les systèmes d’échange en centime seront un signal fort lancé en direction de la société civile.

Aujourd’hui, il est de coutume de stigmatiser les dépenses sociales ; mais qu’entend-t-on par là ? Est-ce le recours aux soins qui augmente, ou bien est-ce les prix qui augmentent ? Si on applique la grille de lecture du système d’échange en centimes, on s’aperçoit qu’il est naturel que le recours aux soins aille en grandissant (ne serait-ce que parce que la médecine a fait d’immenses progrès), mais il est anormal que les prix de ces soins augmentent chaque année.

Nous avons voulu appliquer des règles de commerce, des règles de rendement et de profitabilité dans le domaine de l’aide par excellence. Nous voyons là les ravages de la bêtise libérale, qui s’est constituée en un seul bloc monolithique qui ne souffre aucune exception. Aujourd’hui, nous ne construisons pas des maisons de retraite pour nos parents, mais pour satisfaire l’appétit de gains illimités d’une poignée d’investisseurs professionnels.

Contrairement à ce que l’on prétend aujourd’hui, une personne très âgée garde toujours la capacité d’échanger, de donner et de recevoir quelque chose, et c’est même cela qui peut la maintenir en vie, socialement et économiquement parlant. Il faut vraiment être en phase terminale pour perdre toute capacité d’échange avec soi-même et avec le monde.

Je cautionne totalement Hubert Reeves lorsqu’il écrit : « Les êtres humains sont des lieux d’échanges, ils sont essentiellement dépendants de leur échanges...S’ils s’arrêtent, vous régressez dans l’échelle de complexité, vous n’êtes plus qu’un ensemble de molécules ».

Maîtrise des prix

Le mutualisme qui naît de l’échange social a la capacité de mettre un terme, non pas aux dépenses sociales, qui doivent continuer d’augmenter, mais aux dérapages incontrôlés des prix (donc du droit à recevoir une prestation sociale), qui sont le signe d’un esclavage à la toute puissante pensée libérale, qui jette sur l’être humain « non rentable » le sceau de son infamie. En ce sens, il est devenu inacceptable de continuer à cautionner l’idéologie libérale qui ne voit dans notre père ou notre mère qu’un « inactif » (je ne fais qu’employer la nomenclature européenne) qu’il s’agit de mettre au rebus dès qu’il ou elle n’a plus la force de se faire bien exploiter dans les chaînes de montages d’une usine, tout comme il est inacceptable de laisser nos enfants sombrer dans la misère, se faire balader de stages en stages dans des conditions de travail déplorables (puisque les jeunes sont aujourd’hui la plus faible composante socio-économique de la nation). Il est inacceptable de laisser l’économie libérale exercer une tyrannie sur les populations les plus faibles, et c’est pourquoi j’en appelle à l’échange social, qui n’a pas vocation à remplacer le commerce, mais à le compléter humainement, car cela n’empêchera pas ceux qui le veulent de gagner des millions.

Pourquoi ma pensée rejoint-elle l’idée de partage ? Parce que pour moi, le partage réside dans l’affirmation de la diversité, dans la défense de la constitution pluraliste des organisations humaines (que celles-ci soient sociales, professionnelles, politiques, philosophiques), toutes ces choses que la pensée libérale tente d’aliéner sur un plan économique. Derrière le partage, il y a la tolérance, et le respect de la différence, que nous devons maintenant mettre en pratique. Dans ce texte, je vous ai montré qu’il existe un usage alternatif de la monnaie que vous utilisez tous les jours, et ce que je vous dis pour la monnaie est vrai pour toute chose.

Se développer, c’est découvrir nos différences, pour faire de l’économie une culture.

Ainsi peut-on espérer échapper à l’indifférence….


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